
Le pitch : Alors qu’ils espéraient une nouvelle vie, Ed et Lorraine Warren se voient impliqués dans une dernière enquête…qu’ils n’auraient jamais dû accepter. Dans la maison de la famille Smurl, un mal ancien les attend. Un ennemi qu’ils croyaient à jamais enfoui… Découvrez comment les Warren ont affronté le cas le plus maléfique de leur carrière, inspiré de faits réels qui ont terrorisé l’Amérique.
Cela fait 12 ans que le Conjuringverse anime le cinéma horrifique, depuis le premier opus — Les Dossiers Warren — jusqu’à cet ultime chapitre, en passant par un univers jonché de poupées diaboliques, de nonnes fantomatiques et d’apparitions plus ou moins flippantes. Imaginé par James Wan (Malignant, Saw, Insidious…), qui a depuis longtemps passé la main à d’autres réalisateurs, les deux premiers Conjuring ont réveillé un genre qui s’éventait à l’époque dans du found-footage réchauffé et des films clipesques bourrés de jumpscares fainéants. Pour ce qui est annoncé comme le dernier chapitre, c’est Michael Chaves qui reprend la main. Pas forcément un gage de confiance au vu de sa filmographie inégale (La Malédiction de la Dame Blanche, La Nonne 2), même si son Conjuring – Sous l’Emprise du Diable avait montré une noirceur intrigante sur fond de magie noire.

Avec Conjuring : L’Heure du Jugement, qu’on nous vend, encore une fois, ce film comme “la pire affaire du couple Warren” et “basée sur une histoire vraie”, le réalisateur fait un retour aux fondamentaux : possession démoniaque, maison familiale chrétienne et menace surnaturelle qui s’insinue jusque dans l’intimité des Warren, notamment à travers leur fille Judy. Ce quatrième film Conjuring s’appuie sur une intrigue assez solide, articulée autour de deux histoires parallèles qui finiront par se rejoindre. L’ambition est louable : mêler enquête et horreur en distillant ses révélations et du frisson au compte-gouttes.

Visuellement et narrativement, Conjuring : L’Heure du Jugement fait dans l’old school assumé. Les effets de mise en scène convoquent une époque où le public se laissait plus facilement impressionner, rappelant d’anciens films parfois kitsch (L’Exorciste, évidemment, mais aussi (surtout) Hantise, par exemple). En réalité, si le film séduit facilement, c’est surtout parce qu’il pioche sans complexe dans la recette des deux premiers volets. On retrouve la maison hantée, la famille terrorisée avec ses fillettes en première ligne, et même un grand-père qui ressemble à l’incarnation vivante du fantôme de Conjuring – Le Cas Enfield. Certaines scènes font même écho aux deux premiers films, avec leurs lots de greniers et de caves infestés qui n’en finissent plus de faire trembler le marché immobilier, voire même en faisant un clin d’oeil appuyé à la façon dont les Warren s’impliquent dans la vie familiale (en faisant le petit-déjeuner par exemple). Bref, Michael Chaves joue la sécurité en recyclant des ingrédients et en dupliquant des scènes, anodines ou non, qui ont déjà fait leurs preuves, alors que le troisième film avait pourtant tenté une formule différente (mais avec un succès mitigé).

On est donc loin de la tension continue et inventive des deux premiers volets signés James Wan et, à l’arrivée, les longueurs s’accumulent. Certes, il est agréable d’en apprendre davantage sur le couple Warren et sur la manière dont leur héritage mystique se transmet à leur fille Judy, ce qui apporte une dimension plus intime et familiale à l’ensemble. Mais à côté de ça, le récit peine à maintenir un équilibre entre ses deux intrigues parallèles, qui avancent parfois en décalage avant de finir par se rejoindre laborieusement. Cette hésitation narrative crée un rythme en dents de scie, alternant passages prenants et séquences qui s’éternisent inutilement. Et lorsque tout converge enfin vers le dernier acte, le film retombe dans la facilité : un exorcisme final attendu, qui manque d’ampleur et confirme combien ce rituel, pourtant signature de la saga, a perdu de sa force et de son efficacité au fil des itérations.

