[CRITIQUE] Black Widow, de Cate Shortland (sans spoiler)

Le pitch : Natasha Romanoff, alias Black Widow, voit resurgir la part la plus sombre de son passé pour faire face à une redoutable conspiration liée à sa vie d’autrefois. Poursuivie par une force qui ne reculera devant rien pour l’abattre, Natasha doit renouer avec ses activités d’espionne et avec des liens qui furent brisés, bien avant qu’elle ne rejoigne les Avengers.

Après plus d’un an d’attente, Black Widow arrive enfin en salles pour clôturer la phase 3 du MCU (bon, en vrai il démarre la Phase 4, mais j’ai décidé avec moi-même que non). Bien que le film arrive après Avengers – Endgame, les studios Marvel décident de faire une parenthèse sur le parcours de la célèbre espionne repentie du SHIELD et situe son histoire juste après les événements de Civil War, alors que les Avengers sont déchirés et que la team Cap est recherchée par le gouvernement.
Quelque part entre l’origin story et la sequelle, le film de Cate Shortland (scénariste sur The Slap, la version originale, réalisatrice de Berlin Syndrom…) raccroche les wagons de bouts d’histoire dont on entend parler depuis le premier Avengers en 2012. Qu’est-ce que la Red Room ? Qui est la fille de Dreykov ? Que s’est-il passé à Budapest ? Et, au final, qui est Natasha Romanoff ? Black Widow s’applique à répondre à toutes ces questions dans un film d’action mouvementé, riche en péripéties et en girl power. Mais ne nous y méprenons pas sur ces intentions : si l’ensemble semble avoir cinq ans de retard, le véritable but caché de Black Widow est surtout d’introduire la successeuse de Natasha, j’ai nommé Yelena (Belova), incarnée par la superbe Florence Pugh à l’écran.

Avant tout, que vaut le film ? Dans l’ensemble, Marvel livre un objet solide et enthousiasmant qui parvient à divertir du début à la fin. Porté par un personnage charismatique déjà connu par les fans, Black Widow s’autorise pour la première fois depuis longtemps un démarrage construit et moins dans l’esbroufe pour établir le cadre qui va se transformer en parcours initiatique pour notre super-héroïne. Le film va revenir sur le passé de Natasha Romanoff évidemment, mettant à l’honneur des femmes fortes et indépendantes, mais Black Widow va surtout lever le voile sur cette fameuse et implacable Red Room. L’impression de déjà-vu/déjà-fait est normale puisqu’on va rapidement aborder le sujet du contrôle mental (hello Bucky, au passage), mais ce qui est intéressant dans Black Widow c’est le parallèle que l’histoire fait avec une actualité malheureusement réelle. L’utilisation, l’aliénation et la manipulation des femmes par des hommes de pouvoirs, c’est un vaste sujet et c’est difficile, dans le dénouement final, de ne pas y voir une certaine ressemblance avec un certain Harvey Weinstein, Donald Trump ou autre Roger Ailes (choisissez votre porc).
Si cette thématique est attendue, Black Widow reste néanmoins un film efficace, malgré ses quelques longueurs, et porté par un duo de femmes badass comme on aimerait en voir plus souvent. Etant personnellement plus sensible aux combats aux corps à corps qu’au tour de magie, je me suis régalée devant le film de Cate Shortland qui multiplie les scènes d’actions à la chorégraphie léchée (même si c’est parfois un peu trop visible) et les effets de styles pour souligner les capacités extraordinaires de ses personnages. Tout est dans le détail parfois : un simple effet de ralenti, un son bien choisi… et cela suffit souvent à rendre une scène particulièrement réjouissante.
Evidemment, on reste dans la tonalité Marvel avec un film certes d’action mais toujours avec une envergure familiale. Si Black Widow renoue avec son passé, elle y retrouve également des personnages qui ont hanté son enfance, ce qui permet souvent d’alléger la trame, quitte à virer au tout much avec l’introduction de Red Guardian, et à finalement créer certains bémols.

