[CRITIQUE] The Vigil, de Keith Thomas

Lent et angoissant, The Vigil entretient le frisson dans une ambiance nocturne avec une intrigue à la fois simple mais efficace, oscillant entre des jumpscares scolaires et des scènes lancinantes qui nourrissent agréablement la tension flippante. Keith Thomas s’approprie le genre horrifique pour creuser son lien avec la spiritualité, entre deuil et remords, proposant ainsi une dimension dramatique plutôt salvatrice. Malgré une conclusion trop facile et une bande-originale parsemée par de l’EDM un poil agressif, The Vigil révèle les premiers pas prometteur et inspiré d’un réalisateur déjà attelé à son prochain film : l’adaptation de Charlie, le roman de Stephen King.

Le pitch : New York, Brooklyn. Après avoir quitté la communauté juive orthodoxe, Yakov, à court d’argent comme de foi, accepte à contrecœur d’assurer la veillée funèbre d’un membre décédé de ce groupe religieux. Avec la dépouille du défunt pour seule compagnie, il se retrouve bientôt confronté à des phénomènes de plus en plus inquiétants…

Comme beaucoup de films indépendants, The Vigil a un parcours qui est passé sous les radars du grand public malgré sa sélection dans les festivals honorables qui célèbrent le genre. Du TIFF 2019 à Gerardmer 2020, le premier film de Keith Thomas n’est pourtant pas passé inaperçu, et pour cause : la maison Blumhouse (Jason Blum, aka le producteur de Get Out, Glass, Blackkklansman, Ma…) en a acquis les droits de distribution du film en décembre dernier. Ce parcours discret m’a permis de découvrir le film sans être influencée par une bande-annonce, j’ai simplement été attirée par le pitch du film et le mystère qui l’entourait.

The Vigil démarre dans un univers peu exploré au cinéma (voire jamais quand il s’agit de film d’horreur), alors qu’il s’ouvre avec des personnages juifs orthodoxes qui cherchent à s’émanciper du cocon strict de leurs religions pour s’adapter au monde moderne. Un détail qui a son importance, car il permet au film de garder une position à cheval entre le rationnel et le paranormal, qui vont cohabiter tout au long du film. Entre expérience traumatique et besoin d’argent, on découvre un héros déchiré, à une étape douloureuse de son existence, alors qu’il accepte le travail de « shomer » pour la nuit. La suite est prévisible : dès qu’il se retrouve seul avec le corps, des phénomènes étranges commencent à se produire. Si cela est attendu, c’est la mise en scène de Keith Thomas qui va évidemment faire la différence : The Vigil installe une ambiance très sombre, jouant avec les ombres, les bruits blancs et les musiques lancinantes pour faire grimper l’angoisse, tout en alternant ses effets pour ménager la surprise. Parfois l’ensemble cédera aux jumpscares basiques, d’autres fois une scène détournera les attentes pour mieux surprendre… Résultat, le film parvient relativement à conserver une atmosphère oppressante et haletante, forçant le regard à scruter le moindre recoin de l’image à chaque nouveau plan en espérant ne pas se faire piéger.
Au-delà du simple film d’épouvante, Keith Thomas confronte son personnage à son rapport avec la religion, mais surtout ce qui a causé son besoin de s’en détacher. The Vigil apporte donc une touche dramatique à son format en explorant un trauma passé dont les racines se logent dans différents aspects du film, entre religions, xénophobie et remords inconsolables. Une storyline qui vient étoffer la simplicité du récit, cherchant l’originalité pour se démarquer et également rendre le paranormal accessible alors que les craintes prennent forme, tapis dans l’ombre.

Derrière la caméra, Keith Thomas soigne son premier film, inspirés par le cinéma qui l’a séduit : on y retrouve L’Exorciste de William Friedkin dans le montage et le rôle de la musique, tandis que la lenteur rappelle l’épouvante des années 70-80 (Alien étant le film favori du réalisateur, comme il l’a confié lors du Q&A auquel j’ai assisté en février dernier), tandis l’ensemble profite du manque de moyens pour privilégier les effets techniques aux effets numériques, ce qui rend The Vigil plus sobre mais surtout plus convaincant. Comme quoi, pas besoin de faire voler des chaises pour effrayer puisque la force du film se cache dans les recoins sombres d’une maison austère et trop silencieuse : la paranoïa naissante et la peur nocturne vient amplifier une histoire aux ressorts classiques, mais efficaces.

Au casting, peu de visages connus sur la scène internationale mais Dave Davis (Logan, The Big Short...) porte le film de bout en bout, tandis que les apparitions de Lynn Cohen (Brooklyn Secrets, Hunger Games 2, Sex And The City…) sont peu rassurantes.

En conclusion, The Vigil livre un film à l’atmosphère soignée, entretenant un jeu d’ombres et de frissons sympathiques. L’idée d’ajouter une dimension dramatique à l’intrigue permet au film de Keith Thomas de sortir des sentiers battus, même si le dénouement reste un poil trop facile à mon goût comparé à la férocité de la menace. À voir.

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