[CRITIQUE] Mother! de Darren Aronofsky

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Une chose est sûre, c’est que Darren Aronofsky est tout sauf un réalisateur conventionnel : Mother! ne laissera personne indifférent, tant il est dérangé et dérangeant à de nombreux niveaux. Et pourtant, le dernier film de Darren Aronofsky nous emmène à l’aveuglette d’un bout à l’autre de son histoire, avec un mystère opaque et, derrière tout ce déballage complètement fou et parfois insensé se tisse un message intéressant, profond et une vision incroyable qui transpire en filigrane. J’en suis ressortie déboussolée mais, petit à petit, conquise.

Le pitch : Un couple voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant leur tranquillité.

Après le désastre cuisant de Noé en 2014, Darren Aronofsky (Requiem For A Dream, The Wrestler, Black Swan) continue d’alterner les films accessibles puis surréalistes, abandonnant cette fois le traitement littéral du récit biblique pour une allégorie alambiquée autour du couple et de l’amour inconditionnel entre don de soi de l’un et indifférence de l’autre ; tout en explorant, au passage, une interprétation osée et saisissante de la Création personnifiée (rien que ça !).
Dès les premières minutes, Mother! désarçonne à travers un huis-clos oppressant dans une maison mystérieuse, dans lequel évolue une jeune femme et – a priori – son mari, un poète en perte d’inspiration. Leur quotidien bercé d’amour et de reconstructions est bousculé par un homme qui débarque à l’improviste, bientôt rejoint par sa femme… pour commencer. Car en effet, cette amorce de pitch n’est que le début d’un roller-coaster inquiétant et déroutant qui rend Mother! aussi mouvant qu’imprévisible à chaque fois que le film avance.
Darren Aronofsky prend par surprise avec une histoire qui bouscule les codes de tous les genres et joue avec les nerfs du public, tandis que l’intrigue laisse une tension et un malaise s’installer de part et d’autres de l’écran. En effet, Mother! semble évoluer en roue libre, entre ses moments de quiétude et des scènes complètement décousues entre choc frontal, brutalité et folie ! Souvent incompréhensible et pourtant fascinant, le film de Darren Aronofsky change de piste à chaque scène, le rendant difficile à cerner : horreur ? thriller psychologique ? drame ? Quel est cet objet étrange et terriblement captivant ?

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En réalité, Mother! est tout cela à la fois. Le réalisateur refuse de se plier à une narration traditionnelle, transformant son film en une véritable expérience stupéfiante et à double-tranchant : soit Mother! piquera votre curiosité malgré vous, soit vous rejetterez un film qui avance tellement à l’aveuglette qu’aucune piste cohérente ne se met en place jusqu’aux dernières minutes. Le plus dur c’est qu’il est difficile d’expliquer pourquoi Mother! est si étrange sans dévoiler l’ensemble du film – même si, finalement, cela n’éclaircira jamais le tableau. À première vue, Darren Aronofsky semble avoir perdu pied et pourtant il est là, derrière chaque mouvement étourdissant de caméra et dans la direction des acteurs. Dans Mother!, on y retrouve l’évanescence surannée de The Fountain dans sa photographie grainée aux tons sobres, les plans étourdissants et viscéraux de Requiem for a Dream et le mixage sonore entêtant de Black Swan qui amplifie les sons anodins. Au-delà de la narration, le film nous plonge dans l’obscurité la plus totale et je vous recommande simplement de lâcher prise et de vous laisser porter par l’histoire : Darren Aronofsky livre aussi complexe que complet et qui, malgré son étrangeté, contient toutes (ou presque) les réponses aux questions qu’il soulève.

Mais alors, quel est l’intérêt de Mother! ? L’expérience, d’une part, la fraîcheur de voir quelque chose de différent et de perché, parmi tous les films formatés que nous pouvons voir tout au long de l’année. À la manière d’un Terrence Malick ou d’un David Lynch, Darren Aronofsky ose une autre cinéma, moins accessible, certes, mais stimulant et proposant une autre façon d’explorer un sujet à travers des paraboles extra-larges et à première vue complètement lunaires. D’autre part, Mother! est loin d’être un film creux : si parfois le résultat va très loin, il n’est certainement pas vain. Nouvelle allégorie biblique et/ou métaphore philosophico-écologique, les théories sont nombreuses autour de Mother! qui donne, dans tous les cas, à réfléchir sur le couple et, surtout, la reconnaissance et l’importance du foyer au sens le plus large. Mother! exécute une narration extrême, visant le choc frontal comme pour éveiller les consciences et, surtout, provoquer une réaction.

Au casting : je ne l’apprécie pas en général, alors c’est bien la première fois que je trouve Jennifer Lawrence (Passengers, X-Men: Apocalypse, Joy…) prenante et émouvante dans un film, aux cotés d’un Javier Bardem (Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar, The Last Face, Cartel…) qui nous avait déjà proposé mieux, mais qui reste convaincant. Autour d’eux, Ed Harris (Westworld…) et Michelle Pfeiffer (Malavita…) forment un couple vorace, tandis que les apparitions de Domhnall Gleeson (The Revenant, Brooklyn…), Kristen Wiig (SOS Fantômes, Zoolander 2…) ou encore Stephen McHattie (Fringe, Orphan Black...) contribuent à rendre le film toujours plus profond et inquiétant.

En conclusion, si Darren Aronofsky cherchait à se relever après Noé, c’est réussi ! Puissant, déroutant et parfois choquant, Mother! mérite la réflexion poussée et se révèle aussi perturbant dans sa forme que brillant dans son traitement. À voir !

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2 réflexions sur “[CRITIQUE] Mother! de Darren Aronofsky

  1. Je pense que c’est le genre de film qui laisse un avis tranché, soit on est entré dedans, soit on est resté sur le pas de la porte. Les avis sont représentatifs de cela, et j’hésite à aller me forger le mien !

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