En effet, pour ma part, j’ai trouvé le trait un chouilla forcé quand il s’agissait d’aborder le sujet de la famille. Déjà parce qu’on a déjà Vin Diesel qui en a fait sa spécialité dans Fast and Furious, ensuite parce que dans Black Widow, j’ai trouvé que cette cellule familiale dominée par le Red Guardian (ou Crimson Dynamo *wink wink*) était souvent amené aux forceps et alourdit par des blagounettes qui s’essoufflent pas mal en cours de route. D’ailleurs, le dernier tiers du film est ampoulé par le trop plein de personnages, ce qui empêche au reveal de prendre toute son ampleur pour réellement fonctionner, à cause des nombreuses storylines qui se terminent en même temps. Du coup, les révélations tombent à plat (comme l’identité du bad guy), et pas seulement à cause d’effets spéciaux douteux rajoutés en post-prod (remember Bruce Banner dans le Hulkbuster à la fin d’Infinity War…) ! Black Widow opte souvent pour des raccourcis pratiques et ferme les yeux sur la logique pour parvenir à ses fins dans un final précipité qui cherche à tout prix à faire le lien avec Avengers – Infinity War.

De plus, comme pour les films Spider-Man de Jon Watts, je trouve dommage de faire autant de références aux Avengers dans un film Black Widow. Sur le papier comme à l’écran, la super-héroïne a prouvé maintes fois son indépendance malgré son affiliation aux Avengers, et pourtant, le film de Cate Shortland ne cesse de la renvoyer à son statut d’Avengers comme s’il avait peur qu’à un moment le spectateur se réveille et se demande « mais attends, c’est qui elle déjà ? ». Black Widow aurait mérité un film avec moins d’appels du pied aux Avengers et, puisqu’on en parle, ce film aurait dû arriver beaucoup plus tôt et non après Avengers – Endgame. Car oui, c’est un peu difficile de terminer sur une note pleine d’espoir quand on sait qu’elle a déjà fait le grand plongeon pour sauver le monde…

En parlant des personnages, coté casting on retrouve évidemment Scarlett Johansson (Marriage Story, Jojo Rabbit, Avengers…) dans le rôle titre : si cette dernière a parfois du mal à sourire naturellement, je l’aime beaucoup dans ce rôle et c’est difficile de lui dire au revoir dans un film qui restera finalement anecdotique dans le MCU. Face à elle, la magnifique Florence Pugh (Midsommar, The Young Lady, Une Famille sur le Ring…) prend le relais avec brio, impeccable dans cette version un peu plus rebelle et punchy de Black Widow (ça me fait penser un peu au duo Buffy et Faith dans la série Buffy contre les vampires – avant que Faith ne se transforme en meurtrière, certes), j’ai hâte de la voir prendre la relève.
Autour d’elles, David Harbour (Stranger Things, Hellboy…) et Rachel Weisz (La Favorite, Désobéissance, My Cousin Rachel…) forment un duo improbable mais attachant, même si parfois le fameux Red Guardian en fait trop. Ray Winstone (Cats, Gentlemen Cambrioleurs…) donne enfin un visage au fameux Général Dreykov et je ne sais que penser de la performance muette d’Olga Kurylenko (Dans La Brume, La Mort de Staline, The Room…), d’autant plus qu’il est évident que ce n’était pas elle dans le costume (bravo au cascadeur, donc).
Enfin, quelques surprises au compteurs sont à prévoir, comme William Hurt (Captain America, Avengers…) qui cachetonne sans complexe, même si la principale a été gâchée par la pandémie et que The Falcon and The Winter Soldier est passé avant.

En conclusion, Black Widow fait le job : sympathique blockbuster criblé d’actions, porté par des personnages attachants,  une bonne dose de fun et de féminisme bienvenu, le film de Cate Shortland s’est fait attendre mais permet finalement de faire nos adieux à une héroïne singulière. Cependant, on est loin de l’impact qu’ont pu avoir certains films du MCU du coup, même si j’ai apprécié Black Widow, je pense qu’il aurait pu être bien meilleur et plus impactant pour le MCU. J’ai l’impression d’avoir vu un film généré uniquement pour faire du fan-service et satisfaire Scarlett Johansson (*tousse* jalousie *tousse* Captain Marvel *tousse*), mais sans véritable ambition derrière, porté par une réalisatrice méconnue qui, je pense, a dû être téléguidée par les têtes pensantes de Marvel. J’aurai tendance à le ranger à coté des film Ant-Man et Spider-Man : divertissant, familier mais vivement la suite. A voir.

PS : il y a une scène post-générique tout à la fin. On se retrouve bientôt pour spoiler comme des gorets 🙂

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