[CRITIQUE] Le Musée des Merveilles, de Todd Haynes

Original et agréablement rétro, Le Musée des Merveilles propose un exercice de style délicat inspiré par les films muets et musicaux à travers le temps. Todd Haynes se balade entre les époques, avec une naïveté douceâtre mais finalement peu vivace, tandis que la bande-originale pèse sur un ensemble engourdi au lieu de l’élever. Malgré une prise de risque intéressante, Le Musée des Merveilles endort avec son trop-plein de tendresse qui finit par se tiédir au fur et à mesure que le film s’étire vers l’ennui. Dommage.

Le pitch : Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

2 ans après Carol et un passage au Festival de Cannes remarqué en 2015, Todd Haynes n’est pas prêt à quitter New York, qu’il revisite dans deux époques différentes à travers Le Musée des Merveilles. Loin des amours interdites de son précédent film, Todd Haynes narre ici le parcours de deux enfants sourds – l’un de naissance, l’autre suite à un accident – qui parcourent New York à la recherche d’une nouvelle vie. Entre reconstitutions remarquables et découvertes de la grande pomme à travers les yeux de ces jeunes héros, Le Musée des Merveilles livrent une histoire tendre et sucrée, jalonnée de rencontres et autres rebondissements. De déceptions en découvertes, le film prend des airs de parcours initiatiques teintés d’une chasse aux trésors au charme désuet des films muets. En effet, au-delà de son sujet double, Todd Haynes rend surtout hommage aux époques dorées d’une New York. Les deux moitiés du film évoluent en parallèle et cristallisent ses personnages et une époque en plein chamboulement – qu’il soit historique, cinématographique ou architecturale – oscillant du glamour distingué du cinéma en noir et blanc des années 20-30 aux tons chaleureux et fédérateurs des années 70.

Le Musée des Merveilles est une ballade visuelle originale et proposée en musique pour nous immerger dans cette histoire vue à hauteur de ses protagonistes. Oui, mais voilà : si The Artist de Michel Hazanavicius était parvenu à maintenir en haleine en proposant un film muet, c’est surtout parce qu’au-delà de l’exercice, il y avait également une intrigue suffisamment prenante pour passer outre l’absence (ou quasi) de dialogue ; la différence c’est que Todd Haynes s’inspire certes du cinéma muet pour adapter son histoire, mais la mise en scène se rapproche surtout du cinéma contemporain puisque son application consiste uniquement à isoler ses personnages sourds dans un monde entendant, puis à couvrir les bruits ambiants par de la musique. Peut-on alors parler de comédie musicale dans ce cas ? Pas vraiment : Le Musée des Merveilles a beau s’animer en musique, la bande-originale ne fait qu’accompagner l’intrigue en filigrane, sans véritablement prendre part à la narration – contrairement au procédé du genre musical.

Le problème, finalement, c’est que le film de Todd Haynes est un condensé d’idées qui, en tant que telles, auraient finalement pu se passer de ses personnages pour saisir ces deux New York en plein essor, aussi bien artistique que social, opposant le classique au contemporain, le cinéma muet des années 20 aux comédies musicales des années 70… En voulant mélanger le tout et le raccrocher à ces enfants malheureux qui sillonnent désespérément la ville, Le Musée des Merveilles souffrent de nombreuses faiblesses : l’absence de variation de la bande-originale rend le film soporifique, tandis que l’intrigue aussi attendue que peu dynamique s’avère plutôt fade et franchement naïve. La curiosité et l’originalité du début laisse rapidement place à l’ennui : comme avec Carol, Todd Haynes s’applique tellement à retranscrire l’univers de son film avec réalisme et dévotion, qu’il en oublie de faire vivre ses protagonistes, desquels on se lasse très (trop) rapidement.

Au casting, Oakes Fegley (Peter et Elliott le Dragon…) et Millicent Simmonds partagent une aventure parallèle, incarnant des personnages certes attachants mais qui manquent de profondeur pour accrocher jusqu’au bout. À leurs cotés, Julianne Moore (Kingsman : Le Cercle d’Or, Hunger Games…), Michelle Williams (Manchester By The Sea, Suite Française…) et Amy Hargreaves (13 Reasons Why…) hantent le film, tout comme Cory Michael Smith (Carol…) et Tom Noonan (Anomalisa…). Mais véritablement, la vraie star du film, reste New York.

En conclusion, si Todd Haynes signe un film sobre et élégant, Le Musée des Merveilles rend surtout hommage à une ville et à ses époques, délaissant finalement ses personnages qui errent dans une intrigue peu engageante. Le plus décevant reste finalement la bande-originale qui se voulait au cœur du film et qui ne fait que rendre l’ensemble ultra soporifique. À tenter, surtout pour le visuel.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s