[COUP DE CŒUR] En Attendant Bojangles, de Régis Roinsard

Le pitch : Camille et Georges dansent tout le temps sur leur chanson préférée Mr Bojangles. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Jusqu’au jour où la mère va trop loin, contraignant Georges et leur fils Gary à tout faire pour éviter l’inéluctable coûte que coûte.

Pour son troisième long-métrage, Régis Roinsard choisit d’adapter le roman éponyme En Attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut, sorti en 2016. Pour ma part, je n’avais que moyennement apprécié ses deux premiers films : Populaire avait piqué mon ancienne carrière d’assistante de direction, tandis que j’avais été déçue par le thriller mollasson qu’était Les Traducteurs. En vrai, c’est surtout la présence à l’affiche de Virginie Efira qui m’a motivée à aller voir ce film, et aussi parce que je devinais le traitement sous-jacent autour de la maladie mentale.

En Attendant Bojangles m’a énormément plu. Même si je n’ai pas lu le livre, j’ai vraiment eu l’impression d’être immergée dans cette histoire d’amour passionnée et romanesque, à mi-chemin entre la comédie romantique la plus naïve et la tragédie enivrante d’une pièce de théâtre. De la rencontre improbables entre les deux protagonistes du film, Régis Roinsard tisse une romance aux accents désespérés alors que le personnage de Romain Duris s’efforce de maintenir sa belle, incarnée par Virginie Efira, dans un équilibre éphémère sur le rebord du précipice. Malgré la bonne humeur et la passion ambiante, une tristesse envahissante et insondable va peu à peu ternir le tableau, sous les yeux d’un petit garçon bercé par l’imaginaire de sa mère et d’un époux qui tentera tout pour sauver l’amour de sa vie. Au centre, En Attendant Bojangles anime une femme aux émotions tourbillonnantes et aussi changeantes qu’une météo bretonne, alors que son bonheur insatiable vacille de minutes en minutes sans qu’elle puisse y faire quoique ce soit.

Bipolaire, maniaco-dépressive ou schizophrénique ? Les mots ne sont jamais mis sur le mal qui grignote la douce folie qui berce nos personnages et peu importe finalement, car En Attendant Bojangles se focalise sur la force des émotions qui animent le film et les moments de bonheur volés à la grisaille qui guette. Les sourires francs ou vacillants traversent l’écran, on observe Virginie Efira tantôt comme l’enfant désemparé, tantôt que l’adulte plein d’espoir, jusqu’au moment inévitable de la bascule.
Voyageant entre les années 50 et 60, Régis Roinsard revisite une époque qui lui seyait bien dans Populaire, avant de se réfugier dans une carte postale ensoleillée. Mais ce qui va prolonger ce voyage dans le temps reste l’écriture des dialogues et surtout leur musicalité : au début, c’est surprenant, mais la magie et le choix millimétré de chaque mot ajoute un peu plus de poésie au film. L’ensemble reste lumineux et plein de vie jusqu’au bout, mais les larmes ne sont jamais loin. En tout cas, moi elles m’ont eu en fin de course.

Au casting, Virginie Efira (Adieu Les Cons, Sybil, Un Amour Impossible…) est étincelante et bouleversante, dans son bonheur absolu comme dans ses moments sombres, entre lesquels elle navigue comme sur des montagnes russes. Face à elle, je découvre un Romain Duris (Eiffel, Dans La Brume, Iris…) comme je l’ai rarement vu, loin de son air bourru mais avec un sourire et un regard passionné, avec les nuances nécessaires servir de baromètre émotionnel au spectateur, tandis que le jeune Solàan Machado-Graner permet de maintenir l’imaginaire alors qu’il observe, admire et comprend tant bien que mal ses parents si particuliers. Autour d’eux, Grégory Gadebois (Délicieux, Présidents, Tout S’est Bien Passé…) n’est jamais loin, comme un témoin impuissant mais happé par cette famille hors norme.

En conclusion, je ne m’attendais pas à être autant séduite et bouleversée par ce film et pourtant, En Attendant Bojangles est une excellente surprise. Régis Roinsard met en scène une folle passion ou une passion folle, à travers une rencontre et le choix d’un homme, celui de faire littéralement faire passer le bonheur de la femme qu’il aime avant tout. Une histoire d’amour forcément tragique, mais sublime. À voir.

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