
Le pitch : Depuis qu’elle s’est opposée au Magicien d’Oz, Elphaba est surnommée la Méchante sorcière de l’Ouest par la population du Pays d’Oz qui pense qu’elle est maléfique. De son côté, Glinda est devenue la figure populaire du régime du Magicien et est surnommée la Bonne Glinda, tandis que Fiyero devient le capitaine de la garde du Magicien, bien qu’il doute encore de la culpabilité d’Elphaba.
Un an après la tornade (wink wink) Wicked, la seconde partie débarque enfin, précédée d’un buzz quasi ininterrompu. Pas juste une suite, mais un véritable phénomène pop porté par un duo star, Ariana Grande et Cynthia Erivo, dont l’hyper complicité sororale a nourri la promo autant que la hype autour du film. Ajoutez un Jonathan Bailey plus présent (et fraîchement élu homme le plus sexy de l’année), et Wicked : Partie 2 arrivait déjà auréolé d’une aura électrique, comme un succès clé-en-main, avec Jon M. Chu toujours à la barre.

Dès les premières minutes, on replonge dans Oz comme si on n’avait jamais quitté la salle : du vert, du rose, de la musique omniprésente, des personnages familiers et une histoire qui attaque direct après la rupture finale du premier opus. À l’écran, c’est dense, rythmé, généreux. Et pour peu qu’on ait revu le premier film ou sa BO entre-temps : effet madeleine assuré.
Pour cette suite, le film de Jon M. Chu capitalise sur ce qui faisait le charme du premier opus : un rythme soutenu, des personnages immédiatement identifiables et des chansons taillées pour vous rester en tête. Le film va droit au but en se focalisant sur le combat d’Elphaba et les prises de conscience successives de Glinda, tout en multipliant les révélations et rebondissements qui rendent l’ensemble excitant à suivre… surtout si vous avez réussi à échapper aux spoilers !

Les deux heures filent sans qu’on s’en aperçoive, tant Wicked : Partie 2 mélange humour, émotion et puissance musicale dans un déferlement barbapapa-esque qui satisfait toutes les attentes. On sourit, on se laisse porter, on se fait embarquer par la magie ambiante, tandis que la partie musicale reste l’un des plus gros atouts du film. En effet, tous les acteurs (à des micro-détails près) offre de belles performances pour porter les chansons phares de ce deuxième acte, de “Wonderful” à “No Good Deed”, en passant par “As Long As You’re Mine” ou encore “The Wicked Witch of the East” (chanson jusqu’alors inédite) jusqu’au final avec une interprétation de “For Good” qui remue franchement. C’est lumineux, généreux et ça fonctionne.

Oui mais voilà : à force d’aller vite, Wicked : Partie 2… va trop vite. Dans son envie de coller au rythme du deuxième acte de la comédie musicale, le film donne parfois l’impression de courir un sprint. L’absence de véritable carton introductif, comme dans le premier film, perd immédiatement une partie du public : le film démarre au milieu d’un récit qui, dans la timeline interne, s’étale apparemment sur plusieurs années, ce qui crée un flottement dès les premières scènes.

En se recentrant presque exclusivement sur Elphaba, Glinda et Fiyero, Jon M. Chu sacrifie des sous-intrigues essentielles de l’histoire : le sort de Munchkinland, Nessa, Madame Morrible, voire l’explication fondamentale sur la peau verte d’Elphaba… tout ça passe à la trappe, par empressement et désir de mettre en avant les héros. Sauf que : sans explorer ces sous intrigues, Wicked : Partie 2 perd en intensité dramatique. Ainsi, le triangle amoureux, pourtant crucial, peine aussi à convaincre. Le numéro “As Long As You’re Mine” manque étonnamment de chaleur et de tension, comme si la mise en scène avait volontairement aseptisé un moment qui, sur scène, est réputé beaucoup plus sensuel.

