
Depuis quelques temps, les amateurs de films d’horreur se divisent avec un nouveau sous-genre : l’elevated horror (ou prestige horror). Un terme snob pour certains, rafraichissant pour d’autres, mais derrière ce terme se cache un genre (pas si novateur que ça) de films d’horreur qui vont au-delà du jumpscare sonore ou du slasher classique. Flippe en plein soleil, terreur du quotidien, trauma psychologique… Ces films s’émancipent des codes classiques, mettant l’accent sur l’ambiance, la symbolique et le sous-texte.
L’elevated horror tend à explorer des thématiques plus vastes que la simple possession démoniaque, les tueurs en série ou autres créatures improbables. Ceci dit, il ne s’agit pas de mettre ces artifices au placard, au contraire, mais dans l’elevated horror, les codes horrifiques sont utilisés pour animer le véritable sous-texte du film : deuil, maternité, religion, communauté, sexe, normes sociales, etc. Ces films ont souvent une vibe arty voire indé, à la dimension un peu plus psychologique et pleine de métaphores, suscitant souvent le débat et permettant aux plus réfractaires de découvrir le genre sans les cauchemars qui vont avec (ou pas).
Mais alors, est-ce que le film d’épouvante classique est mort ? Bien sûr que non, bien avant cette nouvelle mode, des maîtres de l’angoisse comme Carpenter, Romero, Craven, Cronenberg, Argento ou autre Hooper faisaient déjà de la critique sociale et de la métaphore politique avec du sang, des tueurs et des monstres. Il y a de la place pour tout le monde et les films comme Mister Babadook (2014), It Follows (2014), The Witch (2015), Hérédité (2018) ou encore Get Out (2017) ont permis d’ouvrir une brèche vers une nouvelle façon de frissonner.
D’ailleurs, ces derniers mois ont été riches en frissons, alors que des films comme Sinners, Souviens-Toi l’Été Dernier et Conjuring – L’Heure du Jugement côtoyaient les salles obscures face à Heretic, Évanouis, Substitution ou encore The Woman in the Yard.
Voici une sélection de 10 films estampillés “Elevated Horror” pour pimenter votre Halloween :
(attention, risque de spoilers)
Midsommar de Ari Aster
Le pitch : Dani et Christian sont sur le point de se séparer quand la famille de Dani est touchée par une tragédie. Attristé par le deuil de la jeune femme, Christian ne peut se résoudre à la laisser seule et l’emmène avec lui et ses amis à un festival estival qui n’a lieu qu’une fois tous les 90 ans et se déroule dans un village suédois isolé. Mais ce qui commence comme des vacances insouciantes dans un pays où le soleil ne se couche pas va vite prendre une tournure beaucoup plus sinistre et inquiétante.
Avec Florence Pugh, Jack Reynor, Will Poulter…
En vrai ça parle de quoi ? De deuil, principalement, mais aussi de la place de la famille, dans une communauté (sectaire) et dans le cycle de la vie (comme dans le Roi Lion)
Ce qui rend le film inconfortable : C’est de l’horreur en plein jour, on voit le piège se refermer sur les personnages centraux. Mais entre la scène de la falaise jusqu’au moment où on réalise que les membres de la communauté ne mangent jamais (et que la nourriture est pourrie), le film prend aux tripes insidieusement bien avant que cela devienne graphique.
Trigger Warning : Suicide, sacrifice humain (volontaire ou non)
Avis express : J’en parle souvent, mais plus je le revois et plus j’aime Midsommar. De Florence Pugh aux thèmes explorés, la façon dont certains personnages manquent de respect envers la communauté et puis l’emprise en général me fascine. Le moment où les sacrifiés réalisent ce qui leur arrivent est excellent !
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Longlegs de Oz Perkins
Le pitch : L’agent du FBI Lee Harker, une nouvelle recrue talentueuse, est affectée sur le cas irrésolu d’un tueur en série insaisissable. L’enquête, aux frontières de l’occulte, se complexifie encore lorsqu’elle se découvre un lien personnel avec le tueur impitoyable qu’elle doit arrêter avant qu’il ne prenne les vies d’autres familles innocentes.
Avec Maika Monroe, Blair Underwood, Nicolas Cage…
En vrai ça parle de quoi ? D’héritage familial
Ce qui rend le film inconfortable : L’allure déconcertante de Nicolas Cage est un élément clé, mais avez vous remarqué la silhouette cornue tout au long du film ?
Avis express : Longlegs n’est pas révolutionnaire, mais c’est un film qui a de très bonnes idées (souvent pompées chez les autres, certes…) et qui sait entretenir un certain malaise grâce à son ambiance lugubre et dérangeante.
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It Follows de David Robert Mitchell
Le pitch : Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Abasourdis, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire à la menace qui semble les rattraper…
Avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Jake Weary…
En vrai ça parle de quoi ? De sexe et de maladies sexuellement transmissibles
Ce qui rend le film inconfortable : Lorsqu’on comprend la mécanique du film, on est à l’affût des “suiveurs” et cette appréhension nous suit jusqu’à la dernière image du film.
Avis express : It Follows est sorti en 2014 et a fait l’effet d’une bouffée d’air frais dans un paysage saturé de fantômes, de démons et autres slashers. La métaphore sur les MST et plusieurs scènes réellement flippantes font de ce film un véritable must-see, totalement accessibles pour ceux qui n’aiment pas les films d’horreur classique.
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The Witch de Robert Eggers
Le pitch : 1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation, menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres…
Avec Anya Taylor-Joy, Ralph Ineson, Kate Dickie…
En vrai ça parle de quoi ? Passage à l’âge adulte, indépendance et féminité
Ce qui rend le film inconfortable : C’est la version dark de la “La Petite Maison dans la Prairie” et Robert Eggers joue pas mal avec les images subliminales.
