[COUP DE CŒUR] La Forme de l’Eau (The Shape of Water), de Guillermo Del Toro

Conte noir, poétique et bouleversant, La Forme de l’Eau (The Shape of Water) cristallise les amours interdites d’une Belle et de sa Bête à travers une histoire chargée en émotions et lumineuse. Éternelle cerise sur le gâteau, Guillermo Del Toro soigne la réalisation et nous transporte dans son univers sans effort, mêlant tableaux oniriques au classicisme intemporel des années 60, et une bande-originale enivrante et superbe. Ce film n’est pas simplement beau : il est magique.

Le pitch : Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

J’ai un problème : quand j’adore un film bien au-delà du raisonnable, j’ai beaucoup de mal à écrire dessus. La Forme de l’Eau fait partie de ces films qui m’ont fait chavirer dès les premiers minutes et emportée ans un autre monde, en l’occurrence, celui de Guillermo Del Toro, soit un de mes réalisateurs favoris. Du coup, l’émotion l’emporte sur le reste et si d’habitude je parviens à trouver les mots quitte à en faire un peu trop pour donner mon avis sur un film, en ce qui concerne La Forme de l’Eau, j’ai tellement envie de vous pousser à le voir que je vais en rajouter des caisses (vous voilà prévenu). Mais le fait est que Guillermo Del Toro est plus qu’un simple réalisateur : c’est un esthète, un rêveur, un visionnaire et un conteur hors pair qui n’a plus à prouver ses multiples talents, qu’il s’agisse d’un film d’épouvante (comme L’Échine du Diable), un film d’action ou un blockbuster épique (comme Blade 2, la saga Hellboy ou encore le gigantesque Pacific Rim) ou encore un des plus beaux films qui puissent exister : Le Labyrinthe de Pan. Chacun de ses films, à l’exception peut-être de Pacific Rim qui était plus un terrain de jeu extraordinaire, est sublimé par un imaginaire fantastique peuplé de créatures parfois flippantes, d’autres fois curieuses, et subjugué par une mise en scène et une photographie toujours remarquables. Les films de Guillermo del Toro offrent souvent des tableaux vivants et des scènes d’une beauté époustouflante, où chaque détail vient compléter des histoires singulières entre fantaisie, angoisse et spectacle. Et le nouveau film du Maestro, La Forme de l’Eau (The Shape of Water) n’échappe pas à la tradition. Rappelons d’ailleurs qu’il a déjà reçu le Lion d’Or à la Mostra de Venise en 2017 et est en lice aux Oscars avec 13 nominations.

Après Crimson Peak, Guillermo Del Toro poursuit son ère romantique avec une nouvelle histoire, bien moins effrayante mais tout aussi sombre et chimérique. En amoureux des monstres, ce n’est pas étonnant que La Forme de l’Eau raconte l’amour impossible entre une femme et une créature aquatique détenue et torturée dans une structure gouvernementale obscure. Comme toujours, il y a plus dans un film de Guillermo Del Toro que le simple récit d’une amourette attendue. Des décors à la musique, le réalisateur crée un univers sombre, fantastique et intriguant, autour d’une héroïne muette et discrète au quotidien routinier qui va voir sa vie chamboulée du jour au lendemain. Avec ses airs de contes de fées noirs, La Forme de l’Eau est un petit bijou poétique où la simplicité d’une histoire d’amour prend son envol à travers l’exploration souvent tragique du genre humain, à travers un monstre gentil et des hommes monstrueux. La Forme de l’Eau nous emporte dans un conte tragique et euphorisant où le cinéma d’antan flirte avec le fantastique, à travers les amours bouleversantes d’une Belle et de sa Bête aquatique, pourchassés par un homme littéralement pourri jusqu’à l’os.

