[CRITIQUE] Ocean’s 8, de Gary Ross

Après Steven Soderbergh, c’est Gary Ross qui propose la relève de la saga Ocean. À peine rehaussé par un casting (et des caméos) alléchant, Ocean’s 8 propose un spin-off féminisé à outrance, baignant dans le luxe, la mode et les bijoux pour bien souligner le changement de sexe de ses personnages, et manque surtout d’originalité de d’imagination. Déjà vu, prévisible et surtout caricatural, Gary Ross aura beau changer les joueurs, il semblerait que l’ère des films de braquages est bel et bien révolue.

Le pitch : Cinq ans, huit mois, 12 jours… et le compteur tourne toujours ! C’est le temps qu’il aura fallu à Debbie Ocean pour échafauder le plus gros braquage de sa vie. Elle sait désormais ce qu’il lui faut : recruter une équipe de choc. À commencer par son « associée » Lou Miller. Ensemble, elles engagent une petite bande d’expertes : Amita, la bijoutière, Constance, l’arnaqueuse, Tammy, la receleuse, Nine Ball, la hackeuse et Rose, la styliste de mode. Le butin convoité est une rivière de diamants d’une valeur de 150 millions de dollars. Le somptueux bijou sera autour du cou de la célèbre star Daphne Kluger qui devrait être l’objet de toutes les attentions au cours du Met Gala, l’événement de l’année. C’est donc un plan en béton armé. À condition que tout s’enchaîne sans la moindre erreur de parcours. Enfin, si les filles comptent repartir de la soirée avec les diamants sans être inquiétées…

En 2001, Steven Soderbergh proposait le remake de L’Inconnu de Las Vegas, rebaptisé Ocean’s Eleven avec de belles cartes en main : la revisite d’un film des années 60 proposant un braquage de haute-voltige (huhu), entre esbroufe et comédie, ainsi que la réunion de coqueluches hollywoodiennes, dont George Clooney, Brad Pitt, Julia Roberts et Matt Damon. Dépaysant, un chouilla bling-bling (Las Vegas oblige) et inventif, Ocean’s Eleven a eu un tel succès qu’il a donné naissance à deux suites, Ocean’s Twelve en 2004, puis Ocean’s Thirteen en 2007. Comme toutes les bonnes choses ne durent pas, les deux derniers volets se sont dégradés au fur et à mesure que les années passaient, notamment en remâchant une recette similaire, tandis que la concurrence n’a pas perdu de temps à produire ses propres copies avec des titres originaux comme Braquage à l’Italienne de F. Gary Gray (2003) ou Braquage à l’Anglaise de Roger Donaldson (2008)… voire le plus récent Braquage à l’Ancienne de Zach Braff ! Même Steven Soderbergh lui-même a voulu recroquer une part du gâteau avec une version péquenaude à travers Logan Lucky.

10 ans après Ocean’s Thirteen, et malgré un concept usé, voici qu’Ocean’s 8 débarque sur nos écrans, avec pour argument de poigne un casting principal entièrement féminin. Une idée qui rappelle évidemment un certain SOS Fantômes, le reboot du film culte d’Ivan Reitman. Cependant là où le film de Paul Feig ne faisait que changer le sexe de ses personnages principaux, Ocean’s 8 pousse le bouchon un peu plus loin. D’abord, le film de Gary Ross (Hunger Games 1, Free State Of Jones…) profite de la vague issue des récents scandales hollywoodiens (l’affaire Weinstein) en faisant office d’exemple à suivre avec son casting presque entièrement féminin, ce qui, jusque là, n’est pas dérangeant… Mais là où le bât blesse, c’est quand on voit comment Ocean’s 8 utilise son changement de sexe. Si l’idée principale tourne autour du vol d’un bijou d’une valeur incroyable, le film de Gary Ross explore la féminité dans sa plus belle caricature : mode, maquillage, luxe… Dès les premières minutes, le film renvoie ses personnages dans ses clichés les plus simples, dans une ambiance un peu trop poudrée qui rappelle bien plus les films Sex and The City ou encore le glamour de films comme Le Diable s’Habille en Prada, que la coolitude simple mais classe d’Ocean’s Eleven. Entre placements de produits et caméos peu inspirés, Ocean’s 8 vivote rapidement dans un océan (mouahaha) de superficialité qui affaiblit l’enjeu du film. En voulant faire un film de femmes, Gary Ross tombe dans le panneau et reproduit la même overdose que le catastrophique Catwoman qui, puisque l’héroïne était une femme, avait choisi de tout conjuguer au féminin (la super vilaine ex-mannequin, l’entreprise de cosmétiques, la crème pour le visage toxique…), comme si les femmes ne pouvaient pas s’intéresser à autre chose et qu’il fallait absolument utiliser ces codes pour nous attirer !

