[CRITIQUE] En Eaux Troubles, de Jon Turteltaub

Après Rampage et ses bestioles XXL qui saccagent tout, c’est au tour d’un requin méga géant de semer le trouble. Jason Statham affront le Megalodon dans une aventure estivale qui tente le mockbuster au premier degré avec le concept du film de requin moderne, mais fait avec des moyens et de l’ambition. Si le projet semblait attrayant sur le papier, En Eaux Troubles joue les équilibristes entre la comédie d’action et le film (trop) familial, si bien que Jon Turtletaub s’emmêle les pinceaux et ne livre pas le spectacle espéré. Dommage.

Le pitch : Au cœur de l’océan Pacifique, le sous-marin d’une équipe de chercheurs a été attaqué par une créature gigantesque qu’on croyait disparue : le Megalodon, un requin préhistorique de 23 mètres de long. Le sauveteur-plongeur Jonas Taylor doit risquer sa vie pour sauver les hommes et les femmes prisonniers de l’embarcation… et affronter le prédateur le plus terrible de tous les temps.

On ne dirait pas comme ça, mais En Eaux Troubles est une adaptation d’un roman de Steve Alten, publié en 1997, dont le projet traîne au fond d’un tiroir depuis des années. Et pour cause, comme les films de dinosaures, les films de requins sont confrontés à une saga culte, encore et toujours réalisée par Steven Spielberg, à savoir Les Dents de la Mer (1975). Depuis plus de quarante ans, le grand méchant requin blanc n’a cessé de se frayer un chemin sur nos écrans : menace invisible dans Open Water – En Eaux Profondes de Chris Kentis (2003), traqueur sournois dans Peur Bleue de Renny Harlin (1993) et toujours un monstre insatiable (The Reef, Dérive Mortelle, Instinct de survie…). Pourtant, en parallèle et en téléfilm, le requin se démarque dans un autre genre : le nanar / mockbuster (parodie low-cost du blockbuster). Après un démarrage presque timide avec des requins à deux têtes ou des faces-à-faces ahurissants avec d’autres mega (crocodile, octopus…), le poisson le plus effrayant du cinéma devient la star de films ambitieux mais fabriqués avec les moyens du bord et souvent connus pour leurs formats et effets spéciaux ultra cheap, ainsi que des concepts toujours plus farfelus (allant jusqu’à un requin fantôme dans Ghost Shark). Et bien sûr, un jour Sharknado a débarqué : diffusé un soir lambda sur Syfy aux US, le téléfilm emballe les réseaux sociaux et devient d’un seul coup un objet culte dans la catégorie nanar et pop-corn movie. Alors que le public répond présent et que les prédateurs marins restent une source inépuisable pour les films de genre (requins, crocodiles, piranhas…), c’est probablement la raison pour laquelle le projet The Meg – En Eaux Troubles parvient enfin à voir le jour – surtout que la saga Sharknado en est déjà à son sixième (et dernier) opus avec It’s About Time.

D’entrée de jeu, le film met l’eau à la bouche. Entre une star du cinéma d’action à l’affiche et un requin géant préhistorique en grande menace, En Eaux Troubles était la promesse de voir un pop-corn movie décomplexé et spectaculaire, rehaussé par plus de moyens (meilleurs effets spéciaux, scénario et personnages plus solides). Globalement, on y est presque. L’intrigue profite de la durée pour se renouveler, en explorant les différents angles possibles autour de cette menace XXL. De l’opération sauvetage qui vire à la traque, puis à la menace côtière, En Eaux Troubles parvient à surprendre grâce à un premier degré terre-à-terre qui côtoie un héros aux allures de cow-boys et la fantaisie autour d’un prédateur immense issu de profondeurs inexplorées. L’ensemble divertit juste ce qu’il faut, grâce à une tension toujours présente et un rythme mesuré, tout en conservant la tonalité moderne du film de requins… quitte à parfois s’en moquer. En effet, le film joue avec certains clichés pour les détourner, faisant même parfois semblant de tomber dans le panneau, ce qui attise la curiosité pour en voir plus.

Jeu : saurez-vous repérer les bouées dupliquées ?