En effet, si l’intrigue même reste simple, c’est tout ce qu’il y a autour qui rend le film de Guillermo Del Toro exceptionnel, et qui lui a déjà valu de remporter le Golden Globe et le BAFTA du Meilleur réalisateur. D’abord la musique, signée par Alexandre Desplat (également récompensé par un Golden Globe et un BAFTA), qui nous transporte du début à la fin à travers des mélodies parfaitement en accord avec la beauté et la fluidité du film. Mais ce qui caractérise le cinéma d’un génie tel que Guillermo Del Toro c’est bien son imaginaire et son application à le faire vivre dans chaque détails. Si Le Labyrinthe de Pan reste à ce jour l’un des plus beaux chefs d’œuvres que j’ai pu voir, chaque film de ce réalisateur est marqué par un univers particulier qu’il va explorer jusqu’à ses moindres recoins. Pour La Forme de l’Eau qu’il installe dans les années soixante, il conserve l’esthétique ronde et assortie, à travers des décors particuliers et une photographie sombre aux teintes naturelles, sublimée par des touches de couleurs bien vues, telles que le bleu, le vert et le jaune pour illuminer l’image, puis un rouge passion bien explicite et de plus en plus présent au fur et à mesure que les sentiments grandissent. Entre le visuel et la musique, le film propose un univers superbe et cohérent, aussi crépusculaire que formidable et entêtant.
La créature elle-même est fantastique, croisement inspiré entre La Créature du Lac Noir (film de Jack Arnold en 1954) et, évidemment, Abe Sapien dans Hellboy, avec qui il partage de nombreux points communs. Guillermo Del Toro nous séduit avec son monstre aux grands yeux et aux écailles miroitantes, tandis que sa belle y trouve un écho silencieux à sa solitude envahissante. Le réalisateur nous invite dans un monde fait d’émotions et de magie, où l’impossible fait chavirer les hommes, révélant leurs véritables visages une fois le dos au mur, tandis qu’en parallèle le film fait enfler une menace pesante qui va largement contribuer à la douce mélancolie qui anime l’ensemble.

Étant déjà une fan inconditionnelle de Guillermo Del Toro, j’ai été immédiatement conquise par la beauté bouleversante et magique de son nouveau film. À travers La Forme de l’Eau, le réalisateur nous offre une nouvelle facette de son univers, toujours aussi reconnaissable mais qu’il parvient à renouveler. Ici, pas de frissons d’horreur ni d’affrontements gigantesques, La Forme de l’Eau est un voyage dépaysant dans une autre dimension fantastique, mystérieuse et émouvante. Finalement, Guillermo Del Toro n’aurait pas pu proposer ce film sans avoir réaliser ces œuvres précédentes : on retrouve dans La Forme de l’Eau des éléments qui rappellent ses autres films, mais c’est pourtant la maturité du cinéaste qui lui permet de transcender une histoire aussi simple en un conte magique et poétique qui se suffit à lui-même, sans avoir besoin de rajouter des éléments superflus (d’autres montres ou que sais-je encore…). J’ai déjà vu le film deux fois et la magie opère toujours, entre le lyrisme de la musique d’Alexandre Desplat et l’imaginaire de Guillermo Del Toro, La Forme de l’Eau est un voyage unique en son genre et fabuleusement agréable. Le seul défaut minime reste finalement les cicatrices de son héroïne qui sont trop évidentes… mais bon, cela n’enlève rien à la féerie du film et encore moins à son final.

Au casting : nommée aux Oscars 2018, Sally Hawkins (Paddington, Godzilla, Blue Jasmine…) livre une interprétation juste et touchante, donnant l’âme nécessaire au film pour toucher en plein cœur. À ses cotés, Octavia Spencer (Mary, Les Figures de l’Ombre…) et Richard Jenkins (Kong: Skull Island, Spotlight…), tous deux également nommés aux Oscars, jouent les sidekicks, entre humour et tendresse. L’excellent Michael Shannon (Loving, Nocturnal Animals…) est également à l’affiche, toujours impeccable surtout lorsqu’il s’agit de rôles aussi agressifs et torturés, tandis que Michael Stulhbarg (Pentagon Papers, Miss Sloane, Doctor Strange…) devient incontournable ces dernières années, même s’il reste plus discret.
Et enfin, celui qu’on ne peut oublier, c’est Doug Jones qui incarne la créature. Même si on ne voit pas son visage, sa gestuelle et sa performance en font un personnage entier, voire le cœur du film. D’ailleurs, il incarne la plupart des créatures des films de Guillermo Del Toro (Long John dans Mimic, Abe Sapien et l’Ange de la Mort dans Hellboy, Le Faune et l’homme avec les yeux dans les mains dans Le Labyrinthe de Pan, le fantôme dans Crimson Peak…), mais également de nombreux personnages dans d’autres films, notamment le Surfer d’Argent dans Les 4 Fantastiques 2.

En conclusion : nous sommes à peine en février, mais je peux déjà commencer à composer mon top 10 des meilleurs films de 2018 avec le nouveau film de Guillermo Del Toro. Original, poétique et superbe, La Forme de l’Eau est tout simplement un nouveau bijou qui vient compléter la filmographie déjà extraordinaire du Maestro. Pourtant, si le film domine les Oscars 2018 en tant que favori avec ses 13 nominations, la bataille sera rude face au film de Martin McDonagh. J’espère néanmoins que Guillermo Del Toro repartira avec la statuette du Meilleur Réalisateur, qu’il mérite amplement. À voir, évidemment !

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