
Le pitch : Fraichement diplômée, Riley est désormais une adolescente, ce qui n’est pas sans déclencher un chamboulement majeur au sein du quartier général qui doit faire face à quelque chose d’inattendu : l’arrivée de nouvelles émotions ! Joie, Tristesse, Colère, Peur et Dégoût – qui ont longtemps fonctionné avec succès – ne savent pas trop comment réagir lorsqu’Anxiété débarque. Et il semble qu’elle ne soit pas la seule…
Près de dix ans après l’éblouissant Vice-Versa réalisé par Pete Docter en 2015, Pixar remet le couvert en proposant une suite à cette épopée pleine… d’émotions. Et oui, rappelez-vous (si ce n’est pas le cas), le premier opus brillamment écrit nous embarquait dans la vie de la jeune Riley, alors qu’elle déménageait dans une nouvelle ville avec ses parents. Un changement bouleversant pour une enfant qui fut le point de départ d’une rencontre survoltée avec les majeures émotions qui animent son existence, à savoir Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégoût, incarnées par des personnages conscients et haut en couleurs.

Acclamé par le public et évidemment récompensé par l’Oscar du Meilleur Film d’animation en 2016, Vice-Versa proposait un voyage inédit illustrant la façon dont les émotions nous façonnent dès l’enfance, à travers une mise en abîme fascinante et incroyablement accrocheuse. Comment ne pas se retrouver dans ce récit accessible et universel ? Pete Docter a bouleversé l’écurie Pixar avec un film d’animation à double lecture et accessible à tout âge : amusant, coloré et compréhensible pour les enfants, tout en matérialisant la complexité du cerveau humain avec brio.

La fin du film et le court-métrage Premier Rendez-Vous ? annonçaient déjà une suite, c’est donc sans surprise que Vice-Versa 2 débarquent sur nos écrans. Pour ce chapitre, Pete Docter passe la main à Kelsey Mann qui réalise son premier film d’animation, sans pour autant être un inconnu des studios Pixar. En effet, il a signé le scénario du Voyage d’Arlo et fait partie de l’équipe créative de Pixar pour les films En Avant, Soul, Alerte Rouge, Buzz L’Éclair ou encore le plus récent Élémentaire.

Quel plaisir donc, que de retrouver Riley qui a grandi, atteignant enfin la puberté tant redoutée. Au détour d’un séjour consacré à son activité favorite, le hockey, la jeune héroïne va subir des changements qui vont bouleverser sa personnalité et continuer de façonner l’adulte qu’elle deviendra un jour. Entre l’entrée prochaine dans la cour des grands, la crainte de perdre ses amis et l’envie de marquer des points, de nouvelles émotions débarquent dans son cerveau, semant une mini panique qui va chambouler aussi bien son comportement que les petits personnages qui vivent dans sa tête ! Au coté des émotions principales s’ajoutent Anxiété, Embarras, Envie et le très frenchy Ennui. De nouveaux venus aux allures de fauteurs de troubles qui vont rapidement prendre l’ascendant et manquer d’anéantir toute la construction mentale de l’enfance de Riley.

Et oui, car dans la vie, les choses se compliquent lorsque Riley, livrée à elle-même, se voit confronter à des choix qui pourraient bien donner une toutes nouvelles directions à sa personnalité. Rester loyale ou plaire aux autres ? Tel est le dilemne qui va bousculer le monde adolescent de Vice-Versa 2, alors que Riley sort peu à peu de l’enfance.
Dans l’ensemble, le film de Kelsey Mann renoue avec les ingrédients qui ont fait le succès du premier opus. Vice-Versa 2 retrouve cette ambiance colorée et joviale, téléguidée par ses personnages-émotions qui animent le récit. J’aime la façon dont le spectateur peut se reconnaître dans les motivations et réactions de chaque protagoniste, avec une dose inévitable de nostalgie (*wink wink*). Avec Riley d’un coté et Joie de l’autre, le film illustre à merveille les différents dilemmes et enjeux rencontrés, bousculés entre l’envie de s’amuser, plaire, choisir et autres joyeusetés liées à la découverte d’un nouveau monde.

