[CRITIQUE] Captain Marvel, d’Anna Boden et Ryan Fleck

Le premier super-héros féminin adapté par Marvel Studios débarque au cinéma quelques semaines seulement avant Avengers: Endgame, ce qui est un sacré défi en soit. Sans véritable prise de risque, Captain Marvel s’inscrit comme une origin story séduisante en introduisant un personnage en pleine quête existentielle alors qu’elle possède des pouvoirs extraordinaires et une mémoire à trous. L’ensemble est classique, axé sur le parcours de l’héroïne et porté par des personnages que l’on découvre ou retrouve avec plaisir. Cependant, après 10 ans de MCU et une héroïne aussi badass, j’espérais que le film d’Anna Boden et Ryan Fleck soit largement plus spectaculaire et enthousiasmant. Or, Captain Marvel se focalise sur le parcours de son héroïne et repousse le climax jusqu’à la dernière minute, ce qui rend son effet pas vraiment à la hauteur d’une héroïne aussi puissante. Un poil trop light ici, mais ultra prometteur pour la suite.

Le pitch : Captain Marvel raconte l’histoire de Carol Danvers qui va devenir l’une des super-héroïnes les plus puissantes de l’univers lorsque la Terre se révèle l’enjeu d’une guerre galactique entre deux races extraterrestres.

2 ans après Wonder Woman, c’est au tour des studios Marvel de présenter leur première super-héroïne dans son propre stand-alone movie. Forcément, même si les univers DC et Marvel sont différents, on ne peut éviter la comparaison notamment au niveau de l’approche. Si le film de Patty Jenkins présentait une amazone guerrière qui découvrait l’humanité, l’amour et également l’origine de ses super pouvoirs, Anna Boden et Ryan Fleck (Under Pressure, Half Nelson…) choisissent de se désencombrer du superflu pour s’intéresser à la psyché de son personnage.
Heureusement, faire mieux que Wonder Woman n’est pas le véritable enjeu, voire même pas du tout. Dans quelques semaines, le rouleau-compresseur Avengers: Endgame débarque et après le final d’Infinity War, Captain Marvel est attendue presque comme le Messie tant son rôle dans l’ultime bataille contre Thanos s’annonce déterminant. Il était donc important de présenter un personnage suffisamment puissant pour remplacer ceux qui ne pourront pas être adaptés à temps pour les films (hello, Adam Warlock) et prêter main forte aux Avengers. C’est ainsi qu’arrive Captain Marvel, chevillée par des objectifs colossaux et une empreinte vaguement féministe qui a pris de l’ampleur depuis l’événement #MeToo.

Quand il s’agit de créer une origin story, les studios Marvel maîtrisent les codes. Aujourd’hui, un personnage humain avec des super pouvoirs et vivant sur une autre planète, c’est presque devenu un lieu commun. Du coup, le film d’Anna Boden et Ryan Fleck a la bonne idée de jouer sur la temporalité pour éviter le traitement narratif linéaire et immerger le spectateur dans le vif du sujet, tout en comblant les creux à travers des flashbacks et autres rebondissements. À défaut d’être enthousiasmant, Captain Marvel ne prend pas de risque et parvient à dépeindre des personnages conquérants et accessibles : une héroïne qui n’a pas peur de sa force, même si on tente par tous les moyens de la restreindre (cela rappellerait presque l’histoire de quelqu’un…) et une revisite de personnages bien connus du MCU sous un angle neuf. Le nouveau né Marvel Studios conserve sa marque de fabrique en distillant de l’humour à tous les étages, sans pour autant faire de la redite : ici, l’accent est mis sur la complicité immédiate entre Carol Danvers et Nick Fury, tandis que l’humour joue sur le décalage entre une héroïne partiellement alien qui voit ses capacités comme une normalité, face aux réactions ahuries des autres. Autant de détails secondaires qui permettent finalement de digérer facilement l’introduction de la guerre Kree vs Skrull, ses enjeux et surtout la place de Captain Marvel au milieu.

Le bon point, c’est que le film évite brillamment les gros sabots et parvient à mettre en valeur la force aussi bien mentale que physique de son personnage. Captain Marvel observe son héroïne découvrir son histoire et finir par assumer ce qu’elle était, avec un certain panache et une assurance qui donne envie de la voir plus souvent en action.
Mais justement, le problème du film est là. Dès les premières minutes, la construction du film détonne : à l’instar des autres films Marvel Studios, il n’y a pas de grosses scènes d’actions à l’ouverture. Captain Marvel démarre de façon sobre et si la première partie offre quelques pics d’action pour lancer son intrigue, l’ensemble se focalise surtout sur le parcours de l’héroïne. On en revient toujours à l’équilibre complexe des films de super-héros : en dehors des Avengers, soit il y a trop d’actions et pas assez d’histoire ou alors c’est l’inverse. Captain Marvel tombe dans la seconde catégorie et même si l’évolution de son héroïne est intéressante, tout en s’offrant quelques écarts par rapport aux comics, l’ensemble manque d’epicness.

