Épouvante-horreur

[CRITIQUE] Insidious: The Red Door, de Patrick Wilson

Le pitch : Afin de se débarrasser définitivement de leurs démons, Josh et son fils Dalton, à présent étudiant, doivent plonger encore plus profondément dans le Lointain pour affronter le sombre passé de leur famille et une multitude d’esprits toujours plus inquiétants qui se cache derrière la Porte Rouge.

10 ans après le dernier film mettant en scène la famille Lambert dans Insidious 2, la saga horrifique revisite ses personnages originaux avec cette suite intitulée Insidious: The Red Door. Né quelques années avant The Conjuring, le premier film Insidious, réalisé par James Wan, s’amusait à donner une nouvelle dimension au mot « cauchemar », à travers l’histoire de ce petit garçon qui ne se réveille pas, car son esprit est prisonnier du « Lointain », cet entre-deux mondes où sont tapis des âmes torturées qui nous guettent en permanence, prêtes à tout pour prendre notre place dans le monde des vivants.

Tout un programme qui s’est étendu pendant 4 films, d’abord avec une première suite toujours centrée sur les mêmes personnages en 2013. Puis James Wan a passé le flambeau à ses copains : Insidious : Chapitre 3 sort en 2015, réalisé par Leigh Whannell et Insidious : La Dernier Clé suit en 2018, réalisé cette fois par Adam Robitel. Ces deux derniers films proposent des récits isolés, qui se déroulent avant le premier Insidious, avec pour point commun la présence de la medium Elise Rainier, incarnée par Lin Shaye, et de ses acolytes Steven et Tucker, incarnés par Leigh Whannell (ouep) et Angus Sampson.

Insidious: The Red Door répond à une question que je me pose assez souvent après avoir vu un bon film d’horreur : comment les personnages arrivent à retrouver une vie normale, une fois le démon (monstre ou autre bestiole) chassé ? C’est dans cette optique que Patrick Wilson prend la relève sur la saga, réalisant au passage son premier film. On retrouve donc la famille Lambert, après un bref rappel de l’issue d’Insidious 2, avant de plonger dans une dynamique peu amène où les démons du passé ont littéralement creusé un fossé invisible mais bien présent entre les personnages.

Patrick Wilson installe un tableau sombre où, malgré les souvenirs effacés, le passé semble encombrer le présent. Les relations père-fils sont à l’opposé de celles découvertes dans les premiers films, et c’est dans cette atmosphère pleine de non-dits que l’intrigue démarre. Insidious: The Red Door installe tranquillement ses ressorts, distillant ça et là, des moments de frissons, tout en évitant de précipiter la narration. Si l’histoire reste relativement attendue, elle se savoure de sursauts en effroi, alors que les personnages se retrouvent confronter à une menace oppressante et dangereuse.

Patrick Wilson peut s’enorgueillir de proposer un film d’horreur à l’écriture solide, qui prend le temps d’installer ses prémices et l’évolution de ses personnages. Insidious: The Red Door joue avec les nerfs du spectateur, à travers des moments de suspens inconfortables et en retardant les jumpscares attendus pour mieux faire monter la pression. Cependant, si l’écriture du film est intéressante, le film pâtit du fait que l’essentiel de son mystère est déjà connu par le spectateur. Alors que les personnages principaux s’échinent à comprendre ce qui leur arrivent, en multipliant des scènes qui vont apporter de savoureux moments d’effroi, l’effet kiss-cool est qu’on sait déjà, de l’autre coté de l’écran, ce qu’ils cherchent à fuir.

En basant toute l’intrigue sur le fait que les héros ont refoulé leurs mémoires et ce qu’ils ont vécu dans les premiers Insidious, le film perd une bonne partie de son élément de surprise pendant les deux premiers tiers du film. Une fois le reveal dévoilé, la dernière partie d’Insidious: The Red Door revisite le même cheminement que dans les films précédents, tandis que le Lointain n’est plus qu’une énième re-plongée dans un vide obscur hanté par des âmes damnées. L’autre bémol du film réside dans la direction des acteurs, notamment Ty Simpkins qui, malgré son look et ses tableaux noirs, a bien du mal à jouer les personnages torturés. Bien que le décalage de sa personnalité face aux événements du film soit compréhensible (entre détachement émotionnel et apathie), l’ambiance inquiétante semble avoir du mal à atteindre un héros un poil amorphe et une comparse qui agit contre toute logique.

Résultat, l’ensemble, malgré un contre-pied intéressant aux storytellings classiques, s’avère un poil décevant et les habitués du genre continueront de bien dormir après la séance. Là où les premiers opus signés par James Wan s’emancipait du format teen horror movie qui séduit tant de studios de cinéma, Insidious: The Red Door y fait de beaux appels du pied en allant jouer sur le terrain universitaire au lieu de rester dans le presque huis-clos infernal qui avait fait le succès des premiers films. Ce nouvel opus perd de sa saveur originale et répond à ma question du départ : que deviennent les personnages qui ont survécu à des attaques démoniaques ? La réponse : des traumas profonds qui se répètent s’il ne sont pas discutés chez un psy !

Au casting, Patrick Wilson (Moonfall, Conjuring : Sous l’Emprise du Diable, Dans Les Hautes Herbes…) est bien plus convaincant en démonologue dans les Conjuring qu’en père de famille angoissé, tandis que Ty Simpkins (Jurassic World, The Whale, Avengers – Endgame…), comme dit plus haut, n’est pas vraiment un bon acteur. Heureusement, Sinclair Daniel (Bull…) parvient à apporter un peu de fraîcheur dans ce film un chouilla opaque. Autour d’eux, Rose Byrne (Physical, Apprentis Parents…) fait quelques apparitions qui semblent plus contractuelles qu’intéressantes, Andrew Astor (The Middle…) a bien grandi et l’ajout de la jeune Juliana Davies n’apporte rien à la choucroute.

En conclusion, Patrick Wilson fait ses premiers pas derrière la caméra et livre Insidious: The Red Door balisé, relativement bien écrit et suffisamment bien rythmé pour créer la tension nécessaire et faire sursauter. Insidious: The Red Door pèche en reposant entièrement sur un mystère déjà connu, rendant le film par moments ennuyeux. Ceci dit, cela peut largement fonctionner si vous n’avez pas vu les précédents films (mais sachez que vous ne démarrez pas par le meilleur chapitre de la saga). À voir.

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