[CRITIQUE] Kingsman : Le Cercle d’Or, de Matthew Vaughn (deuxième avis)

Un premier avis rédigé par Karim (@kchmouchmou) est disponible ici. Le mien est un peu moins positif 😀

Le pitch : KINGSMAN, l’élite du renseignement britannique en costume trois pièces, fait face à une menace sans précédent. Alors qu’une bombe s’abat et détruit leur quartier général, les agents font la découverte d’une puissante organisation alliée nommée Statesman, fondée il y a bien longtemps aux Etats-Unis. Face à cet ultime danger, les deux services d’élite n’auront d’autre choix que de réunir leurs forces pour sauver le monde des griffes d’un impitoyable ennemi, qui ne reculera devant rien dans sa quête destructrice.

Deux ans après l’excellent Kingsman – Services Secrets, Matthew Vaughn rempile avec un deuxième opus pour plus d’action explosive et de fun… ou pas. Pour ma part, le premier Kingsman aurait très bien pu vivre en tant que one-shot, pour potentiellement devenir culte : un film surprenant et jubilatoire, parfaite signature d’un Matthew Vaughn inventif et maîtrisant le multi-genre dans un film alliant pop-culture, comédie, action et humour un brin satyrique. En fait, c’était tellement bon, que c’était vraiment difficile d’imaginer mieux… Et bien Matthew Vaughn a tenté.

Le problème quand on fait un film aussi réussi, c’est que la barre est haute, très haute et Kingsman : Le Cercle d’Or était donc attendu au tournant. Dans ce cas de figure, il y a deux options possibles : frôler l’overdose en multipliant ce qui a fonctionné dans le premier film ou opter pour la traditionnelle exploration de la part sombre et identitaire du héros pour mieux le faire briller. Matthew Vaughn a choisi la première option et s’il était largement capable de relever le défi… il n’y parvient malheureusement pas. Kingsman : Le Cercle d’Or est devenue sa propre parodie ! Oui, il y a plus d’action, plus de scènes de bagarres épileptiques, plus de messages subversifs égratignant la société actuelle… Matthew Vaughn a bien du mal à retrouver sa gouaille à la fois péchue et piquante, en titillant gentiment le trashouille et la satyre politique fastoche (le président imbécile qui s’en prend à son assistante nommée Fox !), tandis que l’ensemble est écrasé sous un ensemble excessif et too much.

En effet, si l’histoire est dense, le film ne prend jamais le temps de s’arrêter pour contempler les actions. Ainsi, les disparitions des uns lissent sur nos héros sans laisser de trace, tandis que le danger qui touche à nouveau la planète est effleuré de façon si superficielle qu’il est difficile d’y croire une minute. Trop occupé à mettre en avant ses super agents secrets et leurs cabrioles en tout genre, Kingsman : Le Cercle d’Or vire à la débauche compulsive en multipliant les scènes d’actions calquées sur ce qui a marché dans le premier opus : mise en scène ultra saccadée, prises de vue étourdissantes et chorégraphies décoiffantes. Le problème dans tout ça, c’est que Matthew Vaughn ne nous laisse ni le temps de respirer, ni le temps d’apprécier ce qui déferle littéralement sous nos yeux. Pire, il souligne ses meilleurs actes avec tant d’effort que cela en retire toute originalité à l’exercice (le face caméra en plein high-kick, par exemple) et se refrène de façon inexpliquée quand il a l’occasion d’épicer une trame parfois trop attendue.

Résultat, j’ai eu l’impression d’être happée pendant deux heures devant un Kingsman qui a perdu toute l’impertinence et le génie du premier opus pour proposer un film d’espionnage beaucoup trop cool et facile, piochant ses gimmicks dans les blockbusters les plus récents et en s’auto-parodiant continuellement. Au lieu de proposer de la nouveauté, Kingsman : Le Cercle d’Or joue la carte du recyclage pour nous duper : la nouvelle méchante est une autre illuminée avide de reconnaissance malgré ses actes, son protecteur tabasse avec un membre amputé, la nouvelle menace est interplanétaire et éclos à travers un phénomène sociétal ; tandis que les Statesmen sont les mêmes clichés sur pattes qu’étaient les Kingsmen dans le premier opus, cette fois à la sauce américaine… Où est donc passée l’approche novatrice de Matthew Vaughn, qui avait proposé un film d’espionnage décalé, entre la classe ultime d’un James Bond et l’irrévérence corrosive d’un Kick-Ass ? J’aurai préféré que Matthew Vaughn prenne le temps de s’arrêter sur l’évolution de son personnage principal, aussi bien dans sa vie personnelle qu’au sein de Kingsman. Au lieu de cela, Kingsman : Le Cercle d’Or fait table rase du caractère sympathique et attachant des personnages pour se noyer dans de l’action cannibale qui annihile toutes les émotions possibles du scénario, en cochant les cases d’un cahier des charges digne d’un film de commande qui aurait été réalisé par un « yes man » et non part Matthew Vaughn. La déception est donc difficile à digérer.

Au casting, il n’y a pourtant quasiment rien à redire : Taron Egerton (Eddie The Eagle, Legend…) reprend du service, moins surprenant mais toujours convaincant en action hero moderne. À ses cotés, Colin Firth (Bridget Jones Baby, Avant d’Aller Dormir…) et Mark Strong (Miss Sloane, Grimsby : Agent Trop Spécial…) reprennent du service, élégants et nécessaires. Le film salue l’arrivée de nouveaux venus d’outre-atlantique -pour gonfler l’affiche- dont un Pedro Pascal (Narcos, Game Of Thrones, La Grande Muraille…) certes discret mais dont le personnage occupe probablement les meilleures scènes du film ; tandis qu’Halle Berry (Extant, X-Men: Days of Future Past...) joue les figurantes, Jeff Bridges (Comancheria…) ne fait pas mieux et Channing Tatum (Logan Lucky…) est, heureusement, accessoire et absent une bonne partie du film. Julianne Moore (Hunger Games, Free Love…), quant à elle, restera toujours parfaite quoiqu’elle fasse, même si son rôle méritait largement plus de profondeur. À noter également le retour de Hannah Alström, ainsi que la présence, entre autres, d’Elton John et de Poppy Delevingne (Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur…).

En conclusion, trop attendu au tournant et précédé par un premier opus trop jouissif, Kingsman : Le Cercle d’Or pâtit de son propre succès et tombe dans le piège de ces suites qui cèdent à la redite compulsive. Matthew Vaughn déçoit avec un film trop excessif et usant qui, malgré ses apparences explosives, ne fait déplacer du vide. Dommage. À tenter, tout de même.

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