Anna Boden et Ryan Fleck tente de conserver le meilleur pour la fin, mais au lieu de l’effet escompté, cela s’avère plutôt frustrant. Le climax final est trop tardif, trop court et pas assez jouissif pour un produit Marvel. Si on découvre avec plaisir la surpuissance de Captain Marvel, la voir affronter aussi facilement des ennemis qui ne sont finalement pas à sa hauteur rend le résultat moins efficace. Et c’est dommage, car plus le film avance et plus l’attitude du personnage devient affirmée et hyper confiante – elle m’a un peu fait penser à un Tony Stark au féminin lors qu’il flambe en tant qu’Iron Man à ses débuts. J’aurai aimé pouvoir profiter du spectacle plus longtemps, mais le film d’Anna Boden et Ryan Fleck choisissent la retenue. Si cela est en partie compréhensible – surtout pour les fans, car Captain Marvel reste un des personnages (gentils) les plus puissants du Marvelverse – la volonté de vouloir en garder sous le coude avant Avengers: Endgame rend l’ensemble plus faible que prévu, malgré ses atouts.

Contrairement à Black Panther l’année dernière, Captain Marvel ne crée pas la surprise et évite de remuer des sujets trop polémiques quant au fait que c’est une super-héroïne. Visuellement, le film d’Anna Boden et Ryan Fleck reste là aussi très standard : l’ambiance années 90 est poussée par une bande-originale aux allures de radio FM, tandis que les effets spéciaux font le job, alternant les fonds verts peu maîtrisés et des éclats fantastiques. Captain Marvel se glisse sans effort dans le moule identitaire des films Marvel Studios, loin des remarquables Black Panther ou encore Gardiens de la Galaxie.

Au casting, c’est donc Brie Larson (Kong: Skull Island, Free Fire, Room…) qui incarne Captain Marvel. L’actrice parvient à équilibrer le retrait émotionnel de son personnage brimé avec son caractère flamboyant, ce qui rend l’héroïne aussi cool que potentiellement (et efficacement) redoutable. Autour d’elle, on retrouve un Samuel L. Jackson (Glass, Hitman & Bodyguard, Miss Peregrine et les Enfants Particuliers…) rajeunit, plus détendu que dans ses apparitions dans les films précédents, tandis que Jude Law (Les Animaux Fantastiques 2, Le Roi Arthur, Spy…) continue son chemin blockbusterien. À l’affiche également, Ben Mendelsohn (Robin des Bois, Ready Player One, Les Heures Sombres…) est, comme souvent, très bon, même à travers le maquillage, tout comme Annette Benning (Seule La Vie, 20th Century Women…), plutôt convaincante et semble se plaire dans son rôle. Le personnage de Lashana Lynch (Still Star-Crossed…) est surtout intéressante pour ce que son personnage tease pour une éventuelle suite (*wink wink* on en reparle bientôt), tandis que Gemma Chan (Marie Stuart, Reine d’Écosse…) introduit Minn-Erva dans le MCU.
Quelques retrouvailles, découvertes et caméos au passage : Clark Gregg (Agents of SHIELD, Live By Night…) est également présent, Djimon Hounsou (Aquaman…) retrouve son rôle de Korath – tout en jouant les couteaux suisses chez la « concurrence » puisqu’on le verra également dans Shazam! – et Lee Pace (The Book of Henry…) renoue avec Ronan l’Accusateur, tandis que Mckenna Grace (Mary…) incarne Carol Danvers jeune.
Evidemment LE caméo attendu, Stan Lee, est présent avec un bel hommage en début de film.
Ah, et puis il y a un chat dans le film, évidemment 😉

En conclusion, si les phares sont braqués sur le titanesque (huhu) Avengers: Endgame, les studios Marvel s’empresse d’introduire leur nouvelle super-héroïne. Captain Marvel a un potentiel badass bien présent, qui reste cependant mis en retrait au profit d’une origin story solide et basée sur l’affirmation de son personnage… mais ça manque pas mal d’epicness. Bref, vivement fin avril ! À voir, évidemment.

PS : il y a DEUX scènes bonus, une dans le générique et une seconde à la toute fin. Plus spoilers ici

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