[CRITIQUE] Little Monsters, d’Abe Forsythe

Comédie noire et déjantée, Little Monsters arrive à point nommé pour le mois d’Halloween pour proposer un survival drôle, un poil glauque mais original où une invasion de zombie est transformée en terrain de jeu. Si l’ensemble semble souvent mal dégrossi et perd en puissance en cours de route, Abe Forsythe parvient à ensoleiller un genre habituellement gore et apocalyptique. Du zombie fun ? C’est encore possible.

Le pitch : Dave, musicien raté, égoïste et irresponsable, tombe sous le charme de l’institutrice de son neveu, Miss Caroline. Il se porte volontaire pour accompagner la classe lors d’une sortie éducative dans une ferme voisine. Non loin de là, un virus s’échappe d’un camp militaire et une épidémie de Zombies prolifère. Face à l’invasion, Miss Caroline décide de présenter la terrible menace aux enfants comme un jeu éducatif, pour ne pas les effrayer et protéger leur innocence. Dave voit ses plans s’éloigner et va devoir faire face à ses responsabilités…

Présenté au Festival de Sundance en début d’année et félicité par une note à 85% « Fresh » sur Rotten Tomatoes, le film Little Monsters débarque sur la pointe des pieds en France. Pour la première fois derrière la caméra, l’australien Abe Forsythe revisite un genre souvent poussiéreux à travers une comédie noire qui tend à rafraîchir le concept, dans la lignée du très bon Shaun of the Dead d’Edgar Wright (2005) ou autre Bienvenue à Zombieland de Ruben Fleischer (2009). Démarrant par une crise de couple, Little Monsters surprend par son introduction très éloignée du sujet du film, allant à la rencontre de Dave, une sorte de loser adulescent qui, après une série de séquences d’engueulades hystériques, finit par être largué et atterrit sur le canapé de sa sœur. Abe Forsythe attise donc la curiosité en explorant ce personnage plutôt ubuesque avant même de s’intéresser à la menace que concocte le film en sous-sol – et même là, le film expédie l’installation zombiesque pour se lancer dans son survival haut en couleurs, sur fond de comptine pour enfants. One, two, three : eyes on me !

En effet, au détour d’une sortie scolaire, Dave se retrouve à chaperonner la classe de son neveu pour mieux s’attirer les faveurs de la jolie maîtresse, quand, patatras, les zombies débarquent. Le ton du film est direct : Little Monsters ne perd pas de temps quand il s’agit de ses monstres et préfèrent s’intéresser à ses survivants à travers un curseur étonnamment ludique. Pour ne pas effrayer les enfants, la maîtresse, Miss Caroline, leur fait croire qu’ils participent à un jeu, ce qui donne des séquences pour le moins savoureuses quand l’horreur graphique et une violence très explicite se confronte à l’innocence éberluée des bambins. Oscillant sans arrêt d’un genre à l’autre, le film alterne des moments d’humour, de cynisme et d’horreur : quand les gamins sont distraits par une comptine ou jouent à Star Wars, les zombies se font décapités et des tripes sont exposées en plein jour ! Curieux mélange qui fonctionne par à-coups, donnant envie au film de faire mouche rien que pour son irrévérence, même si quelques défauts viennent desservir l’ensemble.

Car des bémols, il y en a quelques-uns, le plus flagrant étant le rythme plutôt décousu qui rend souvent Little Monsters à la fois éparpillé, too much et paradoxalement inassumé. En partant de l’aspect « politiquement correct » général qui entrave l’intrigue, le suspens quant à la survie des gamins est quasi nul, du coup, le scénario est sans arrêt ponctué par des rebondissements épileptiques pour masquer les creux, ce qui cohabite souvent mal avec des facilités narratives de plus en plus visibles (comme des zombies lents, trèèèèèèèèès lents, et une cachette à la solidité discutable). Ajoutons à cela certains choix de mises en scène discutables, comme le fait de masquer des tueries avec du hors-champs pour, tout d’un coup, étaler des tripes en 16/9e la minute d’après et le film d’Abe Forsythe se transforme peu-à-peu en un gloubi-boulga insaisissable qui perd en puissance au fur et à mesure que le film avance.

Globalement, le mélange entre les zombies et la comédie presque enfantine rend Little Monsters attrayant, surtout grâce au casting adulte qui s’éclate visiblement à jouer sur ces deux tonalités diamétralement opposées. À l’affiche, on retrouve donc Lupita Nyong’o (Us, Black Panther, Le Livre de la Jungle…), aussi rayonnante qu’impeccable en maîtresse ultra protectrice capable du pire pour sauver la face devant ses élèves, entourée par un Josh Gad (La Belle et la Bête, La Reine des Neiges, Le Crime de l’Orient-Express…) savoureux et Alexander England (Gods of Egypt, Alien Covenant...), méconnu au bataillon mais ses faux-airs à la Chris Hemsworth le rendent euh… attachant (wink wink).

En conclusion, si Little Monsters démarre en trombe avec de bons atouts, l’exercice a tendance à s’essouffler et à s’éparpiller en cours de route. Néanmoins, Abe Forsythe livre une comédie noire haute en couleurs et en hémoglobine relativement sympathique, qui a le mérite de rafraîchir le panorama horrifique dans un monde où suites, spin-offs et reboots embourbent le genre dans un bis repetita uniforme. À voir.

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