[CRITIQUE] Ma, de Tate Taylor

La formidable Octavia Spencer s’essaye à un nouveau genre avec Ma, un thriller d’épouvante adolescent qui, à première vue, est plutôt prenant et accrocheur. Le film de Tate Taylor s’illustre plus par sa surexposition narrative et cherche difficilement à faire grimper une tension desservie par des révélations qui arrivent trop tôt. Heureusement, la personnalité troublante de Ma galvanise le récit et tient en haleine, mais cela ne suffit pas à sauver l’ensemble qui s’avère finalement très juste.

Le pitch : Sue Ann, une femme solitaire vit dans une petite ville de l’Ohio. Un jour, une adolescente ayant récemment emménagé, lui demande d’acheter de l’alcool pour elle et ses amis ; Sue Ann y voit la possibilité de se faire de nouveaux amis plus jeunes qu’elle. Elle propose aux adolescents de traîner et de boire en sûreté dans le sous-sol aménagé de sa maison. Mais Sue Ann a quelques règles : ne pas blasphémer, l’adolescent qui conduit doit rester sobre, ne jamais monter dans sa maison et l’appeler MA. Mais l’hospitalité de MA commence à virer à l’obsession. Le sous-sol qui au début était pour les adolescents l’endroit rêvé pour faire la fête va devenir le pire endroit sur terre.

8 ans après La Couleur de Sentiments, Tate Taylor (La Fille du Train, Get On Up…) retrouve Octavia Spencer pour son nouveau film. C’est probablement ce qui a convaincu l’actrice oscarisée de le suivre sur ce nouveau terrain de jeu, produit par la maison Blumhouse. Autant vous dire qu’elle est la raison principale qui m’a attirée vers ce film, puisque si Octavia Spencer porte sur elle sa personnalité chaleureuse, elle est aussi capable en un changement d’expression d’inverser la température. De ce point de vue là, l’idée de Ma était plus qu’alléchante.

À l’arrivée, le film de Tate Taylor tient relativement la route. Connaissant bien les codes du thriller, le réalisateur installe un cadre plaisant et confortable dans lequel une jeune fille emménage dans une petite bourgade américaine et sympathise avec d’autres adolescents qui aiment bien picoler pendant leurs temps libres. L’alcool étant  illégal pour les moins de 21 ans, le groupe tente vainement de soudoyer des adultes pour qu’ils fassent leurs achats, jusqu’à l’arrivée de Ma, une femme bienveillante qui semble se souvenir qu’elle aussi a été jeune auparavant. Comme tout teen horror movie qui se respecte, et principalement chez Blumhouse, Ma cristallise une jeunesse américaine brillant par son irresponsabilité et son tempérament à la fois fougueux et irrespectueux, sous le regard d’une adulte dont l’instabilité émotionnelle se retrouve accrue aux contacts des ados. L’histoire glisse de de la comédie vers un aspect plus pesant, en cochant toutes les cases attendues du genre et tout en creusant le personnage de Ma alors que se révèlent des flashbacks inquiétants et il devient de plus en plus évident qu’un piège se trame en sous-sol (c’est le cas de le dire !).

En allant voir un film estampillé Blumhouse – ou même la plupart des films d’horreur récents, je sais que je dois fermer les yeux sur la narration aux détours évidents et les habituels personnages très clichés. Parfois cela donne, dans la même catégorie, de bonnes surprises (Happy Birthdead..), puis d’autres fois c’est la cata (Unfriended: Dark Web…). Heureusement pour Ma, c’est une excellente actrice qui mène la danse et j’ai pris plaisir à la voir se montrer de plus en plus  dérangeante face à ce groupe d’ados, déstabilisé face à son coté sournois mais tout de même tiraillé par l’envie de profiter de son refuge pour comateux éthyliques. Si Tate Taylor positionne bien ses pions, il laisse cependant filtrer des ouvertures béantes qui ont tendance à révéler les twists bien trop tôt, rendant l’intrigue très – trop – prévisible. Les motivations de Ma s’affichent trop tôt, mais c’est surtout que l’histoire prend beaucoup trop de temps à contempler sa mise en place au lieu de passer à l’action. Résultat, j’ai attendu pendant tout le film que ce dernier démarre pour finalement me retrouver face à un dénouement mollasson et décevant, bien loin de l’angoisse ou du suspens un chouilla attendu.
C’est d’autant plus dommage, car même si l’histoire a du mal à tenir la route parfois, Ma aurait peu creuser beaucoup de sujets actuels (le harcèlement scolaire, sexuel ou non, l’alcool chez les jeunes, etc…) ou bien aller bien plus loin avec le personnage obsessionnel de Ma et sa folie grandissante.

Au casting : Octavia Spencer (Apprentis Parents, La Forme de L’Eau, Mary…) est évidemment géniale et très à l’aise dans ce personnage qui oscille entre la gentillesse et la menace en un clin d’œil. Autour d’elle, on retrouve ou découvre des visages plus ou moins connus : Diana Silvers (Booksmart, Glass…) est parfois trop intense mais correcte, McKaley Miller (Scream Queens…) incarne avec brio l’éternelle ado très sûre d’elle, tandis que Corey Fogelmanis, Gianni Paolo (Power…) et Dante Brown gravitent en second plan. À l’affiche également, Juliette Lewis (Secrets and Lies, Nerve…) et Luke Evans (La Belle et la Bête, La Fille du Train…) incarnent de rares figures parentales, chacun tout à fait correct même si Luke Evans en montre un peu plus 😉 *spoiler : attention les yeux*

En conclusion, Tate Taylor tente le thriller horrifique à la sauce adolescente et livre un film moyen qui souffre à la fois de lenteurs et d’un trop-plein d’expositions qui rendent l’intrigue hyper prévisible. Heureusement, Octavia Spencer s’amuse sous les traits de cette Ma inquiétante, parfois lugubre même et pourtant follement attachante. À tenter.

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