[CRITIQUE] Men, d’Alex Garland

Le pitch : Après avoir vécu un drame personnel, Harper décide de s’isoler dans la campagne anglaise, en espérant pouvoir s’y reconstruire. Mais une étrange présence dans les bois environnants semble la traquer. Ce qui n’est au départ qu’une crainte latente se transforme en cauchemar total, nourri par ses souvenirs et ses peurs les plus sombres.

Si pour beaucoup Alex Garland est surtout connu pour l’excellent Ex Machina sorti en 2014, ce réalisateur s’est surtout fait connaître à travers ses romans, notamment La Plage et Sunshine, tout deux adaptés sur grand écran par Danny Boyle. Il a également signé les scenarii du culte 28 Jours Plus Tard et du fabuleux Auprès de Moi Toujours réalisé par Mark Romanek. Avec Ex Machina, Alex Garland proposait enfin sa propre vision du cinéma SF, en explorant les mystères de l’intelligence artificielle, porté par Alicia Vikander, Oscar Isaac et Domhnall Gleeson. En 2017, le réalisateur ressort de l’ombre pour proposer le mystique Annihilation sur Netflix, qui, pour ma part ne m’avait pas convaincu. Ce film devait d’ailleurs sortir en salles, mais les retours négatifs lors des projections tests l’ont confiné à une diffusion sur Netflix. 

C’est donc en 2022 qu’Alex Garland retrouve le chemin des salles obscures pour proposer Men, un thriller oppressant tristement bien nommé.  Ce qui devait être une parenthèse paisible pour une jeune femme tout juste frappée par une horrible tragédie se transforme en un cauchemar angoissant. Entrecoupé de flashbacks de plus en plus téléphonés pour narrer son histoire, le film parvient dans un premier temps à créer une tension indicible autour de la jeune femme, grâce à (ou à cause de) ces personnage masculins qui gravitent autour d’elle, jusqu’à les rendre de plus en plus hostiles. 

En plus de l’évidence de son récit, Alex Garland escrime à mettre en images la toxicité masculine déjà expliquée sur son affiche avec le slogan « le mâle engendre le mal » alors qu’il observe le comportement de ces bonshommes qui se ressemblent. Le jeu intrigue au début et l’installation lente du récit épaissit le mystère palpable autour de l’héroïne, tandis que ses interactions avec la gente masculine hérissent de plus en plus le poil. Men s’amuse de ces portraits d’hommes : les possessifs, les violents, les creepy et les éternels incompris, tous victimes de cette représentante féminine qui n’a pourtant rien demandé. Jusqu’où Men va-t-il nous embarquer dans son malaise de plus en plus présent ?

C’est justement quand il s’agit de démêler sa pelote de bonshommes que le film d’Alex Garland s’effondre, jusqu’à en devenir éprouvant. Si le cadre pittoresque et vieille Angleterre du film donne un cachet certain au folklore assumé du film, Alex Garland joue à outrance du le caractère bohème et lyrique de son actrice pour créer une ambiance presque fantasque. Mais rapidement (enfin pas assez vu la lenteur du film), Men s’embourbe dans un mélange à la fois surréaliste et explicite pour exprimer son idée de manière extrêmement (trop) littérale. Ce qui partait pour être un film original et dérangeant se révèle laborieux en fin de course, alors que l’ensemble régurgite un propos déjà acquis par le spectateur dans un exercice grossièrement répétitif. Dérangeant, oui, mais surtout parce que le final devient grotesque, comme si Alex Garland s’efforçait de tartiner sa métaphore pour être sûr qu’on ait bien compris son propos. Oui, Alex, on a bien compris et un peu trop même !

Si le postulat du film était intéressant, la mise en abîme choisie par le réalisateur alourdit l’ensemble qui se traîne comme une âme en peine. Men en fait des caisses pour asseoir son atmosphère étrange et finit par s’y perdre tant qu’il devient caricatural et extrême. Alex Garland cherche le malaise et perd son sujet dans un final que j’ai trouvé ultra poussif. Et c’est dommage, car esthétiquement le film a un style curieux et fascinant : entre les décors naturels et cadres larges pour déstabiliser le spectateur, Men avait de nombreux atouts pour nous embarquer dans son intrigue psychologique, déchirée entre le deuil, la culpabilité et les remords. Mais en donnant bien trop de place à ces hommes envahisseurs, tous dépeints comme des êtres dangereux, le parti pris du film devient trop exagéré et aurait gagné à mettre plus de nuances. 

Au casting : Jessie Buckley (Je Veux Juste en Finir, Chernobyl, The Lost Daughter…) a bien du mal à porter ce film sur ses épaules, oscillant entre des mines catatoniques, effrayées ou révoltées pour animer son personnage. Heureusement son partenaire de jeu, Rory Kinnear (Years and Years, Mourir Peut Attendre, Penny Dreadful…), parvient à donner le change avec ses personnage multiples. 

En conclusion, malgré une première partie intéressante qui installe une ambiance « malaisante » palpable, Men finit par perdre en subtilité et en rythme au fur et à mesure que le film s’éternise. À tester, mais âmes sensibles et futures mamans (enceintes d’un premier enfant ou projetant d’être un jour enceintes) s’abstenir.

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