[CRITIQUE] The Greatest Showman, de Michael Gracey

Et quel show ! The Greatest Showman nous embarque dans un divertissement à l’enthousiasme et à l’effervescence contagieux dès les premières minutes. La bande-originale et la mise en scène des chorégraphies décoiffent, tandis que Hugh Jackman porte l’ensemble avec une classe folle et une énergie contagieuse. Le film de Michael Gracey aurait frôlé le sans-faute s’il avait proposé un récit un peu moins romancé, tandis que l’ensemble rappelle parfois un certain Moulin Rouge. Oui, les rouages sont hyper classiques, la comédie musicale envahit parfois la narration, pourtant The Greatest Showman offre un moment d’évasion festif, coloré et ambitieux, grâce à des chansons conquérantes et un spectacle continue, déterminé à en mettre plein la vue.

Le pitch : Comédie musicale aussi originale que spectaculaire, The Greatest Showman célèbre la naissance du show-business et l’émerveillement que l’on éprouve lorsque les rêves deviennent réalité. Inspirée par l’ambition et l’imagination de P.T Barnum, voici l’histoire d’un visionnaire parti de rien qui a créé un spectacle devenu un phénomène planétaire.

Même si ce n’est pas facile de passer après le tourbillon La La Land, les comédies musicales ont encore de belles heures devant elles. En s’inspirant de l’histoire de Phineas Taylor Barnum, connu pour avoir transformé l’univers du cirque, The Greatest Showman cherche surtout à rendre hommage à son goût du spectacle qu’à narrer sa véritable histoire au fait réel près. Le film de Michael Gracey n’est dont pas un biopic et choisit délibérément d’adapter son histoire de façon très romancée afin de proposer une comédie musicale à la structure d’un conte plus classique et, avouons-le, peu novateur.
En partant de ce principe, je vais d’abord mettre les pieds dans le plat : oui, la facture de The Greatest Showman est on-ne-peut-plus convenue et clichée. Michael Gracey raconte une belle histoire d’amour qui démarre dès l’enfance entre un gamin pauvre et une petite fille riche, avant de tisser un conte de fées autour de leurs romances et du rêve de réussite du héros qui part d’une idée folle. Sans surprise, la narration est très prévisible : les échecs s’amoncellent pour dramatiser l’ensemble, des rivalités s’installent, la société rejette les « monstres de foire », les gentils se divisent… pour mieux se retrouver à travers une bonne morale sucrée (l’amour triomphe, la différence est une force…). La structure narrative du film n’a rien à envier à la plupart des comédies musicales (et autres films de genre annexes, comme les films de danse ou de wannabe chanteurs…). Le coté très léger du film fragilise souvent le dynamisme ambiant du film : des que les personnages se racontent, il y a comme un léger creux tant les propos sont trop attendus et l’histoire s’apparente souvent aux contes de fées.

Mais allons-nous vraiment voir The Greatest Showman pour découvrir l’histoire de P.T. Barnum ou pour s’émerveiller devant un show fantastique et un brin féerique ? Si la deuxième option vous tente plus, alors le film de Michael Gracey va vous ravir. Dès les premières minutes, Hugh Jackman est là pour lancer les festivités et c’est parti pour un festival de couleurs et d’excentricités à travers l’exploration d’une palette généreuse d’émotions, allant de l’amour au sentiment d’injustice, qui sont cristallisées à travers des chansons enlevées et des scènes superbement chorégraphiées. The Greatest Showman donne envie de danser et de chanter avec ses personnages dès la scène d’ouverture. Si la chanson « This Is Me » a récemment été récompensée d’un Golden Globes, la bande-originale oscille entre des hymnes invitant à la fête, comme « The Greatest Show » ou « Come Alive », et des mélodies émouvantes comme la chanson « Never Enough » (réellement interprétée par Loren Allred, une finaliste de The Voice US, qui prête sa voix à Rebecca Ferguson). Bien qu’elle soit souvent envahissante et laisse peu de marge à la profondeur potentielle de l’histoire, la musique donne beaucoup d’élan au film, notamment à travers des scènes marquantes, qu’il s’agisse de parades en groupe, de danses en duo (sur terre ou dans les airs) ou d’un face-à-face exalté dans un bar. Là où The Greatest Showman perd en finesse narrative, il se rattrape par son ambiance conquérante alliant l’élégance et le faste de l’époque, tout en ajoutant des touches de modernité, parfois anachroniques, certes, mais audacieuses (les scènes de danses font parfois penser aux premiers clips de Michael Jackson).

