[CRITIQUE] Fast and Furious 9, de Justin Lin

Le pitch : Si Dom Toretto mène une vie tranquille, loin du bitume, auprès de Letty et de leur fils, le petit Brian, ils savent bien tous les deux que derrière les horizons les plus radieux se cachent toujours les dangers les plus sournois. Cette fois, pour sauver ceux à qui il tient le plus, Dom va devoir affronter les démons de son passé. Son équipe se rassemble pour démanteler un complot à échelle mondiale mené par le tueur le plus implacable qu’ils aient jamais affronté, aussi redoutable avec une arme que derrière un volant : Un homme qui n’est autre que le frère désavoué de Dom, Jakob.

Cela fait exactement 2 décennies que nous suivons les aventures rapides et furieuses de Dominic Toretto, incarné, par Vin Diesel depuis le premier film de Rob Cohen sorti en 2001. Et il s’en est passé des choses dans cette saga bankable et de plus en plus ahurissante, alors que nos afficionados de courses automobiles se sont mués en mercenaires de l’impossible. 20 ans plus tard, la Famille Toretto & cie répond toujours présent et cette fois c’est Justin Lin (Fast and Furious 4, 5 et 6) qui reprend du service.

La question c’est : comment faire plus alors que la saga a déjà proposé des cascades de plus en plus folles sur la route ou dans les airs ou même avec un sous-marin ? Comment faire plus après les passages remarqués des boosters de box-office que sont Dwayne « The Rock » Johnson et Jason Statham ? C’est la question à laquelle va tenter de répondre Fast and Furious 9 dans un tunnel explosif de deux heures où la surenchère va atteindre ses limites, dans un objet où le divertissement est ampoulé par le trop plein de sérieux d’une trame capillotracté.
En effet, le film de Justin Lin change de ton dès les premières minutes et abandonne le ton décontracté et plein d’esbroufe qui faisait le charme de la saga, pour une trame plus sérieuse et plus sombre qui va se prendre trop aux sérieux. Dans la lignée de Fast and Furious 8, ce nouvel opus s’en prend encore personnellement à son héros en déterrant une histoire de derrière les fagots pour embarquer sa famille étendue dans une série de cascades survoltées (après deux secondes d’hésitation, maintenant qu’il est papa). Le film est tellement dévoré par ses ambitions spectaculaires qu’il prend trop souvent son spectateur pour un idiot en osant pousser le bouchon à l’extrême, d’abord en installant un point de départ déjà abusé (l’obscure organisation gouvernementale qui fait appel à des « thugs » pour les sauver – ça on connait), puis exagérant tellement que le fun devient rapidement too much. Malgré l’envie de s’amuser devant un tel film pop-corn, Fast and Furious 9 perd littéralement les pédales : si le fait que des fans de courses automobiles deviennent des action heroes malgré eux était acceptable pour le plaisir de voir un blockbuster faire son job, cette fois, mon coté cartésien – pourtant rare devant ce genre de film – a bien eu du mal à regarder certains personnages devenir des pros du combat ou, carrément, des astronautes improvisés ! Oui, vous avez bien lu !

Rappelant parfois la prise d’otage qu’était Transformers 4, Fast and Furious 9 ne laisse également aucun répit à son spectateur et bondit de cascades en explosions, de carambolages en fusillades et de bastons en pompage gratuit d’une des scènes phares de The Dark Knight Rises… À vrai dire, Justin Lin recycle beaucoup ses meilleurs idées : les jetés de voitures, les rattrapages à la volée sur un capot, les tanks blindés sur lesquels on mitraille sans raison, les courses poursuites dans des rues droites et bien vides. L’ombre de Fast and Furious 5 pèse sur le film de Justin Lin tant ce dernier tente de faire mieux depuis que le film de James Wan lui a volé la vedette. Du coup, Fast and Furious 9 ne parvient plus à surprendre et, surtout, ne laisse pas assez de moment de respiration pour permettre au spectateur de souffler face à une avalanche débordante de bonne volonté, certes, mais souvent foutraque. D’ailleurs, cela se ressent à travers le scénario global qui tente de relier des morceaux d’intrigue mal fagotée ci et là pour maintenir l’illusion d’un fil conducteur. C’est peut-être ça le plus difficile à avaler, ce scénario qui cherche à justifier et à expliquer l’impossible, entre résurrection pratique, filiation familiale cousue de toutes pièces ou introduction de nouveaux protagonistes inutiles. À se demander si quelqu’un a relu le script dans son entièreté pour s’assurer d’une certaine cohérence, surtout quand on réalise que l’intrigue du départ n’est jamais résolue. Le pire, finalement, dans ce délire WTF, c’est de voir le personnage le plus clownesque de la bande (aka Roman) faire preuve de lucidité en questionnant le réalisme de leurs aventures !

