[CRITIQUE] Retour à Zombieland, de Ruben Fleischer

Le pitch : Le chaos règne partout dans le pays, depuis la Maison Blanche jusqu’aux petites villes les plus reculées. Nos quatre tueurs doivent désormais affronter de nouvelles races de zombies qui ont évolué en dix ans et une poignée de rescapés humains. Mais ce sont les conflits propres à cette « famille » improvisée qui restent les plus difficiles à gérer…

En 2009, Ruben Fleischer réalisait son premier film Bienvenue à Zombieland : une comédie horrifique et noire dans lequel un petit groupe de survivants nous guidait à travers l’apocalypse. Décalé et graphique, le film dépoussiérait le genre, sur les traces d’un Shaun of the Dead bien plus cracra, usant les antipodes des préjugés américains (du redneck à la gâchette facile au nerd hypocondriaque) pour nourrir un film surprenant, fun et joyeusement violent.
Curieusement, après un succès inattendu qui a transformé un film sorti en catimini en une référence presque culte du genre, Bienvenue à Zombieland est resté un one-shot pendant dix ans. Enfin presque, puisqu’un projet de série a été développée puis abandonnée, Bienvenue à Zombieland est resté un bon souvenir, peut-être un peu surestimé pendant tout ce temps, tandis que la vie suivait son cours : Ruben Fleischer continue sa carrière sur grand écran, avec notamment Gangster Squad en 2012 puis Venom en 2018, tandis que les stars du film enchaînent les castings et pour certains, les statuettes dorées.

Dix ans plus tard, une suite du film est enfin lancée et le quatuor est de retour pour Retour à Zombieland (en VO « Zombieland: Double Tap », faisant référence à l’une des règles de survie de Columbus). L’attendions-nous ? Pas vraiment. Sommes-nous ravis ? Ça se discute…
L’expression « on prend les mêmes et on recommence » n’a jamais été aussi vraie. Ruben Fleischer propose une redite sonore de son premier film, à la limite du soft reboot tandis que l’histoire renoue avec le petit groupe, tranquillement installé à la Maison Blanche. Après un prétexte absurde, la cacophonie reprend de plus belle, introduisant de nouveaux personnages kleenex pour amuser la galerie pour mieux pouvoir s’en débarrasser sans effort, tout en cherchant un climax surréaliste pour justifier l’existence de cet objet sans âme. Si le film est dynamique et entraînant, Retour à Zombieland ne fait pas mouche pour autant. C’est tout le contraire, même. Le casting a grandi mais les personnages n’ont pas bougé d’un iota et resservir la même tambouille sous des prétextes aussi capillotractés que de nouvelles générations de zombies versus des hippies insouciants rend la bafouille difficile à digérer. En fait, je n’y ai pas cru une seconde car la magie ne prend plus autour de cette pseudo-famille dysfonctionnelle. Sans oublier que l’élément déclencheur du film est l’envie de Little Rock (Abigail Breslin) de découvrir le loup, ce qui est… hmm… limite ? Compréhensible, mais étrange tout de même d’articuler toute une intrigue autour d’une adolescente en rut (qui – spoiler alerte – finira bredouille).

De même, si le visuel poisseux du premier film qui projetait du sang noir et visqueux à tout-va était novateur en 2009, dix ans plus tard, les mêmes codes graphiques ne fonctionnent plus. Alors que Retour à Zombieland se veut toujours aussi explicite et un chouilla gore, le résultat n’est plus aussi crédible ni même agréable à voir, transformant chaque affrontement en une débauche de slow-motions plats et répétitifs, tandis que les zombies eux-même semble être conscient du peu de valeurs qu’ils apportent à la trame. Malgré le fait de souligner les différents types de zombies existants, Ruben Fleischer propose un gloubi-boulga de spécimens interchangeables (excepté celui nommé « Homer », la seule bonne trouvaille) et soit-disant invincibles – mais dont la vitesse et la présence varient selon le bon vouloir du scénario.
Bricolé et sans intérêt, Retour à Zombieland ressert un plat réchauffé qui a attendu bien trop longtemps sur chauffe-plat de l’imaginaire des créateurs du film, embarquant dans son sillage un casting qui fait de son mieux pour donner vie à cette redite globalement paresseuse.

À l’affiche, donc : on retrouve Woody Harrelson (True Detective, Three Billboards : Les Panneaux de la Vengeance, La Planète des Singes : Suprématie…) rempile dans son rôle de redneck à la gouaille assumée, remplaçant sa fascination pour les Twinkies pour une obsession générique envers Elvis ; Jesse Eisenberg (Insaisissables 2, Batman V Superman, Café Society…) est un chouilla moins bavard, mais c’est probablement parce qu’on a déjà fait le tour de son personnage dans le premier film, tandis qu’Emma Stone (Maniac, La Favorite, La La Land…) parvient à relativement s’en sortir pour soutenir le boulet de la bande, Abigail Breslin (Maggie, Scream Queens…), aka l’actrice qui n’a jamais réussi à dépasser Little Miss Sunshine.
Autour d’eux, de nouveaux visages accessoires : Luke Wilson (Roadies…) et Thomas Middleditch (Silicon Valley…) s’invitent pour jouer les miroirs, Avan Jogia (Les Parias…) joue de la guitare, tandis que Rosario Dawson (Jane The Virgin, Rivales…) parvient à grappiller un rôle solide dans cet ensemble pré-mâché. Seule vraie surprise au tableau, Zoey Deutch (The Politician, The Disaster Artist…) qui, malgré un rôle très caricatural et idiotique, apporte une certaine fraîcheur à ces personnages ronflants et constamment aigris, qui semblent bien plus être réunis pour satisfaire des clauses contractuelles que par envie.
Évidemment, Bill Murray (The Dead Don’t Die…) est également de la partie, mais je n’en dirais pas plus (Ruben Fleischer ne s’attendant pas à ce que le caméo de l’acteur dans Bienvenue à Zombieland ait un tel succès a exprimé son regret de l’avoir tué à l’époque).

En conclusion, Ruben Fleischer ne fait pas vraiment d’efforts d’imagination en proposant une suite capillotractée à son premier film. Entre un scénario cousu de fils blancs et des pirouettes bien trop commodes pour fonctionner, Retour à Zombieland vise la surenchère d’actions et de rebondissements tornitruants pour mieux cacher le vide astral qui s’affiche en lieu et place d’une véritable ambition palpable. Creux et bruyant, Retour à Zombieland vaut à peine le détour. Voire, pas du tout en fait. À éviter.

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