[CRITIQUE] Everest, de Baltasar Kormákur

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Le désavantage lorsqu’on propose l’adaptation d’une histoire vraie mettant en scène une telle aventure humaine, c’est le risque béant de proposer un film au scénario prévisible. Everest ne déroge pas à cette règle et livre une histoire peu novatrice et attendue, où les ficelles sont bien trop visibles pour susciter de l’émotion authentique. Résultat, si les plus sensibles seront touchés, voire émerveillés par le courage teinté de folie de ces hommes et femmes qui s’attaquent à l’Everest, les autres devront se contenter des plans magnifiques et intenses qui composent le film pour espérer un petit frisson. Dommage car le film de Baltasar Kormákur avait tous les atouts pour devenir un film grandiose.

Le pitch : Inspiré d’une désastreuse tentative d’ascension de la plus haute montagne du monde, Everest suit deux expéditions distinctes confrontées aux plus violentes tempêtes de neige que l’homme ait connues. Luttant contre l’extrême sévérité des éléments, le courage des grimpeurs est mis à l’épreuve par des obstacles toujours plus difficiles à surmonter alors que leur rêve de toute une vie se transforme en un combat acharné pour leur salut.

Adapté d’une histoire vraie écrite par Jon Krakauer en 1997, Everest est un pari ambitieux, sorte de Man vs Wild sur grand écran. Au début, tout commence bien : Baltasar Kormákur (2 Guns, Contrebande…) présentent ses aventuriers, tous animés par une passion presque compétitive et le rêve fou de gravir cette montage impressionnante. La légende autour de l’Everest fait le reste (et si ce n’est pas le cas, le film nous rappelle très souvent que c’est l’endroit le plus dangereux AU MONDE, pigé ?) et c’est avec envie que l’on découvre le défi insensé qu’ils s’apprêtent à affronter. Baltasar Kormákur mise sur une dimension dramatique qu’il installe dès le début avec les adieux à la famille (dont une épouse enceinte pour la cerise sur le gâteau), avant d’appréhender l’aventure de manière distante. Si l’enthousiasme ambiant aide à se mettre dans le bain, il y a tout de même une distance qui se crée entre le film et le public. Trop observateur, le film énumère les risques et les dangers, au fur et à mesure que les personnages défilent sur l’écran. Qu’à cela ne tienne, me dis-je, on y verra plus clair une fois le film entrera dans le vif du sujet, à savoir une montée qui se fait un peu attendre.

Oui mais voilà, une fois que l’aventure commence, Baltasar Kormákur veut tellement illustrer les dangers qu’encourent ses personnages, que tous les éléments se bousculent. Rapidement les repères sont brouillés et il est difficile de s’y retrouver. Alors que les non-initiés (moi y compris) ne sauront pas faire la différence entre les montées d’acclimatation et la vraie montée, le film démarre sans qu’on s’en aperçoive, laissant le spectateur sur le bas-coté. Pendant la majeure partie du film, Everest nous force à naviguer à vue, si bien qu’on passe plus de temps à se repérer dans le film qu’à suivre l’aventure : il n’y a aucune timeline pendant toute la montée, les personnages sont emmitouflés dans des attirails de circonstances, certes, mais qui couvrent leurs visages… Bref, on a du mal à s’y retrouver, d’autant plus que Baltasar Kormákur ne tarde pas à abattre ses cartes une par une. En effet, pour ceux qui n’auraient toujours pas compris, Everest est l’endroit le plus dangereux AU MONDE. C’est donc sans surprise que le casting ne tarde pas à s’effondrer comme des dominos. Encore une fois, la narration méthodique du réalisateur est trop visible : après les différentes mises-en-garde, le sort des personnages rapidement scellés, empilant les catastrophes les unes sur les autres.
Si les effets spéciaux sont impressionnants, Everest ne parvient pourtant pas à nous impliquer, car on ne ressent jamais le sacrifice physique, émotionnel voire financier que représente cette aventure. Baltasar Kormákur opte pour un traitement linéaire, presque documentaire et se contente de montrer les choses, en restant trop en retrait. Cette distance est probablement dû à l’importance du casting aussi, trop imposant et trop dispersé, qui se retrouve englouti dans un désert blanc où chaque pan de montagne ressemble au suivant. Du coup, lorsque le film entame son virage émotionnel, rien ne fonctionne. Pire, l’ambiance est soudainement plombée par la série noire qui se déroule sous nos yeux, tandis que Baltasar Kormákur met toutes ses cartes sur la table en tirant sur toutes les cordes sensibles possibles, à grands renforts de scènes larmoyantes.

Au casting, justement, que de jolis noms. Pourtant, après voir vu le film, je me demande toutefois pourquoi certains ont accepté ces rôles, c’est notamment le cas pour Keira Knightley (Girls Only…), Robin Wright (Perfect Mothers…), Sam Worthington (Cake…) ou même Jake Gyllenhaal (La Rage au Ventre…) qui campent des personnages accessoires, dont certains disparaissent en cours de route. Face à eux, Jason Clarke (Terminator: Genisys, La Planète des Singes : l’Affrontement…) tente de tenir le cap, tandis que Josh Brolin (Inherent Vice, Sin City : J’ai Tué Pour Elle…) écope d’un personnage difficile à cerner. John Hawkes (Lincoln, Martha Marcy May Marlene…) est probablement le seul à avoir réussi à convaincre jusqu’au bout, avec Emily Watson (Une Merveilleuse Histoire du Temps…) et son interprétation généreuse.

En conclusion, Everest passe à coté de son histoire. Si l’ensemble reste relativement captivant, Baltasar Kormákur reste sur la réserve et se contente de narrer une histoire basique et trop prévisible. Entre un cast trop imposant et un contexte aussi particulier, Baltasar Kormákur n’a pas réussi à trouver l’équilibre entre son histoire et l’aspect spectaculaire du film. Du coup, Everest oscille dans un entre-deux peu satisfaisant, loin de l’aventure attendue malgré des plans somptueux sur un paysage unique. À tenter.

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