Résultat, les fans de la première heure seront rattrapés par l’effet nostalgique et familier du film, grâce à des artifices qui ont déjà fait leur preuves. Le point positif c’est que Conjuring : L’Heure du Jugement parvient facilement à embarquer, le bémol reste le fait que tous les moments de tension se devinent trop souvent à l’avance. Le film manque souvent d’anticipation, et fait plus souvent l’effet d’une attraction, comme une maison hantée chez Disney, que d’un véritable film aux ambitions horrifiques. On sursaute avec le sourire, contents de s’être fait avoir, on frissonne la main dans le pop-corn et on se délecte de la moindre annonce sinistre… mais le fait est qu’après la séance, la plupart d’entre nous dormirons comme des bébés ! Face à un genre qui se renouvelle de plus en plus, en essayant d’échapper au format trop classiques des sempiternelles maisons hantées à travers “l’elevated horror” qui fait de plus en plus d’adeptes (Évanouis, Substitution, The Ugly Stepsister pour ne citer que des exemples récents…), ce dernier chapitre Conjuring tire sa révérence au bon moment.

Heureusement, le cœur du film demeure le couple Warren, incarné par Patrick Wilson (Insidious : The Red Door, Aquaman et Le Royaume Perdu, Moonfall…) et Vera Farmiga (Hawkeye, Many Saints of Newark, Godzilla 2…). Leur alchimie reste intacte, crédible et attachante, et suffit à donner corps à des scènes qui, autrement, seraient trop convenues. Le plaisir de les retrouver, une dernière fois peut-être, compense largement les faiblesses du scénario. Au casting également, le personnage de Judy Warren est à nouveau recasté et incarné cette fois par Mia Tomlinson (The Beast Must Die…), convaincante malgré une écriture souvent superficielle.

À ses cotés, Ben Hardy (The Girl Before, Bohemian Rhapsody…) s’invite à la fête, tandis que la famille hantée est composée en partie par Beau Gadson (The Crown, Here…), Rebecca Calder (Un Homme en Colère, Kandahar…), Kíla Lord Cassidy (The Wonder…) ou encore Elliot Cowan (Foundation, Krypton…). À l’affiche également, Orion Smith et Madison Lawlor (Tracker, Un Amour Si Lointain…) incarnent le couple Warren jeune (également recastés au passage). Parmi les visages plus connus, on retrouve Steve Coulter (She-Hulk, The Hunt…), John Brotherton (Conjuring : Les Dossiers Warren, Fast and Furious 7…) et Shannon Kook (tous les Conjuring…).
Ah ! Et gardez bien l’oeil ouvert à la fin du film pour un défilé de caméos qui semble confirmer les adieux de la franchise… même s’il est évident que le film lance de grosses ficelles pour quelques spin-offs supplémentaires.
En conclusion, la saga Conjuring propose un dernier tour de piste sympathique et nostalgique, mais globalement sans éclat. Michael Chavez joue la prudence et recycle les artifices confirmés de James Wan, sans oser réinventer la formule. Heureusement, les Warren sauvent l’ensemble grâce à une alchimie toujours irrésistible. À Voir.

PS : ATTENTION SPOILERS coté caméos, on est servis. Durant la scène du [SPOILER] mariage de Judy et Tony [/SPOILER], plusieurs invités sont présents en hommage à la saga : James Wan, le réalisateur des premiers films, mais également : Lily Taylor et Mackenzie Foy qui représentent la famille Perron, Frances O’Connor et Madison Wolfe qui représentens Le Cas Enfield et le jeune Julian Hilliard représente l’avant-dernier opus. Aussi incongrues soient-elles, ces retrouvailles font tout de même sens puisque dans Conjuring – Sous l’Emprise du Diable, une scène semble indiquer que les Warren sont toujours en contact avec les Perron. De là à dire que ça m’a fait penser à Avengers – Endgame… bon… 🙂
