Épouvante-horreur

[CRITIQUE] 28 Ans Plus Tard : Le Temple des Morts, de Nia DaCosta

Le pitch : Dans ce nouveau volet de la saga, le docteur Kelson noue une relation aussi troublante qu’inattendue dont les répercussions sont susceptibles de bouleverser notre monde. De l’autre côté, la rencontre entre Spike et Jimmy Crystal tourne au cauchemar. Dans LE TEMPLE DES MORTS, ce ne sont plus les infectés qui représentent la plus grande menace pour la survie de l’espèce humaine – c’est l’absence d’humanité des rescapés qui se révèle être le danger le plus terrifiant…

Quelques mois après 28 Ans Plus Tard, Danny Boyle passe la main à la réalisatrice Nia DaCosta (The Marvels, Candyman, Little Woods…) pour ce deuxième volet sous-titré Le Temple des Morts, toujours écrit par Alex Garland. Ce chapitre abandonne quelque peu les ravages du virus en Angleterre, pour se concentrer sur des personnages découvert dans le film précédents, à savoir le docteur Kelson et Jimmy Crystal (et l’Alpha).
Un choix risqué et qui, à ce jour, ne paie malheureusement pas vu ses résultats au box-office. C’est compréhensible, puisque si 28 Jours Plus Tard est devenu une référence de l’horreur et que le 28 Ans Plus Tard lui fait honneur à travers un récit piqué par le frisson, en plus d’une allégorie sur le climat ambiant post-Brexit (entre autres), il était attendu que ce Temple des Morts soit dans la continuité, offrant frissons et imageries gore au menu. Résultat : le public est mitigé et beaucoup semblent déçus par l’orientation du film, bien moins effrayant que les précédents et le box-office est en chute libre.

Et c’est dommage, car pour ma part j’ai vraiment accroché à ce nouvel opus, certes surprenant, mais loin d’être vain. 28 Ans Plus Tard : Le Temple des Morts s’intéresse toujours à la survie mais change de braquet. Si jusqu’à présent on suivait des héros muent par la peur des infectés, le film de Nia DaCosta part à la rencontre de ceux qui ont embrassé ce nouveau monde. Alors que le jeune Spike se retrouve aux prises avec une bande d’illuminés à perruques blondes dominée par l’impitoyable Jimmy Cristal, le docteur Kelson, lui, continue de chercher un remède en apprivoisant l’ennemi.
Souvent piqué par des moments de tension, des jumpscares mesurés et, bien sûr, du sanguinolent graphique, ce qui m’a plu dans 28 Ans Plus Tard : Le Temple des Morts c’est que le film raconte sur ses personnages, transformé par le chaos. L’humanité reste au cœur du récit, sauf que les règles ont changé : dans ce monde en ruine, la morale devient presque un luxe, et la boussole intérieure la seule chose qui permette encore d’avancer… ou de survivre. Mais que se passe-t-il quand cette boussole se dérègle ? Quand elle pointe vers quelque chose de dangereux, de fanatique, de monstrueux ?

C’est retranché dans ces limites que l’humain découvre sa véritable nature et quoi de mieux qu’une apocalypse comme test ultime. Le film met alors en tension l’espoir et le désespoir : d’un côté, le sentiment d’avoir été lâché par le divin, de l’autre, la volonté obstinée de croire encore à un remède. C’est autour de ces fractures que le film construit ses trajectoires et fait évoluer ses personnages. 28 Ans Plus Tard : Le Temple des Morts déroule deux intrigues en parallèle, qui finissent, heureusement, par se rejoindre. Le film avance ainsi dans une opposition constante, aussi fascinante qu’efficace. L’horreur y reste centrale, mais elle se déplace : elle ne vient pas seulement des infectés, elle se détourne pour laisser exploser la folie humaine à travers les “Jimmys” et leur leader implacable, tandis que les expérimentations du docteur Kelson prennent, elles, des allures plus spirituelles, voire chamaniques. Quelque chose de profondément primitif et d’exalté relie ces deux trajectoires.