Le seul véritable bémol dans tout ça, c’est l’identité visuelle du film qui n’est finalement pas si inédite. Et c’est d’autant plus étrange venant d’un habitué de l’image, mais visiblement Michael Gracey semble avoir été très inspiré par l’univers de Moulin Rouge, le film culte de Baz Luhrmann. Or, si c’est déjà compliqué de passer après La La Land, ressembler d’aussi près à un autre classique plus ou moins récent de comédie musicale, cela ne facilite pas les choses. Entre les tons de couleurs similaires, quelques détails de réalisation allant de l’effervescence frénétique et parfois envahissantes des scènes groupées ou au placement d’éléments de décors (comme la scène du toit sous une lune immense, par exemple…), The Greatest Showman a des airs de déjà-vu. La question est : est-ce par manque d’imagination ou un moyen implicite de plaire aux amateurs de comédies musicales à travers un conditionnement pavlovien ?

Peu importe, le résultat est là : spectaculaire, féerique et plein d’émotions, The Greatest Showman assure le show du début à la fin et j’en suis ressortie avec l’unique envie d’écouter la bande-originale en boucle ! Et si en plus le film invite à la tolérance, ce sera la cerise sur le gâteau, car il ne faut pas oublier que derrière l’histoire de P.T. Barnum il y a aussi un message fédérateur : certes l’homme d’affaires a fait fortune avec ses freakshows, ses « monstres de foire », mais ces derniers ont aussi dû lutter contre ceux qui les rejetaient à cause de leurs différences physiques (couleur de peau, taille, poids, difformité…). Le film de Michael Gracey survole parfois les zones sombres de son histoire, mais elles restent perceptibles derrière l’extravagance et donnent un peu plus de poids à l’ensemble, sans jamais céder au mélo. Je pourrais même capillotracter un peu plus le message derrière ce récit, pas assez creusé, autour de cet homme dévoré par l’ambition, qui a travers son désir incandescent de réussite, va bousculer les mentalités et ouvrir un show prônant la différence au-delà des frontières. Le rejet subit par ces « monstres » à l’époque où se situe le film (1870) continue de faire écho jusqu’à nos jours. Et un point de plus pour Gryffondor ! (Oui, je sais, ça n’a rien à voir. Je vérifie si vous suivez :D)

Au casting : de Broadway aux publicités pour Lipton (haha), Hugh Jackman a longtemps prouvé qu’il savait chanter et bouger. S’il a déjà donné de la voix au cinéma pour Les Misérables de Tom Hooper (2012), l’acteur australien a toujours eu une classe folle, un coté hyper accessible et un sens du théâtral exquis – ce qui lui a parfois permis de se démarquer dans un film moyen (Pan, par exemple) ou de livrer d’excellentes performances, qu’il soit un super-héros griffu (Logan) ou un ex-entraîneur alcoolique (Eddie The Eagle…). Multiple, charmeur et charmant, Hugh Jackman porte le film avec un entrain irrésistible.
À ses cotés : Zac Efron (Baywatch, Hors Contrôle, Nos Pires Voisins 2…) revient pour la première fois, depuis les années lycée, dans un rôle musical – dans lequel il excelle évidemment, Michelle Williams (Tout L’Argent du Monde, Le Musée des Merveilles, Manchester By The Sea…) montre qu’elle est bien meilleure danseuse qu’actrice, tandis que Rebecca Ferguson (Le Bonhomme de Neige, Life : Origine Inconnue, La Fille du Train…) et Zendaya (Spider-Man: Homecoming…) sont superbes malgré des personnages en retrait.
Moins connue que les têtes d’affiche du film, on ne peut passer à coté de Keala Settle, plus connue à Broadway. Elle incarne Lettie la femme à barbe et à la voix magnifique, un rôle superbe qui symbolise à la fois l’injustice et la tolérance. C’est également l’interprète de la chanson This Is Me, récompensée du Golden Globe de la Meilleure chanson de film.

En conclusion, pour son premier film Michael Gracey a mis la barre haute à s’attelant à une comédie musicale de cette envergure. Si l’histoire reste classique et un poil romancée, The Greatest Showman fait honneur à son titre en proposant un spectacle haut en couleurs, enthousiasmant et dynamique. Certes, il ne s’agit pas d’un biopic fidèle à la vie de P.T. Barnum et le film passe à coté d’un message fort sur la tolérance et le chamboulement moral provoqué par les freakshows à l’époque, ce qui aurait mérité plus d’emphase. Heureusement, Hugh Jackman et le show dans son ensemble, des chansons jusqu’aux chorégraphies, sont fantastiques et donnent tout simplement envie de se lever et de danser. À voir !

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