Avis express : Au premier visionnage, j’avais été déçue. Puis je l’ai revu et j’ai complètement accroché à l’ambiance délétère, mystique et angoissante qui contraste avec le passage à l’âge adulte d’une jeune femme qui accède à son pouvoir féminin – jusqu’alors opprimé par la religion strictement imposée par sa famille.
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Mother! de Darren Aronofsky
Le pitch : Un couple voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant leur tranquillité.
Avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris…
En vrai ça parle de quoi ? De religion surtout, et de l’égoisme humain un peu
Ce qui rend le film inconfortable : La violence sourde qui émane du film bien avant les scènes de débauche, la relation déséquilibré entre Lui et Elle. Aronofsky multiplie les métaphores et Mother! se digère en plusieurs fois.
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Saint Maud de Rose Glass
Le pitch : Maud, infirmière à domicile, s’installe chez Amanda, une célèbre danseuse fragilisée par la maladie qui la maintient cloîtrée dans son immense maison. Amanda est d’abord intriguée par cette étrange jeune femme très croyante, qui la distrait. Maud, elle, est fascinée par sa patiente. Mais les apparences sont trompeuses. Maud, tourmentée par un terrible secret et par les messages qu’elle pense recevoir directement de Dieu, se persuade qu’elle doit accomplir une mission : sauver l’âme d’Amanda.
Avec Morfydd Clark, Jennifer Ehle, Lily Knight…
En vrai ça parle de quoi ? De religion et de fanatisme
Ce qui rend le film inconfortable : Le caractère obsessionnel de Maud qui s’inflige des punitions terribles. La scène des punaises vous fera grimacer et la dernière image illustre à merveille le message du film.
Trigger Warning : torture (infligée à soi-même), suicide
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Vivarium de Lorcan Finnegan
Le pitch : À la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement.
Avec Jesse Eisenberg, Imogen Poots, Senan Jennings…
En vrai ça parle de quoi ? Les injonctions sur la vie de couple
Ce qui rend le film inconfortable : Le film cristallise la crainte de tous les jeunes couples, de l’installation en banlieue à la routine de la vie de famille. Tout est imposé par une force invisible, transformant chaque métaphore (creuser sa propre tombe, par exemple) en une réalité cauchemardesque.
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His House de Remi Weekes
Le pitch : Le film suit Bol et Rial, un couple de réfugiés venant du Soudan du Sud, qui ont fui la guerre. Après un terrible voyage, ils arrivent au Royaume-Uni, passent par un centre pour demandeurs d’asile, puis obtiennent un logement dans une maison délabrée dans une banlieue anglaise. Mais très vite, la maison — censée être un refuge — se révèle dangereuse : des phénomènes étranges, des manifestations surnaturelles, et surtout, les souvenirs et traumatismes du passé les hantent presque autant que ce qui se passe dans le présent.
Avec Wunmi Mosaku, Sope Dirisu, Matt Smith…
En vrai ça parle de quoi ? De la prise en charge des réfugiés, les traumas de guerre et la culpabilité d’avoir échappé à l’horreur
Ce qui rend le film inconfortable : C’est évidemment quand on découvre la terrible vérité au sujet de leur fuite et de l’entité qui occupe la maison
Avis express : Sorti en plein covid sur Netflix, His House est passé inaperçu. C’est pourtant un petit bijou noir qui dénonce les conditions de vie des réfugiés de guerre, tout en explorant ce que l’humain est capable de faire pour survivre. À la fois horrible et terriblement triste, la culpabilité ambiante et la tension permanente rendent l’ensemble aussi solide que marquant.
Titane de Julia Ducournau
Le pitch : Après une série de crimes inexpliqués, un père retrouve son fils disparu depuis 10 ans. Titane : Métal hautement résistant à la chaleur et à la corrosion, donnant des alliages très durs.
Avec Agathe Rousselle, Vincent Lindon, Garance Marillier…
En vrai ça parle de quoi ? Le rapport au corps et de la façon dont la grossesse (et/ou son déni) impacte le corps des femmes.
Ce qui rend le film inconfortable : On commence par une jolie nana qui se déhanche sur le capot d’une jolie voiture et on termine par du body horror léger où le corps n’est qu’une matrice dénuée de toute forme de sensualité.
Trigger Warning : Body horror
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Infinity Pool de Brandon Cronenberg
Le pitch : Les vacances d’un jeune couple riche et amoureux, James et Em. Le complexe tout compris, véritable petit paradis, dans lequel ils vont résider propose des visites de l’île et des plages étincelantes. Mais à l’extérieur des portes de l’hôtel, quelque chose de beaucoup plus dangereux et séduisant les attends…
Avec Alexander Skarsgård, Mia Goth, Cleopatra Coleman…
En vrai ça parle de quoi ? D’hédonisme, de caste sociale, de moral et du libre arbitre
Ce qui rend le film inconfortable : La fascination morbide du personnage principale et la façon dont les riches profitent du système.
Avis express : C’est une plongée viscérale dans la complaisance et l’interdit, alors que des personnages trouvent un moyen de laisser libre court à leurs inhibitions les plus folles. Le contraste entre le décor d’un pays (fictif) au régime dictatorial et la façon dont les personnages repoussent les limites de la morale est saisissant, violent et repoussant… jusqu’au moment où la vapeur s’inverse. Le film va jusqu’au bout de son délire, cristallisant l’ennui bourgeois jusqu’à l’extrême.
Trigger Warning : Torture
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