[CRITIQUE] Hérédité, d’Ari Aster

Le pitch : Lorsque Ellen, matriarche de la famille Graham, décède, sa famille découvre des secrets de plus en plus terrifiants sur sa lignée. Une hérédité sinistre à laquelle il semble impossible d’échapper.

Parmi les curiosités de la semaine figure le premier film d’Ari Aster, un essai horrifique étrange au traitement parfois insaisissable. Contrairement au tout nouveau Sans Un Bruit de John Krasinski, Hérédité fait partie de ces films qui s’enfoncent bien trop loin dans l’abstrait et le mystère opaque, finissant par susciter plus de questions que nécessaire.
Pourtant, tout démarrait assez bien. Ari Aster travaille sa photographie sombre, ainsi qu’une atmosphère inquiétante et glauque, notamment entretenue grâce au physique et au traitement particulier du personnage incarné par Milly Shapiro (Charlie). À travers les étapes du deuil, Hérédité observe les liens d’une famille s’étirer jusqu’à la rupture, entre la difficulté d’accepter la perte et un passé marqué par les troubles mentaux. Tout au long d’une première partie prenante, Hérédité oscille entre la folie et la raison, entretenant un malaise aussi bien à cause de ses personnages et leurs actes, que par ses révélations au compte-gouttes. Entre une enfant qu’on peut soupçonné autiste et une mère submergée par ses émotions mitigées envers la mort de sa propre mère, le film installe peu à peu un fil conducteur insidieux qui semble établir ses propres règles. Ari Aster nous entraîne dans un récit trouble et curieux, jusqu’à un twist inattendu qui plonge Hérédité dans l’inconnu… pour le meilleur ou pour le pire ?

C’est là que cela devient compliqué. Si Hérédité cloue sur place avec un rebondissement imprévisible, la narration commence lentement à s’effilocher tandis que le film tente de rassembler un puzzle complexe. Le manque de communication au sein de la famille finit par peser lourd, les zones d’ombres ne s’éclaircissent pas suffisamment alors que l’ensemble prend un tournant définitif vers le paranormal. Grignotant par-ci par-là des idées dans les films de genre, Hérédité semble bien plus tourner en rond qu’autre chose, noyé dans des effets de style encombrants. À force de s’éparpiller, Ari Aster m’a perdue en cours de route. Le film s’étire et donne bien peu de réponse, tout en essayant des gimmicks qui semblent s’inviter au hasard de la narration (une séance de spiritisme, un peu de sorcellerie, des apparitions flottantes et pas mal de décapitations en tout genre…) sans jamais réussir à se stabiliser. La mise en scène bancale a donc des conséquences sur les effets voulus : certains moments crispent, tandis que beaucoup vivotent entre ratés et moments grotesques, qui desservent totalement l’ambition du film.

Rappelant clairement The Witch (mêmes producteurs) sur certains aspects (et en bien moins maîtrisé), Hérédité hérite justement de son procédé qui mise toute ses cartouches sur une ambiance opaque et piquée de pointes de tension. Si cela s’avère efficace au début du film, j’ai rapidement perdu patience face à l’approche catatonique et interminable du film qui ne fait que répéter ses propres gimmicks sans réellement faire avancer l’histoire.  Si l’ensemble a tout de même le mérite de tenir en haleine grâce à son étrangeté, Hérédité déçoit surtout par son manque de direction et une trame laborieuse qui, comme The Witch,  se conclue sur un dernier tiers plutôt déconcertant, tardif et foutraque, en bouclant une boucle en vrac. Après avoir maintenu son audience en apnée pendant presque deux heures, quand le film d’Ari Aster se décide à passer à la seconde, c’est dans un fracas décousus de scénettes qui s’empilent dans un dernier quart d’heure, frôlant bien souvent le ridicule et le grotesque. Dommage…

Au casting : Toni Collette (Madame, Conspiracy, xXx: Reactivated…) reste néanmoins convaincante dans son personnage de mère déchirée entre le deuil et la folie, tandis que Gabriel Byrne (Personne N’Attend La Nuit, Vikings…) hérite d’un personnage qui a tout de la pièce rajoutée. Autour d’eux, Milly Shapiro apporte beaucoup de tension au début du film, aussi grâce à son rôle qu’à son physique atypique et Alex Wolff (Jumanji : Bienvenue dans la Jungle, My Friend Dahmer...) passe subitement de l’ombre au devant de la scène et a bien du mal à porter autant de responsabilités sur ses épaules (et sa façon un chouilla grotesque de pleurer a eu tendance à me faire sortir du film, personnellement).

En conclusion, comme tout bon film d’ambiance qui se respecte, soit on adhère au concept d’Hérédité, soit on le rejette… Pour ma part, si l’atmosphère glauque et la narration pleine de mystères (et de trous) du film d’Ari Aster sont parvenus à capter ma curiosité jusqu’au bout, l’ensemble m’a laissé sur ma faim. Manquant de maîtrise et d’ambition, Hérédité s’évapore au fur et à mesure que l’histoire avance et ne réussit pas à délivrer l’angoisse attendue, malgré des débuts prometteurs. Quand trop de mystère tue le mystère, cela donne une déception… ou une anecdote. À tenter, pour se faire son avis.
Mais allez plutôt voir Sans Un Bruit 🙂

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