Ce qui devait apporter plus de respiration et une dimension un peu plus sombre à la trame ne devient qu’une parenthèse anecdotique (alors qu’il y a tout de même une mort importante dans l’histoire). C’est d’autant plus dommage car cela était censé donner plus de poids au dernier acte.
Enfin, deux chansons inédites (“No Place Like Home”, “The Girl in the Bubble”) sentent un peu trop le bonus écrit pour offrir un solo supplémentaire aux actrices (*tousse* et une chance aux Oscars, car chansons originales *tousse*), tandis que le film multiplie les reprises de thèmes du premier opus au point de frôler l’auto-citation insistante.

Ceci dit, Wicked : Partie 2 reste néanmoins un beau divertissement réjouissant, sauvé par son énergie, sa générosité et sa partition musicale quasi impeccable. Cependant, si l’on gratte la surface, la densité de ce deuxième acte peine à respirer dans ce montage précipité qui survole des enjeux pourtant essentiels. J’ai aimé cette suite — surtout parce que j’avais adoré le premier film — mais je doute que les fans de la comédie musicale y trouvent tout ce qu’ils espéraient de cette adaptation. Le film fait le choix du “safe”, du coloré, du pop, là où l’acte 2 original est réputé plus sombre, plus mature, plus tragique sur scène. En voulant ménager la magie et le glamour romanesque de cette adaptation, Wicked : Partie 2 se prive parfois d’une profondeur qui aurait rendu son final plus réussi et puissant.

Au casting, on prend les mêmes et on recommence. Ariana Grande (Don’t Look Up, Zoolander 2, Scream Queens…) et Cynthia Erivo (Pinocchio, Les Veuves, Sale Temps à l’Hôtel El Royale…) brillent chacune à leur manière, offrant une version plus grave et posée de leurs héroïnes. Leur interprétation de “For Good” est l’un des moments les plus touchants du film. Autour d’elles, le sexy Jonathan Bailey (Jurassic World : Renaissance, Le Jour de mon Retour, La Chronique des Bridgerton…) trouve sa place, même si l’acteur botte en touche quand il s’agit d’exprimer son amour, tandis que Jeff Goldblum (Thor : Ragnarok, Jurassic World : Le Monde d’Après…) s’amuse comme un gamin, Ethan Slater (Fosse/Verdon, Gen V…) s’affirme et donne envie d’en voir davantage, et Michelle Yeoh (Avatar : La Voix de l’Eau, Everything Everywhere All At Once…), impeccable en actrice, laisse pourtant tomber quelques notes hasardeuses lorsqu’elle se met à chanter. À l’affiche également, on retrouve Marissa Bode dans le rôle de Nessarose et c’est là le plus gros raté du film : son personnage aurait mérité de prendre plus de place et j’aurai aimé en voir bien plus.

On retrouve également les comparses de SNL, Bowen Yang (Isn’t It Romantic, High Maintenance…) et Bronwyn James (Mickey 17, Dragons…), ainsi que Keala Settle (The Greatest Showman…) dans leurs rôles. Annoncé en grande pompe (je me demande toujours pourquoi d’ailleurs), Colman Domingo (Les Quatre Saisons, Running Man…) a rejoint le casting vocal, aux cotés de Dee Bradley Baker (Shang-Chi et La Légende des Dix Anneaux, Le Roi Singe…), tandis que la méconnue Bethany Weaver incarne les pieds de la fameuse Dorothy dont on ne verra jamais le visage (et oui, faudrait pas rater une occasion de la recaster quand un reboot du Magicien d’Oz sera annoncé, n’est-ce pas).

En conclusion, Wicked : Partie 2 est une suite pleine de charme, de lumière et de chansons qui enthousiasme et fédère… mais qui peine à exploiter pleinement la richesse dramatique de son matériau d’origine. J’en suis ressortie émue, divertie, enchantée par moments… mais ce deuxième acte méritait sans doute un souffle plus ample et plus audacieux. Malgré ses limites, la magie opère encore mais cette fois, elle tremble un peu. À voir !