Seulement voilà, le postulat est rapidement établi mais le film de Jon Turteltaub (Last Vegas, L’Apprenti Sorcier, Benjamin Gates…) se perd en cours de route. Peu à peu, la majeure partie du film ressemble à une longue mise en place, tant le spectacle se fait attendre. En Eaux Troubles veut nous faire croire qu’il a inventé l’eau chaude avec un twist prévisible (et logique) à mi-parcours, mais la véritable déception reste de l’ambiance choisie. Entre le film de famille avec la petite amourette et l’enfant Kinder pour attendrir le chaland, ainsi que l’absence notable d’hémoglobine et d’attaque frontale, En Eaux Troubles semble ne pas savoir comment se positionner dans son moule à la fois trop estival pour oser le graphique et en même temps trop coincé pour mettre en scène un *voix grave* mégalodon sanguinaire !

Oui, le premier degré et le sérieux du film est salvateur et se démarque des (bons) nanars comme Sharknado, mais si la saga Syfy fonctionne, c’est parce qu’elle ose assumer son concept jusqu’au bout. Ici, Jon Turteltaub propose une bestiole aussi énorme qu’un paquebot en nous faisant littéralement un exposé détaillé de ses capacités effrayantes (capable de croquer une baleine avec ses super mâchoires, ouh lala…), mais une fois que la menace est lâchée, le Mégalodon semble faire la fine bouche et le grand timide. Manque d’exposition, manque de show et de panache, En Eaux Troubles s’effondre quand il s’agit de jouer la carte de l’esbroufe, préférant miser sur les relations entre les personnages (traduction l’amourette du héros), les flatteries à la production chinoise et les exploits d’un yorkshire qui pourrait mettre une fessée à Florent Manadou.
Si vous espériez voir Le Transporteur vs Mégalodon, un condensé d’action et de crocs en tout genre, vous risquez d’être méga déçu (huhuhu) devant la sagesse d’En Eaux Troubles qui vise le grand public et ne laissera pas grand chose à se mettre sous la dent (à part peut-être une dernière scène vraiment cool mais tardive… et unique). D’ailleurs, même Jason Statham n’a pas caché sa déception devant le résultat final, effectivement trop familial et bien moins badass par rapport au scénario qu’on lui avait proposé (source : Collider). Comme je te comprends, Jason !

Au casting justement, Jason Statham (Fast and Furious 8, Spy, Joker…) affronte le grand méchant requin avec sa gouaille aujourd’hui assumée et son accent so insaisissable qu’il n’essaie même plus de dissimuler (et tant mieux !). Si l’acteur fait penser au John McClane des fonds marins, il est clairement l’atout majeur du film. À ses cotés, Li Bingbing (Resident Evil: Chapitre Final, Transformers : L’Âge de l’Extinction…) joue l’anti-damoiselle en détresse – même si la jeune Shuya Sophia Cai est plus attachante, tandis que Cliff Curtis (Fear The Walking Dead…), Robert Taylor (Longmire, Diversion, Kong: Skull Island…) et Rain Wilson (The Office, The Boy…) animent les relations entre les personnages, épaulés par des seconds rôles interchangeables comme Winston Chao pour la caution asiatique, Ruby Rose (Pitch Perfect 3, John Wick 2, xXx: Reactivated…) et ses choix capillaires inquiétants et Page Kennedy (Rush Hour…) en sous-LL Cool J. A noter également, la présence presque caméo-esque de Masi Oka (Heroes, Jobs…), Jessica McNamee (Battle of The Sexes…) en toute transparence et un Ólafur Darri Ólafsson (Le Bon Gros Géant, Le Dernier Chasseur de Sorcières…) plutôt fun.

En conclusion, si le film de requins a encore de belles heures devant lui, En Eaux Troubles s’illustrera dans la catégorie des actes manqués. Jason Statham face à un requin préhistorique de 23 mètres de long, cela vendait du rêve… Un rêve que Jon Turteltaub n’a pas su réaliser à travers un divertissement passable, mais surtout sans risque ni saveur. La MEGa déception ? À tester.

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