[COUP DE CŒUR] The Revenant, d’Alejandro González Iñárritu

THE REVENANT - Leo

Un an après le magnifique Birdman, Alejandro González Iñárritu est de retour avec un western glacé animé par la vengeance et une volonté primitive qui ronge ses héros jusqu’à l’os. Brutal, prenant et sans égal, The Revenant est une œuvre entêtante et charismatique, qui doit beaucoup à la caméra expérimentale et immersive du réalisateur, ainsi qu’à la performance des deux acteurs principaux qui s’affrontent sans répit. Alejandro González Iñárritu offre un récit viscéral, entre l’hommage à un peuple décimé et l’exploration de la nature humaine dans son état le plus brut. Époustouflant.

Le pitch : Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous les obstacles, revenir chez lui et trouver la rédemption.

Au cas où vous auriez vécu dans une cave ces dernières semaines, The Revenant sera peut-être le film qui permettra enfin à Leonardo DiCaprio d’obtenir l’Oscar cette année. D’ailleurs, on pourrait se demander si Leo aura l’Oscar pour sa performance ou surtout parce qu’il était enfin temps de le récompenser (ce qui aurait du être fait pour Le Loup de Wolf Street (voire Shutter Island si on chipote un peu)…). Car si l’acteur est excellent dans le dernier film d’Alejandro González Iñárritu, c’est The Revenant dans son ensemble, et grâce à la mise en abîme exceptionnelle du réalisateur, qui est une prouesse et un choc total.

L’année dernière, Alejandro González Iñárritu m’avait soufflée avec la perfection de Birdman et déjà, le réalisateur revient avec une autre pièce maîtresse, grossièrement catégorisée en tant que western. Si The Revenant est une histoire de vengeance, un survival mordant et haletant, c’est surtout une expérience fascinante. Avant de parler du film, dont l’avis peut aisément varié d’un spectateur à l’autre, il y a une chose sur laquelle il faut absolument se mettre d’accord : la façon de filmer d’Alejandro González Iñárritu est aussi originale et novatrice que géniale. En effet, après Birdman, la démonstration de cinéma continue, le réalisateur continue de tester la puissance immersive de ses plans-séquences vertigineux qui nous happent dès les premières minutes du film.
Alors que le film démarre aux abords d’une guerre qui fait rage, se focalisant sur un groupe de trappeurs chargés de ramener des fourrures pour la vente, The Revenant crée un contexte déjà chargé en histoire, rappelant en toile de fond les conflits amérindiens qui avaient déjà débouchés sur des massacres. Le film s’intéresse dès le début aux pires actes que l’homme peut commettre, dressant le décor d’une époque habitée par la haine, le racisme et la mort. Une tonalité qui va hanter le film tout du long, ramenant l’homme à ses plus bas instincts et explorant ses influences et ses conséquences. Longeant le sol tel un serpent sinueux, la caméra d’Alejandro González Iñárritu filme ses scènes de guerre avec une avidité presque perturbante, tandis que son œil sillonne à travers les personnages dans un résultat déjà étourdissant, forçant le spectateur à se cramponner pour suivre un périple haletant.

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L’image est brute, les décors sont naturels comme la lumière du film qui donne cet aspect dépouillé au film. Techniquement – et même s’en s’y connaître – The Revenant attise la curiosité et invente ses propres codes, aussi bien scéniques que narratifs, auxquels il faudra s’adapter afin de découvrir le film. Mais rassurez-vous, loin d’être prise de tête, il faut surtout se laisser porter par le récit. The Revenant est finalement d’une simplicité sommaire mettant en face-à-face deux hommes, l’un rongé par l’avarice et l’autre assoiffé de vengeance. Le reste n’est qu’un plaisir pour les yeux et du complément pour étoffer un film prodigieux. En effet, si pour Birdman il fallait rester attentif aux échanges, cette fois Alejandro González Iñárritu est dans la démonstration et dans le sous-texte explicite, en déclaration de guerre et déshumanisation. Si le personnage de Leonardo Dicaprio est incroyable (et celui de Tom Hardy aussi, ne l’oublions pas !), c’est surtout le contexte qui fait de The Revenant une aventure humaine, une sorte de retour à l’état sauvage et primitif où règne la loi du plus fort tandis que les plus fables et plus sensibles paient le prix (d’y voit-on par un parallèle quasi-préhistorique avec cet homme en fourrure qui rampe avant de marcher, mange cru (au coin d’un feu !) et grogne/bave plus qu’il ne parle ?). Du désir de vengeance, en passant par la rage ou même la faim, The Revenant fait de son héros le réceptable de cette nature sauvage et aride, l’animant d’émotions aussi pures que destructrices.

Difficile de résumer ces 2h30 de film en quelques mots. Certains n’y verront qu’une balade en montagne, entrecoupée d’attaques d’ours et d’un Dicaprio malmené rampant dans la neige, tandis que d’autres seront captivés par le récit palpitant. Encore une fois, Alejandro González Iñárritu ne se contente pas seulement de faire un simple film linéaire, il propose à nouveau un sujet multiple dont il explore toutes les ramifications. The Revenant est un nouvel exercice de style que le réalisateur invente puis maîtrise en cours de route, enchaînant des plans monstrueux et une mise en scène de génie. Le film offre des prises de vues incroyables où les images font sont finalement plus éloquentes que les (rares) dialogues du film.

Au casting, c’est donc Leonardo DiCaprio (Le Loup de Wall Street, Django Unchained, Inception…) qui tient le premier rôle, sous la houlette d’un réalisateur bien décidé à avoir le résultat le plus réaliste possible. Ainsi l’acteur a bien ressenti le froid et la faim pendant le tournage, rendant son personnage totalement crédible (et peu ragoûtant). À ses cotés, il en a bavé aussi, on retrouve Tom Hardy (Legend, Mad Max: Fury Road, Quand Vient La Nuit…), absolument parfait dans son rôle -excusez le langage- d’enfoiré, parvenant à rendre son personnage aussi saisissant que celui de DiCaprio. Autour d’eux, quasiment que des hommes, dont Will Poulter (Le Labyrinthe, Les Miller…), enfin dans un vrai rôle, et Domhnall Gleeson (Ex Machina, Frank…) qui continue de faire d’excellents choix.

En conclusion, seul l’avenir nous dira si Leonardo Dicaprio obtiendra enfin un Oscar, mais s’il est encore une fois très bon dans The Revenant, c’est le film en lui-même qui vaut le détour. Alejandro González Iñárritu signe une œuvre spectaculaire, brutale et intense, qui résonne au-delà de son intrigue principale à travers des images fortes et un ensemble visuel et sonore maîtrisé. À voir absolument !

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