[CRITIQUE] Free Love, de Peter Sollett

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Au-delà de son engagement politique, Free Love est surtout un drame bouleversant, qui malgré son traitement prévisible, respire l’amour et le courage. Porté par un casting formidable, le film de Peter Sollett s’émancipe du drame pour transposer un récit solaire dans un contexte à la fois douloureux et nécessaire. Un beau film pour une belle cause.

Le pitch : Années 2000. Laurel, est une brillante inspecteur du New Jersey. Sa vie bascule le jour où elle rencontre la jeune Stacie. Leur nouvelle vie s’effondre quand Laurel découvre qu’elle est atteinte d’un cancer en phase terminale. Laurel a un dernier souhait : elle veut que sa pension revienne à la femme qu’elle aime, mais la hiérarchie policière refuse catégoriquement. Laurel et Stacie vont se battre jusqu’au bout pour faire triompher leurs droits.

Free Love raconte l’histoire vraie du combat de deux femmes pour l’égalité, alors que l’une d’entre elles est en phase terminale et souhaite léguer sa pension à l’autre. Seulement voilà, bien que leur relation soit officialisée, ce droit autorisé aux couples hétérosexuels leur est refusé. Vu comme cela, on pourrait s’attendre à un film sirupeux et prévisible, taillé pour agir en tire-larmes sur un public trop sensible. Conscient du caractère mélodramatique de son histoire, Peter Sollett utilise le contexte revendicatif comme décor, pour dresser un portrait de femmes à la fois fortes et touchantes dont la vie bascule du jour au lendemain. Free Love est avant tout une histoire d’amour qui nous touche en plein cœur, à travers la rencontre entre ces deux femmes si différentes, l’une à moitié dans le placard pour protéger sa carrière et l’autre qui s’assume. Leur rencontre agit comme un catalyseur émotionnel, car à travers une première partie bâtie sur leur romance, les deux héroïnes sont si attachantes qu’on en oublie presque le drame qui va s’abattre sur elles d’une minute à l’autre.

Alors qu’on entre dans le film en s’attendant au pire, Free Love prend par surprise en prenant d’abord le temps d’installer ses personnages, notamment celui de Laurel (Julianne Moore), dont la complexité étoffe l’ensemble, tempéré par le caractère plus discret mais tout de même affirmé de Stacie (Ellen Page). Contrairement au récent Carol, Free Love nous embarque dans cette histoire d’amour avec une facilité réjouissante, nourrie par l’alchimie et le naturel des deux actrices principales, notamment grâce à la simplicité du traitement qui ne cherche jamais à forcer le trait de ses personnages. Du coup, lorsque l’horrible cancer entre en scène, la soudaineté du revirement de ton change la donne et plonge le film dans un combat apparemment sans issue. Pour éviter de sombrer dans le cliché du film qui revendique la cause gay, Free Love désacralise son propos en proposant des activistes hauts en couleur, mené par un Steve Carrell exceptionnel, et la dimension politique du film est traitée de façon purement émotionnelle à travers les opinions des uns et des autres. Du coup le combat pour l’égalité devient un second écran, permettant finalement de scruter la psychologie des différents personnages, de ceux qui s’opposent à leur demande, à ceux qui n’osent pas assumer leurs opinions. Ce sont ces portraits d’hommes et de femmes qui permettent au film de Peter Sollett d’être aussi accessible et touchant, tant on s’y retrouve à chaque détour. Si on échappe pas à certaines étapes inévitables dans ce genre de drame, Free Love garde une approche à la fois humaine et humble, gardant toujours un œil sur ses personnages plutôt que sur l’intérêt politique (et historique) de l’histoire, concernant les droits des couples homos, évoquant aussi la difficulté d’être une femme dans un milieu masculin. Du coup, on est portés par la détresse palpable du film, quitte à espérer le happy-end ultime tant on est portés par l’histoire, et là… il faudra préparer les mouchoirs.

Au casting, Julianne Moore (Hunger Games – La Révolte, Still Alice, Maps To The Stars…) et Ellen Page (X-Men Days Of Future Past, Inception, Bliss…) forment un duo superbe et offrent une performance remarquable, même lorsque le film passe par des moments attendus qu’elles relèvent avec brio. À leurs cotés, Michael Shannon (Young Ones, Man Of Steel…) est parfait, éclipsé de peu par un Steve Carrell (The Big Short, Légendes Vivantes…) absolument génial. on y retrouve également Luke Grimes (American Sniper…), moins présent mais tout aussi attachant que l’ensemble du casting.

En conclusion, malgré la gravité de son histoire, Peter Sollett livre un film lumineux et émouvant, qui parvient à déjouer les écueils mélodramatiques évidents pour mettre en avant une histoire d’amour bouleversante. Entre amour, courage et détermination, Free Love a beau proposé un récit attendu, Julianne Moore et Ellen Page sont tout simplement d’une justesse effarante, incarnant des personnages dont on tombe amoureux immédiatement. Et cela change tout. À voir !

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