Mais bon, Fast and Furious 9 reste avant tout un film de divertissement, un blockbuster estival. Est-ce que le contrat est rempli ? Oui : le cerveau au vestiaire, le film de Justin Lin a de quoi faire décrocher les mâchoires à plusieurs reprises pour les afficionados du genre qui y trouveront leurs comptes alors que le film vise carrément l’apogée de son délire. On parle tout de même d’accepter le fait qu’un homme lambda (certes très musclé) peut faire s’écrouler une structure en béton à la force du bras ! Si cela ne vous fait pas rouler des yeux un minimum, alors vous êtes parés pour ce qui suit.
Pour moi, le problème reste la vision de Justin Lin qui, comme dans ses autres Fast and Furious, ne prend pas en considération un minimum de réalisme et ne fait que proposer des scènes improbables juste pour le kiff visuel. Du coup, même si on aime ce délire au début, au bout d’un moment, même mes plus faibles notion de physique m’ont rappelées à l’ordre.

Au casting : Vin Diesel (Bloodshot, xXx: Reactivated…) règne en maître (et seul sur l’affiche du film), champion en titre de la mine patibulaire et super économe en dialogues dans cet opus. Autour de lui, sa fidèle famille le rejoint : Michelle Rodriguez (Alita : Battle Angel, Les Veuves…), Tyrese Gibson, Ludacris, Jordana Brewster – qui a la lourde tâche de faire croire que Brian est toujours quelque part – et Nathalie Emmanuel (Le Labyrinthe, Game of Thrones…) se rassemblent (et se ressemblent) au second plan. Nouvelle tête d’affiche John Cena (Le Voyage du Docteur Dolittle, Bumblebee…) fait ses meilleures grimaces mais son rôle est noyé par une storyline branlante et des comparses encombrants comme l’insupportable Thue Ersted Rasmussen ou encore Charlize Theron (The Old Guard, Scandale…) qui cachetonne sans vergogne.
Coté retrouvailles (et autres cachetonnages), Helen Mirren (Anna…), Don Omar, Bow Wow et Lucas black sont de la partie, tandis que Sung Kang fait son come-back et que Cardi B (Queens…) assure le cachet « street cred ». Aussi, une surprise se cache dans une scène bonus du générique.

En conclusion, après avoir vécu son meilleur opus grâce au Fast and Furious de James Wan, la saga a bien du mal à se renouveler. Justin Lin livre un film foutraque où ça explose et se bouscule dans tous les sens, sans véritablement chercher un semblant de crédibilité pourvu que le spectacle soit assuré. Conséquence : le film oublie l’un des atouts phares de la saga, à savoir ses personnages. Il ne suffit pas de rameuter les troupes au début puis de conclure par un repas convivial pour rendre cette famille « crédible » : Fast and Furious 9 manque de liant et de l’humanité initialement attachante de ses personnages qui, aujourd’hui, ne sont plus que des caricatures sans âme. Fast and Furious 9 fonce dans le tas tel un bulldozer en roue libre pendant un peu plus de deux heures d’actions aussi délirantes qu’épuisantes. À voir, pour les complétistes – mais si c’est votre premier Fast and Furious, commencez par un des films plus digestes de la saga.

PS : une scène bonus se cache dans le générique final. Indice : on y retrouve un visage connu qui, visiblement, ne s’est pas encore fâché avec Vin Diesel.

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