Sci-fi

[CRITIQUE] Moonfall, de Roland Emmerich

Le pitch : Une mystérieuse force a propulsé la Lune hors de son orbite et la précipite vers la Terre. L’impact aura lieu dans quelques semaines, impliquant l’anéantissement de toute vie sur notre planète. Jo Fowler, ancienne astronaute qui travaille pour la NASA, est convaincue de détenir la solution pour tous nous sauver, mais seules deux personnes la croient : un astronaute qu’elle a connu autrefois, Brian Harper, et un théoricien du complot, K.C. Houseman. Ces trois improbables héros vont tenter une mission impossible dans l’espace… et découvrir que notre Lune n’est pas ce que nous croyons.

Roland Emmerich, pour les nostalgiques et amateurs du cinéma testostéroné des années 90, c’est des films aux allures de blockbusters avant l’heure, de Universal Soldier en 1992 jusqu’au plus récent 2012, sorti en 2009, en passant évidement par Independence Day (1996), Godzilla (1998) et Le Jour d’Après (2004). Films catastrophes et/ou explosifs, le nom de Roland Emmerich a longtemps été associé à du cinéma popcorn patriotique qui, si on en regarde les détails, fait grincer des temps, mais reste tout de même hautement divertissant. Et puis les années 2010 ont sonné la fin de la récré, pour un White House Down moyen et un Midway a priori réussi, il a aussi fallu composé avec l’affolante déception qu’a été Independence Day: Resurgence.

Pour Moonfall, les campagnes de marketing autour du film ont soigneusement évité de mentionner cette suite ratée pour mettre en avant les succès incontournables de Roland Emmerich. Mais pour ma part, c’est avec inquiétude que je me suis rendue en salles, d’autant plus que les derniers films du même genre, entre Geostorm et Greenland, se sont également avérés discutables.
La première bonne nouvelle, c’est que Gerard Butler n’est pas au casting ! La seconde, c’est que même si Moonfall repose sur un scénario SF alimenté par des théories capillotractées, l’ensemble est suffisamment prenant pour se laisser porter. Dynamisé par une ambiance qui évolue dans l’urgence, le film annonce la fin du monde en grande pompe, avec beaucoup de démonstrations spectaculaires (tsunamis, dérèglements de la gravité, etc…), avant de se concentrer sur une poignée d’humains qui cherchent soit à survivre, soit à éviter la catastrophe. On retrouve des ingrédients qui ont fait la force d’Independence Day (le scientifique de seconde zone qui voit tout avant les autres, mais personne ne l’écoute…) et autres films catastrophes (le personnage de Patrick Wilson a le même parcours que celui de Jason Statham dans En Eaux Troubles), ce qui rend l’ensemble familier et facile à suivre. De toutes façons, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, Moonfall est loin d’être compliqué.

Même sans être astrophysicienne, je me doute bien que l’intrigue de Moonfall doit comporter des failles et être plutôt bancal ci et là. À mon niveau, je vois surtout que le film pèche souvent en terme de crédibilité, ne serait-ce qu’en prenant en compte la temporalité et la logique des événements, je me dis que le film de Roland Emmerich est extrêmement précipité et n’hésite pas à s’engouffrer dans des raccourcis béants pour atteindre son but. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit là d’un film popcorn : de la lune qui dévie de son orbite jusqu’au twist final, Moonfall assume son propos, entre théories sur les mégastructures et présences non identifiées. Un peu comme Luc Besson qui imagine ce qui se passerait si on utilisait 100% de son cerveau dans Lucy, Roland Emmerich s’amuse dans un exercice similaire en dessinant un scénario catastrophe basé de près ou de loin sur des vérités scientifiques avant d’en faire son propre langage à grands coups d’accélérateur. En fait, si vous cherchez du sérieux, ce n’est pas Moonfall qui faut aller voir. Par contre, en terme de divertissement, j’ai trouvé que l’ensemble était plutôt accrocheur et tenait quelques-unes de ses promesses.

Coté positif, j’ai aimé les scènes catastrophe à grande échelle, la tension vivifiante du récit et certains personnages attachants – même si on évite jamais les clichés. S’il y a bien un ventre mou en cours de route, Moonfall se rattrape dans un dernier tiers qui assume son idée jusqu’au bout – quitte à se mettre à dos quelques mouvements religieux au passage.
Coté négatif, arf… la réalisation pèche un peu. Pour un réalisateur qui nous a donné Independence Day, 2012 ou encore Le Jour d’Après, voir un film essentiellement tourné en studios pique un peu les yeux à cause des nombreux fonds verts trop visibles. Moonfall tente les belles images dignes d’un wallpaper géant, mais le manque de précision et de réalisme retranchent l’ensemble dans une imagerie trop approximative pour être crédible et réellement immergé dans le décor catastrophe. En fait, il ne reste plus que les bons sentiments et le sort du monde entier qui repose sur les épaules de trois individus débarqués de nulle part… Nous ne sommes plus en 1996, si à l’époque on fermait les yeux sur cette version un chouille ringarde de la sacro-sainte Amérique comme unique rempart contre les catastrophes ou les invasions extraterrestres, de nombreux films depuis ont assimilé l’improbabilité de ce concept. Du coup, dès le départ, Moonfall s’est un peu tiré une balle dans le pied.

Au casting : Patrick Wilson (Conjuring 3, Annabelle 3, Aquaman…), Halle Berry (Meurtrie, John Wick Parabellum, Kingsman : Le Cercle d’Or…) et John Bradley-West (Game of Thrones…) forment le peloton de tête, chacun portant les caractéristiques usuelles de ce genre de personnage : le héros déchu, le scientifique un peu loser mais qui a vu juste et le porte-drapeau. Autour d’eux, des seconds rôles pas vraiment utiles dans lesquels on retrouve ou découvre, entre autres, Donald Sutherland (The Undoing, Ad Astra…), Michael Peña (Ant-Man et La Guêpe, Narcos: Mexico…), Charlie Plummer (Adolescence Explosive…).

En conclusion, si je ne pardonne toujours pas Independence Day: Resurgence, Roland Emmerich se rattrape à mes yeux en livrant un film catastrophe prenant et, mine de rien, ambitieux. Si les commodités scénaristiques sont parfois grossières, Moonfall a les atours d’un nanar (dans le sens positif du terme, ce n’est pas un navet !) qu’on regardera toujours avec un certain plaisir (coupable ou non), juste pour se divertir devant du grand spectacle facile à la satisfaction immédiate. À voir, pour un public averti.

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