[CRITIQUE] American Ultra, de Nima Nourizadeh

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Malgré une emballage punchy et décalé, American Ultra est finalement une petite déception, qui se révèle mal fichu, trop timide et surtout, très scolaire. Après un film comme Projet X, je pensais que Nima Nourizadeh irait jusqu’au bout de ses idées, surtout avec un pitch aussi déjà-vu. OK, American Ultra a de l’action, un poil d’humour et un très bon casting, mais il y a aussi beaucoup de retenue dans un film qui aurait dû être plus déjanté et bien plus hilarant. Le coté audacieux d’American Ultra est plombé par une mise en scène basique et des rebondissements hyper prévisibles. Dommage…

Le pitch : Une comédie d’action à propos de Mike Howell dont la vie paisible et sans ambition avec sa petite amie Phoebe se retrouve soudainement chamboulée. À sa grande surprise, Il est en fait un agent dormant surentraîné dont la mémoire a été effacée. En un clin d’œil, son passé refait surface et Mike se retrouve au milieu d’une opération gouvernementale visant à l’éliminer. Il va alors devoir faire appel à ses capacités insoupçonnées d’agent secret pour survivre.

Après avoir fait beaucoup de bruit avec son premier film (discutable) Projet X, en 2012, Nima Nourizadeh est de retour avec American Ultra. Un pari intéressant, car cette fois le réalisateur s’éloigne du found-footage et essaie de prouver qu’il peut apporter son grain de folie à un film au format classique. Quitte à lâcher une tendance pour une autre, autant choisir une mode qui perdurera toujours à travers l’histoire d’un personnage lambda dont la vie bascule du jour au lendemain, au moment où il se découvre de nouvelles capacités héroïques (pouvoir, savoir faire, génie karatéka, etc…). Des super héros aux agents secrets pros du combat rapproché, le cinéma regorge de ce genre de personnages, propices à l’évasion et au divertissement. Qui n’a jamais eu envie d’être un peu plus spécial que l’ordinaire ? En choisissant des héros aussi atypiques, genre un peu branleurs (avouons-le), ces films touchent une cible large et gagnent en partie le pari si le résultat, à l’arrivée, est convaincant D’ailleurs, en début d’année, Kingsman – Services Secrets de Matthew Vaughn avait proposé sa version de l’agent secret accessible, fun et originale, mêlant la classe british et le divertissement explosif.

Avec American Ultra, Nima Nourizadeh retrouve les codes de ce genre de films et les expose de la façon la plus simpliste qui soit. En effet, le film se déroule façon très attendue. Globalement, le résultat est agréable et prenant, le style de Nima Nourizadeh colle parfaitement à l’ambiance décontracté du film, le genre qui en impose presque sans le faire exprès. Tous les ingrédients sont là, Jesse Eisenberg et Kristen Stewart valident un scénario bien ficelé et, à la base, ambitieux, mêlant humour et action. Et pourtant, ce n’est pas suffisant. American Ultra est prévisible au possible, suivant un traitement hyper scolaire où les rebondissements étonnent à peine, étant donné qu’on a déjà vu et revu la même trame 100 fois. Le film de Nima Nourizadeh sauve les apparences, plutôt que de soigner le contenu : à première vue, le divertissement est là, facile et accessible. Mais à y regarder de plus près, tout est à l’a-peu-près, notamment à cause du montage du film qui casse les effets voulus. En effet, beaucoup de scènes, surtout après un échange musclé, sont coupées de façon abrupte avant d’enchaîner, ce qui empêchent de les apprécier entièrement et saccade le rythme. Mais finalement, le problème du film c’est qu’il ne va pas assez loin.
American Ultra aurait pu être plus drôle en misant sur le décalage du personnage de Mike Howell et le duo qu’il forme avec sa petite amie ou en exagérant le trait par exemple. Le film se vend en mettant en avant un fumeur de joints et au final, ce n’est jamais vraiment utilisé. La personnalité de Jesse Eisenberg relève largement le niveau, le reste étant relégué à de la caricature banale (« la drogue ça rend cool, #YOLO) pour plaire à un public influençable, allant même jusqu’à coller des repères familiaux qui font régresser l’ensemble. De la même façon, les scènes d’actions ne cassent pas non plus la baraque et se contentent d’être là, vitalisant une trame bateau. J’aurai aimé voir plus de style, des scènes de castagne mieux chorégraphiées et moins dans l’esbroufe (souvent improbable). Ici, le film de Nima Nourizadeh fait dans le service minimum et sort finalement à peine du lot. L’identité du film finit par se perdre derrière des acteurs aux caractères bien affirmés (difficile de ne pas penser à Zombieland, par exemple) et des influences trop évidentes, empruntés à de nombreux films déjà interchangeables (en passant par une référence pénible au Joker), qui ont la même touche faussement cool mais vraiment fainéante..

Au casting justement, le jeu nerveux de Jesse Eisenberg (Night Moves, Insaisissables…) et le coté un peu revêche de Kristen Stewart (Still Alice, Sils Maria…) collent bien à leurs personnages, tandis que Topher Grace (Interstellar, Playing It Cool…) est génial en méchant légèrement soupe-au-lait. Par contre, Connie Britton (Nashville, This Is Where I Leave You…) est peu crédible en espionne maternelle, tandis que John Leguizamo (Chef…), Tony Hale (Veep…) et Bill Pullman (Equalizer…) frôlent tour-à-tour la figuration ou la caricature.

Au final, alors qu’ American Ultra s’annonçait comme un film d’action déjanté et à contre-emploi, Nima Nourizadeh ne parvient pas à exploiter le terrain de jeu qui s’offre à lui et se contente d’un opus scolaire et anecdotique. Heureusement, American Ultra est sauvé par un casting réussi et la légèreté de son ambiance un peu bordélique. À tenter, pourquoi pas…

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