Et justement : si Ocean’s 8 n’a jamais masqué son ambition de coller à l’identité de la saga pour attirer les foules, il s’illustre surtout par la copie faiblarde de l’écriture. Alors que dans Ocean’s Eleven, on découvrait au moins des personnages avec des rôles précis dans la trame, chez Gary Ross, le film utilise surtout l’image de ses stars et ignore le coté interchangeable de ses personnages. Certes, on trouve rapidement les alter-ego féminins des personnages alors incarnés par Brad Pitt (Cate Blanchett), Georges Clooney (Sandra Bullock) ou encore Eddie Jemison (Rihanna), mais le reste du casting semble flotter dans une histoire fumeuse qui vivote autour de l’héritage de Danny Ocean (et des rappels poussifs), une vague revanche et une soirée people uniquement destinée à en mettre plein la vue aux plus impressionnables… Ce qui donne souvent lieu à des scénettes bien plus longues que nécessaires, autour d’une interview qui n’a rien à voir avec la choucroute ou des plans à rallonges sur une série de bijoux, par exemple, tandis que les protagonistes semblent plus animés par les directives de leur boss que par un plan préalablement bien établi. Coté mise en scène, la réalisation s’attarde bien trop sur la mise en avant des marques, des produits, des vêtements ou encore des kilo-tonnes de fond de teints qui recouvrent certaines actrices (ce qui rend une scène de flashback particulièrement drôle… et pas pour les bonnes raisons), laissant de coté les rebondissements et autres effets de surprises qui faisaient le succès du premier film Ocean.

Entre manque de panache et d’imagination, Ocean’s 8 déroule une trame attendue qui brille certes par le nombre de carats qui s’étalent à l’écran, mais pas par son scénario ! Après tant de films de braquage, forcément le spectateur est rodé, mais là où Ocean’s 8 déçoit, c’est dans sa narration hyper linéaire qui repose sur des détours prévisibles et souvent peu crédibles. Pire, alors que l’histoire semble enfin se boucler, voilà que Gary Ross ajoute une bonne demi-heure laborieuse qui se détache de l’ensemble et semble scinder le film en deux à travers un dernier tiers inefficace et longuet. Si Ocean’s 8 partait déjà avec quelques bémols au compteur, j’espérais plus d’originalité et/ou de surprises. Il faut bien avouer que je me suis bien ennuyée devant une comédie plate qui ne parvient à crépiter que faiblement et uniquement grâce au charisme d’actrices toujours excellents. Et pourtant, c’est dommage, car il y avait tant à faire avec une telle variété de personnalités et de talent !

En effet, à l’affiche : Sandra Bullock (Les Minions, Que Le Meilleur Gagne, Gravity…), pourtant aussi à l’aise dans une comédie que dans un drame, joue les maîtresses du jeu de façon très figée, Cate Blanchett (Thor – Ragnarok, Song To Song, Carol…) s’encanaille niveau look mais ne sort jamais de sa zone de confort, Mindy Kaling (The Mindy Project, Un Raccourci Dans le Temps…) est inhabituellement effacée, l’étrangeté caractéristique de Helena Bonham Carter (Alice De L’autre Coté du Miroir, Cendrillon…) est à peine exploitée, Rihanna (Valérian et la Cité des Mille Planètes…) est un stéréotype sur pattes, tandis que Sarah Paulson (American Horror Story, Pentagon Papers...) est tristement transparente. Seule Awkwafina (Nos Pires Voisins 2...) égaye un peu l’ensemble, tandis qu’Anne Hathaway (Colossal, Le Nouveau Stagiaire…) prouve qu’elle est adorable même en actrice trop gâtée.
Autour d’elles, Richard Armitage (Hannibal…) et James Corden (Into The Woods…) n’apportent pas grand chose, tandis que stars (Dakota Fanning, Katie Holmes…) et autres people (Anna Wintour, Kim Kardashian…) se succèdent dans le récit, tout comme le caméo d’acteurs issus de la saga initiale (ceux dont le cachet était le moins élevé, ne rêvez pas !).

En conclusion, Gary Ross livre un spin-off peu ambitieux, qui ne repose que sur la hype suscitée par ses têtes d’affiche, propulsé par une intrigue peu originale qui reprend les mêmes ingrédients que les premiers films Oceans… avec moins de panache. Baigné dans un univers « girly » à outrance, Ocean’s 8 se révèle trop caricatural dans son approche féminine dont le faste est très apparent mais pas vraiment communicatif. Dommage. À tenter.

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