[CRITIQUE] Charlie’s Angels, d’Elizabeth Banks

Le pitch : Les Charlie’s Angels ont toujours assuré la sécurité de leurs clients grâce à leurs compétences hors du commun. L’agence Townsend a maintenant étendu ses activités à l’international, avec les femmes les plus intelligentes, les plus téméraires et les mieux entraînées du monde entier – de multiples équipes de Charlie’s Angels affrontant les missions les plus périlleuses, chacune guidée par son propre Bosley.

Revival inattendu au casting encore plus surprenant, Les Drôles de Dames s’offrent un reboot au cinéma seize ans après le diptyque réalisé par McG en 2000 et 2003. Charlie’s Angels prend du galon : fini la petite agence secrète dirigée par un mystérieux milliardaire, les héroïnes font maintenant partie d’une agence internationale qui ne renie ni la série d’origine, ni les films précédents… sans pour autant s’y attarder. Derrière la caméra et au scénario, Elizabeth Banks (Pitch Perfect 2…) reprend les ingrédients de base pour ce genre de comédie d’action suffisamment punchy et survitaminée pour plaire : Charlie’s Angels traverse le globe pour mieux nous en mettre plein la vue, tricotant une mission autour d’une invention abstraite capable de tuer à distance si elle est piratée. Coté intrigue, Elizabeth Banks ne se perd pas dans les détails, préférant privilégier le spectacle et le glamour de ses héroïnes.

Car du show, il y en a. Dans la veine du cinéma d’action de l’an 2000, Charlie’s Angels est dans l’esbroufe : héroïnes, jeunes, sexy et féroces, luxe à tous les étages, explosions et autres figures acrobatiques pour casser du méchant… Le film d’Elizabeth Banks régurgite les mêmes codes, jusqu’à la musique originale du film portée par un trio de chanteuses en vogue (mais étrangement assorties) : Miley Cyrus, Lana Del Rey et Ariana Grande (également productrice du film). Animé par un rythme certain, le film ne manque aucun prétexte pour rouler des mécaniques et mener ses amazones au devant d’aventures de haut vol. Cette nouvelle version des Drôles de Dames tente d’épaissir une storyline autour de l’agence et des fameux Bosley, mais sans pour autant renouveler le genre. Si on est loin des essais de voltiges de McG, Charlie’s Angels offre un potentiel accrocheur qui mériterait d’être étoffé.

En effet, on ne s’improvise pas réalisatrice de films d’action en un clin d’œil. Si Elizabeth Banks a de bonnes idées, la mise en scène bat sacrément de l’aile, ce qui s’ajoute aux creux scénaristiques sur lesquels je fermais déjà les yeux. Suites de plans épileptiques, abus d’incrustation numériques et absence de véritable tension, Charlie’s Angels fait l’effet d’un tour de passe-passe rempli de paillettes qui parviendrait presque à donner le change si on ne se basait que sur ses apparences scintillantes. Mais finalement, même si la facture est alléchante, une fois qu’on gratte un peu la surface, Elizabeth Banks ressert une recette facile où chaque twist pourrait être démontée par un regard plus terre-à-terre. Mais bon, si on peut fermer les yeux sur la crédibilité d’une Pokeball polygonale qui se hacke à coup de pouces dans le vide, capable aussi bien de remplacer Google Home que de balancer des impulsions électromagnétiques mortelles dans un rayon indéterminé, alors… Charlie’s Angels fait le job et vise juste pour séduire un public jeune, pas uniquement féminin, mais surtout rodé aux ficelles du blockbuster facile, clinquant et efficace.

Le vrai hic, finalement, c’est la complaisance latente et faussement féministe qui se cache derrière un film qui tente vaguement de surfer sur la tendance. Elizabeth Banks est coutumière du genre : ce n’est pas son premier essai quand il s’agit de présenter des femmes fortes qui, mine de rien, restent gentiment engoncées dans un moule bien formaté (Blackout Total). Malgré ses nombreux appels du pied vers Independant Women (la chanson phare des Destiny’s Child pour Charlie’s Angels 2, curieusement paraphrasée en « Miss Independent, ce qui rappelle surtout la chanson de Ne-Yo… mais bon, passons), Charlie’s Angels n’oublie pas d’infantiliser ses héroïnes à la moindre occasion, que ce soit pour faire rire ou pour initier une romance inutile, tandis que malgré l’image de ces super-women imbattables (mais toujours hyper lookées) disparaît en cas de torture : les hommes sont suffisamment costaud pour l’endurer, les femmes, elles, seront littéralement tenues en laisse. EN LAISSE.
Bref, on aura beau vouloir jouer la carte du girl power et éviter la sexualisation arbitraire, la femme d’action a encore un long chemin devant elle… surtout si Elizabeth Banks continue de la saborder.

Au casting : s’il y a une chose à sauver de tous le film, c’est bien Kristen Stewart (Seberg, Personal Shopper, American Ultra…) ! L’actrice s’éclate visiblement dans son rôle de mini-tête brûlée et rayonne sous un jour dans lequel on la voit rarement : souriante, bronzée et fun. Une bonne façon de se rappeler, une fois de plus, qu’en dehors d’une certaine saga innommable, Kristen Stewart est une excellente actrice. Autour d’elle, c’est moins glorieux mais tout de même sympathique : Naomi Scott (Aladdin, Power Rangers, Seul Sur Mars…) joue les biches effarées et Ella Balinska, quasi novice, tente vainement de nous faire croire à son statut d’ex-agent du MI6. À vrai dire, le trio n’est pas aussi convaincant que celui que formait Cameron Diaz, Drew Barrymore et Lucy Liu, mais pourrait gagner en maturité dans une éventuelle suite.
À l’affiche également, Elizabeth Banks (Brightburn : L’Enfant du Mal, La Grande Aventure Lego 2, Power Rangers…) joue les Bosley au féminin face à un Patrick Stewart (Star Trek: Picard, Alex, Le Destin d’un Roi, Logan…) impeccable, tandis que l’ensemble se complète par un bon nombre de bonshommes plus ou moins marquants : Sam Claflin (My Cousin Rachel, Hunger Games…) joue les milliardaires, Noah Centineo (The Perfect Date, Sierra Burgess Is a Loser…) tente une percée en dehors de Netflix, Djimon Hounsou (Shazam!, Captain Marvel, Aquaman…) répond toujours présent pour un blockbuster et Jonathan Tucker (American Gods, Westworld…) en homme de main silencieux – mais aux yeux écarquillés – dont le stoïcisme pourrait bien rivaliser avec celui de l’Effroyable Sac D’os. Quelques caméos se glissent ci et là dans le générique final, en chair et en os ou bien simplement en photo (voire même suggérés par des déguisements bavarois).

En conclusion, Charlie’s Angels a tout du reboot idéal pour relancer une franchise prometteuse : un premier essai sympathique et juvénile, qui ne manque pas d’enthousiasme mais très certainement de tension. Résultat, Elizabeth Banks livre une comédie d’action encore trop girly pour être prise au sérieux en l’état. À tenter.

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