[CRITIQUE] Logan Lucky, de Steven Soderbergh

Le pitch : Deux frères pas très futés décident de monter le casse du siècle : empocher les recettes de la plus grosse course automobile de l’année. Pour réussir, ils ont besoin du meilleur braqueur de coffre-fort du pays : Joe Bang. Le problème, c’est qu’il est en prison…

Alors qu’il avait annoncé sa retraite, Steven Soderbergh a décidé de rempiler pour Logan Lucky, un nouveau film de braquages amorphe qui résume bien son cinéma paresseux, adynamique et remâché. En effet, après avoir explosé grâce au succès d’Erin Brockovich (2000) puis d’Ocean’s Eleven (2001), le réalisateur a multiplié sa présence au cinéma en pondant de nombreux films, s’essayant à tous les genres (science-fiction, biopic, thriller…), pas toujours avec un grand succès. Pour ma part, j’ai toujours trouvé le cinéma de Soderbergh amorphe et complaisant : toujours bien entouré, le réalisateur s’offre généralement un casting aussi improbable qu’alléchant (des acteurs hollywoodiens côtoient d’autres plus « indies »…), mais le résultat manque trop souvent de dynamisme en se reposant sur des intrigues mollassonnes et le potentiel séduisant du cast, le tout souvent saupoudré d’esbroufe. Le cas le plus marquant reste finalement sa trilogie Ocean qui s’est essoufflée dès le deuxième opus, même si ses derniers films (Girlfriend Experience, Piégée, Magic Mike…) montraient déjà les faiblesses de Soderbergh, aussi bien en terme de choix scénaristique qu’en terme de mise en scène.

Et pourtant, après 4 ans d’absence, Soderbergh refait surface avec Logan Lucky et croit nous surprendre en proposant une redite d’Ocean’s Eleven version redneck. Sur fond de contexte social pauvret dans une Amérique profonde et clichée, Logan Lucky s’emballe – pour une raison à peine justifiée – dans une histoire de braquage régurgitant les mêmes artifices que dans son fameux Ocean’s Eleven. Deux frères, l’un ex-future star de football (?) avec le genou en vrac et l’autre, vétéran amputé de la main, campent un duo de péquenots gentils qui élaborent un super plan pour voler les recettes d’un championnat de Nascar (courses automobiles), aidé par un filou coincé en prison, deux autres frères bas de plafond et d’une sœur au soutif apparent mais qui s’y connait en mécanique. Changez le faste de Las Vegas par le paysage rural de l’Amérique profonde et Logan Lucky donne l’impression d’être un spin-off médiocre de la série (ou du film) Shérif, Fais-Moi Peur ! – c’est dire !

Mou et sans saveur, le film de Logan Lucky se déroule sans véritable intérêt, voyageant entre l’ambition d’un personnage principal, auquel on a pas vraiment l’occasion de s’attacher, et le vague suspens autour du braquage. Le problème, c’est que Soderbergh survole, une fois de plus, ses personnages en se contentant de miser sur leur capital sympathie. Du coup, si l’idée semble venir de la volonté du héros de se rapprocher de sa fille, ce sujet est à peine exploré pour se transformer en un ersatz honteux de Little Miss Sunshine, de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2006), tandis que le reste des personnages vivotent dans la médiocrité, en faisant l’effet de side-kicks transparents et bien trop nombreux, entre tentatives de punchlines et de rebondissements extra-plats.
À force de voir des films de braquages calqués sur Ocean’s Eleven, je pensais que Soderbergh dépoussiérerait le mécanisme de ce genre de film souvent indécis entre la comédie, l’action et le film de gangster, pour proposer quelque chose de nouveau… Mais non, Logan Lucky utilise le même traitement prévisible en réunissant une équipe de bras cassés aux génies bien enfouis sous la bêtise ou la vulgarité, menée par une tête pensante qui se garde bien de dévoiler son plan, avant de boucler le tout avec un montage fainéant pour montrer aux spectateurs comment les personnages ont fait leur coup.
L’ensemble est aussi navrant que fainéant : je me suis ennuyée comme un petit rat en fin de vie et il faut dire que le casting, aussi large soit-il, n’aide pas.

Justement : en tête d’affiche, l’exaspérant Channing Tatum (Kingsman – Le Cercle d’Or, Lego Batman, Les Huit Salopards…) garde pour une fois ses fringues et j’ai même été soulagée de voir que son personnage boitait, je me suis dit « cool, il ne risque pas de se mettre à danser ». N’ayant toujours pas compris la hype autour de cet « acteur », je constate toujours son talent de bœuf à réciter son texte par cœur, sans plus. Autour de lui, Adam Driver (Girls, Paterson, Midnight Special…), Seth MacFarlane (Tous En Scène, Ted 2…) et Daniel Craig (Spectre, Skyfall…) tente d’épaissir un film déjà bien fadasse – en vain, tandis que Katie Holmes (La Femme Au Tableau…) et Katherine Waterston (Alien: Covenant, Les Animaux Fantastiques…) sont aussi transparentes que le personnage de Riley Keough (It Comes At Night, American Honey…) est vulgaire.
A noter également, la présence de Brian Gleeson (Mother!...), Sebastian Stan (Captain America – Civil War...) et, tiens !, Hilary Swank (PS I Love You, Million Dollar Baby…).
Mention spéciale à l’accent du Sud, bien charcuté tout au long du film pour le plaisir de nos oreilles – même si Daniel Craig semble avoir, heureusement, lâché l’affaire dès le départ.

En conclusion : à peine passable, Logan Lucky s’impose comme une resucée feignasse d’un Ocean’s Eleven version plouc. Éteint, bâclé et sur-vendu par un joli casting, le film est finalement une jolie carte de visite pour ceux qui ne connaissent pas le cinéma de Soderbergh : un emballage attrayant qui sonne creux. Fallait-il vraiment sortir de la retraite pour ça ? J’en doute, Steven, j’en doute…

Si vous fantasmez sur les pieds, c’est cadeau !

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