Cependant, en voulant trop marcher sur les traces de Pete Docter, Vice-Versa 2 s’empêtre rapidement dans le piège de la redite, alors que Joie se retrouve à nouveau forcé d’explorer l’esprit de Riley pour résoudre son problème. Mais le réel bémol pour moi, c’est que le film reste à l’orée de l’adolescence, où la frontière avec l’enfance reste très palpable. J’aurai préféré retrouver une Riley un poil plus grande, potentiellement au lycée, dans le cœur de la crise adolescence. Entre des premiers émois amoureux et l’envie de se rebeller proche de la crise identitaire, cela aurait permis à des émotions déjà présentes de prendre plus de place, tout en en ajoutant des nouvelles. Car là encore, Joie capte toute l’attention, cette fois mise en porte-à-faux avec les actions d’Anxiété. Cependant, en mettant plus de poids sur ces deux principales émotions, les autres ont tendance à passer au second plan, voire même à être utilisé comme simple ressort comique.

J’imagine qu’une Riley plus âgée aurait demandé plus de personnages ou de complexités, mais j’ai l’impression que les scénaristes de Vice-Versa 2 (Meg LeFauve et Dave Holstein) ont botté en touche et opté pour un récit plus facile à mettre en place. Résultat, si j’ai trouvé le film de Kelsey Mann divertissant, quoiqu’un peu longuet, l’ensemble reste un peu trop safe à mon goût tant les studios Disney/Pixar semblent avoir voulu assurer leurs arrières. Ca marche d’ailleurs, car à l’heure où les grosses attentes hollywoodiennes se sont plus ou moins vautrées aux box-offices, Vice-Versa 2 a, apparemment, brisé ce mauvais sort. Ouf, le cinéma est donc sauvé !

Au casting vocal, on retrouve les voix originales d’Amy Poelher (We Hot American Summer, Un Week-end à Napa, Sisters…), dans le rôle de Joie, accompagnée par Phyllis Smith (The OA, The Office…) et Lewis Black qui incarnent respectivement Tristesse et Colère. Suite à quelques désaccords financiers, Mindy Kaling et Bill Hader sont remplacés au pied levé par Liza Lapira (The Equalizer, Unbelievable…) et Tony Hale (Harley Quinn, The Twilight Zone…) pour incarner Dégoût et Peur. À l’affiche également, Diane Lane (Feud: Capote vs The Swans, Zack Snyder’s Justice League…) et Kyle Maclachlan (Fallout, How I Met Your Father…) sont de retour pour incarné les parents de Riley, interprétée cette fois par Kensignton Tallman, pour une voix plus mature.
Parmi les petits nouveaux, ce sont Maya Hawke (Stranger Things, Maestro…), Paul Walter Hauser (Cruella, Black Bird…) et Ayo Edebiri (The Bear, Spider-Man : Across The Spider-Verse…) qui prêteront leurs voix à Anxiété, Embarras et Envie, tandis que – cocorico ! – Adèle Exarchopoulous (Le Règne Animal, Je Verrai Toujours Vos Visages…) est Ennui en français et en anglais. À noter également la présence de June Squibb (Good Girls, Toy Story 4…) et ses petites apparitions chamallowesques en Nostalgie.
En conclusion, Vice-Versa 2 parvient à renouer avec la magie du premier film grâce à sa dépiction brillante, ludique et intelligente de l’esprit humain, entre ses émotions vibrantes et ses personnages attachants. Bien que l’intrigue reste légèrement en deçà de mes attentes en se limitant aux débuts de l’adolescence de Riley et malgré quelques longueurs, le film de Kelsey Mann demeure divertissant et réconfortant. À voir.

PS : il y a une scène post-générique si vous voulez découvrir la part sombre de Riley 😉