À travers le scénario d’Alex Garland, on assiste à la naissance d’un culte religieux face aux premières tentatives de médecine expérimentale, comme si cet univers post-apocalyptique ramenait l’humanité à ses besoins les plus élémentaires : se raccrocher à l’invisible… ou s’en remettre au constatable. Avec un regard plus sarcastique, on pourrait même y lire une observation glaçante : la religion qui émerge du chaos et du vide, le monde d’après (après l’homo-sapiens ?) et la médecine qui progresse à coups d’essais hasardeux menés sur des cobayes isolés, sans leur consentement… Ce qui, au fond, n’a rien de totalement fictif.

Alors oui, le film de Nia DaCosta fait moins peur et se montre moins nerveux que le chapitre précédent sorti l’an dernier, mais il n’en reste pas moins rempli de séquences franchement glaçantes. La menace des infectées plane toujours, bien sûr, mais celle des hommes encore « à peu près » sains d’esprit s’avère finalement plus virulente, plus brutale, et surtout… sans limite. La réalisatrice ne se contente pas d’animer un scénario clé-en-main, elle apporte sa patte à une vision ambitieuse, aussi bien dans la mise en scène que dans le symbolisme (le lavage des mains comme un nouveau baptême, par exemple…). Une fois que les récits parallèles se rejoignent, 28 Ans Plus Tard : Le Temple des Morts abandonnent enfin le métaphysique et le suggéré pour une mise en abîme plus frontale.

Le dernier tiers change de ton, se radicalise aussi bien dans son propos que dans son imagerie, alors que du Iron Maiden endiablé (hihi) vient bousculer le statut quo installé. Plus sage en apparence, peut-être, mais dans son fond, le film de Nia DaCosta est d’une puissance sourde qui fait écho encore bien après la fin de la séance, laissant une marque indéfinissable qui continue de mûrir au moment où j’écris ces lignes. On doit peut-être davantage saluer Alex Garland que Nia DaCosta, mais là où J. C. Fresnadillo peinait à donner à 28 Semaines Plus Tard une identité pleinement assumée, cet opus s’impose bien mieux comme une suite solide et réfléchie, tout en prolongeant avec cohérence l’imaginaire apocalyptique posé par Danny Boyle.

Au casting : Ralph Fiennes (Conclave, Le Menu, Mourir Peut Attendre…) porte le film et régale dans un dernier acte fantasmagorique où la noirceur rejoint l’intellect dans un dénouement fou. Face à lui, Jack O’Connell (Rogue Heroes, Back To Black…) porte un rôle insensé, détestable, mais qui malheureusement fait un peu de répétition à son personnage vu récemment dans Sinners. Autour d’eux, Alfie Williams (À la Croisée des Mondes, 28 Ans Plus Tard…) reprend du service, tandis qu’Erin Kellyman (Falcon et le Soldat de L’Hiver, The Green Knight…) campe un personnage dissident, que l’horreur pure a rendu lucide.

Enfin, je n’en avais pas parlé dans mon article précédent, et pourtant ce personnage a beaucoup fait parlé l’année dernière : Chi Lewis-Parry (Gladiator II, Kraven The Hunter, Expendables 4…), l’Alpha, est de retour, toujours nu et toujours, euh… bien portant 😉 ! Mais cette fois, son personnage évolue et le duo qu’il forme avec le personnage de Ralph Fiennes est à la fois étonnant, surréaliste et puissant (même si certains moments me rappellent parfois l’évolution de Caesar dans La Planète des Singes).

En conclusion, fidèle à la saga, 28 Ans Plus Tard : Le Temple des Morts n’est jamais là où on l’attend. Un film qui hypnotise par sa plongée aux frontières de la folie, entre violences, émotions brutes et glissement spirituel. Nia DaCosta prolonge les ambitions du duo Boyle-Garland, toujours en quête de lumière au milieu du chaos, entre 🍆 en 4K, dépeçages en bonne et due forme et emballement mystique. Et dans une époque où certains films ressemblent plus à des distributeurs automatiques à dollars qu’à du cinéma vivant, Le Temple des Morts a au moins le mérite d’être osé, viscéral, enthousiasmant… et complètement délirant. Vivement la suite. À voir.

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