[CRITIQUE] La Malédiction de la Dame Blanche, de Michael Chaves

Loin de la légende de l’auto-stoppeuse fantomatique qui arpente les routes la nuit, La Malédiction de la Dame Blanche s’inspire d’une légende mexicaine pour produire un film à la facture classique mais qui réserve toutefois de sympathiques moments de frissons. Michael Chaves s’appuie sur les codes classiques de l’épouvante maléfique pour construire des rebondissements prévisibles puis efficaces, avant d’opter pour un dénouement trop démonstratif. En cherchant le réalisme, La Malédiction de la Dame Blanche perd en crédibilité même si l’ensemble reste tout à fait correct.

Le pitch : Los Angeles, années 1970. La Llorana hante la nuit… et les enfants. Ignorant les avertissements d’une mère soupçonnée de violence sur mineurs, une assistante sociale et ses enfants sont projetés dans un monde surnaturel des plus effrayants. Pour espérer survivre à la fureur mortelle de la Llorana, leur seul recours est un prêtre désabusé et ses pratiques mystiques destinées à repousser les forces du mal… à la frontière où la peur et la foi se rencontrent…

Ces dernières années, le cinéma d’horreur m’a appris à être de plus en plus tolérante (un peu trop même). Bercée depuis l’enfance par John Carpenter (The Thing…) et Sam Raimi (Evil Dead…), puis ayant toujours eu un faible pour les histoires de fantômes et/ou de possession (The Eye, des Frères Pang), les films d’épouvante actuels parviennent rarement à me faire flipper, surtout quand ils reposent sur une facture aussi attendue. Cependant, à force de garder un œil sur sur ces films, j’ai appris à apprécier les efforts quand j’en voyais, ceux qui permettent à un public moins psychopathe que moi d’en avoir, un minimum, pour leur argent.

Vous l’aurez donc compris, La Malédiction de la Dame Blanche ne m’a pas empêcher de dormir sereinement (loin de là), MAIS comme d’autres succédanés de la franchise Conjuring, le film de Michael Chaves a le mérite de proposer un cadre propice à l’angoisse, malgré son grand penchant pour la facilité. Oui, vous avez bien lu : spoiler alerte ! La Malédiction de la Dame Blanche est un nouveau spin-off issue de l’univers Conjuring initiée par James Wan et c’est justement Michael Chaves qui en réalisera le troisième opus prévu pour 2020. Mais avant d’en arriver là, le réalisateur fait ses gammes avec l’adaptation de la légende mexicaine de la Llorona : cette femme maudite qui a tué ses enfants pour faire payer à son époux ses infidélités et qui est condamnée à pleurer pour l’éternité en cherchant à remplacer ses petits. De ce point de départ assez extrême, La Malédiction de la Dame Blanche conserve une trame explicite et linéaire. Le film ne perd en effet pas de temps pour installer son cadre, se reposant sur une intrigue aux accents mystiques et dopée par les artifices classiques du genre : ambiance obscure, apparitions hystériques et jumpscares en tout genre.

J’ai bien aimé le fait que la menace arrive rapidement et sans détour – même si pour une mère éplorée, j’ai trouvé la Llorona super agressive et l’explication tout de même bancale. Cependant, si dans un premier temps, le film semble s’embourber dans du déjà-vu fastoche, je me suis surprise à me prendre au jeu. OK, La Malédiction de la Dame Blanche n’innove pas, mais en misant sur la simplicité de sa mise en scène, l’ensemble finit par convaincre un minimum. Au fur et à mesure que le film avance, Michael Chaves parvient à animer un tableau relativement prenant et nourri par l’attente du prochain sursaut, aussi prévisible soit-il. La forme est classique, certes, mais finalement bien utilisée et alléchante.

Le bémol finalement, c’est dans son dernier acte… manqué. Comme tout film d’horreur tournant autour de manifestations démoniaques, une fois que les phénomènes ont fini par convaincre les personnages à grands renforts de jumpscares et de cris dans la nuit, il faut donc passer à l’élimination du danger. Rappelant fortement un certain Conjuring – Les Dossiers Warren, La Malédiction de la Dame Blanche se réfugie dans un dernier acte beaucoup trop démonstratif, optant pour une surenchère si capillotractée et souvent contradictoire que le final perd le peu de crédibilité obtenue depuis le début du film. On passe d’un seul coup d’un récit d’épouvante plus ou moins solide à une chasse à la sorcière qui cherche surtout à impressionner pour se démarquer de l’exorcisme prévisible. Du coup, en cherchant à complexifier une menace finalement hyper ordinaire pour un film d’épouvante, le film s’éparpille dans une surenchère de règles et de détours improbables qui semblent avoir été rajoutés à l’aveugle, quitte à se contredire à travers un mash-up de croyances et solutions diverses croisées dans de nombreux films du même genre. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Parce que cela donne souvent un résultat bancal.

Au casting, Linda Cardellini (Bloodline, Green Book, L’Ombre d’Emily…) et les jeunes Roman Christou et Jaynee-Lynne Kinchen forment un trio terrifié mais suffisamment attachant pour nous entraîner jusqu’au bout. Autour d’eux, Marisol Ramirez joue les dames blanches cauchemardesques, tandis que Raymond Cruz (Breaking Bad…) joue les exorcistes pince-sans-rire. On retrouve également quelques visages connus qu’on avait pas revu sur grand écran depuis longtemps : Patricia Velásquez (Le Retour de la Momie…), Sean Patrick Thomas (Save The Last Dance…) et Tony Amendola (Annabelle…) vient faire le lien avec la saga Conjuring.

En conclusion, La Malédiction de la Dame Blanche fait dans la simplicité, certes, mais une simplicité relativement efficace et qui a le mérite de tout faire pour installer une atmosphère angoissante et solide malgré sa facture clichée. Si le climax déçoit par son format trop évident, le film de Michael Chaves pourrait bien faire son petit effet. À tenter.

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