[CRITIQUE] Marriage Story, de Noah Baumbach

Le pitch : Un metteur en scène et sa femme, comédienne, se débattent dans un divorce exténuant qui les pousse à des extrêmes…

L’année dernière, le film Jusqu’à La Garde de Xavier Legrand explorait la séparation d’un couple dans un drame éprouvant et violent, nourri par une tension opaque prête à exploser. Avec Marriage Story, Noah Baumbach (The Meyerowitz Stories, Mistress America, While We’re Young…) dissèque une situation plus proche de la normale et pourtant tout aussi bouleversante alors que les protagonistes achèvent de « tomber en désamour ».
L’adage dit que l’on quitte une personne pour les mêmes raisons qui nous ont fait l’aimer. C’est donc avec une lettre d’amour que le film de Noah Baumbach s’ouvre, résumant des années d’une union faite d’osmose, de tendresse et de compromis, avant d’entrer dans le vif du sujet : le divorce. Si la situation parait claire et simple au début, la distance et la volonté d’être présent pour leur enfant va rapidement compliquer puis envenimer les échanges initialement cordiaux.

Sans prendre partie, Marriage Story observe une entente polie mais nerveuse s’étioler à vue d’œil : tous les non-dits et les promesses non tenues qui gravitaient amèrement autour du couple entre en collision, taillés dans de l’acide pour blesser ou pour faire pencher la balance en la faveur de l’un ou de l’autre. Le film prend en considération l’entièreté de ses personnages, avec une authenticité bouleversante qui nous positionne en tant que témoin déchiré et muet d’une tranche de vie aussi dramatique que commune.
Si les hostilités sont à la hauteur de l’amour que se portaient les personnages, Marriage Story est une tranche de vie qui se déroule comme un roller-coaster émotionnel vertigineux qui peut basculer en une seconde de la colère la plus noire et désespérée (Adam Driver, waouh !) à des instantanés salutaires et apaisants. Le film parvient à saisir la complexité d’une bataille injuste qui se juxtapose au rôle de parent que chacun des protagonistes s’efforcent à tenir. J’ai trouvé cela très fin d’avoir réussi à maintenir le jeune Henry à l’écart de ce conflit d’adultes, même si je n’ai cessé de me demander qui serait le vrai perdant dans cette histoire.

Noah Baumbach est méthodique, semblant suivre une partition éprouvée et efficace, avec la finesse et le recul poignant que souvent, seul le vécu peut atteindre – et pour cause, le réalisateur se serait inspiré de sa propre séparation avec Jennifer Jason Leigh, ce qui rend le récit plus intimiste et personnel. Sa réalisation est toujours quelque peu « Woody Allen-esque » avec sa photographie neutre et chaude où même la plus solaire des Los Angeles à l’air d’un New York des années 70, style que j’avais déjà vu dans While We Were Young. La fibre indépendante du cinéma de Baumbach est rehaussée néanmoins par la fluidité de sa caméra, qui survole d’une scène à l’autre avec une aisance fabuleuse, faisant passer les 2h16 du film comme une lettre à la poste.

Au casting, ce sont Adam Driver (The Dead Don’t Die, BlacKkKlansman, Logan Lucky…) et Scarlett Johansson (Avengers – Endgame, Ghost In The Shell, Lucy…) qui animent le récit. Les deux acteurs sont phénoménaux, aussi touchants et justes, mêlant adroitement la performance « actor studio » à des émotions palpables et contagieuses. Mais à choisir, c’est Adam Driver qui m’a le plus émue : peut-être est-ce dû à son gabarit imposant, mais voir ce grand bonhomme littéralement s’effondrer après un accès puissant de rage m’a retournée. Autour d’eux, Laura Dern (Big Little Lies…) est toujours aussi solaire et incroyable, même en avocate féroce, tandis que le film compte également Ray Liotta (Shades of Blue…), Alan Alda (Le Pont des Espions…) ou encore Merritt Wever (Unbelievable…) à l’affiche.

En conclusion, malgré un CV bien rempli, Noah Baumbach reste un de ces cinéastes dont on ne parle pas assez – moi la première (mais c’est parce que je manque d’objectivité sur le talent de sa compagne, Greta Gerwig). Et pourtant, ses tranches de vie sont toujours portées par une authenticité mélancolique qui, au-delà du sujet, se pose comme un constat amer sur le temps qui passe et sa manie de transformer la perception du passé. Avec Marriage Story et le duo merveilleux Johansson-Driver, Noah Baumbach semble signer son meilleur film. À voir.

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