[COUP DE CŒUR] Love, Simon de Greg Berlanti

Chaleureux et attendrissant, Love, Simon prône la tolérance et l’acceptation dans une comédie romantique à la facture hyper classique et sucrée, mais qui touche en plein cœur grâce à sa bienveillance et ses personnages attachants. Usant à bon escient des clichés romcoms, Love, Simon offre un accès « mainstream » et grand public aux histoires d’amour homosexuelles, sans verser dans la revendication ni le drame pesant. Du coup on accroche à cet ensemble hyper accessible et engageant, notamment grâce à des personnages qui génèrent de l’empathie, tout en se distrayant face à une trame certes linéaire, mais criblée de rebondissements et qui assume à fond son happy-end. Greg Berlanti nous offre un film qui apporte du bonheur pour démarrer l’été et vous aussi, vous allez aimer Simon (si, si) !

Le pitch : On mérite tous une première grande histoire d’amour. Pourtant pour le jeune Simon, c’est compliqué. Il a une vie normale, dans une famille qu’il adore, et est entouré d’amis extraordinaires, mais il garde pour lui un grand secret : personne ne sait qu’il est gay et il ne connaît pas l’identité de son premier coup de coeur, avec qui il communique en ligne. Alors que son secret est menacé d’être révélé, la vie de Simon bascule dans une aventure aussi drôle que bouleversante… Ses amis prendront alors une place essentielle pour l’aider à changer sa vie et découvrir le premier amour.

Après une série de sagas « young adult » (jeune adulte) adaptée de romans à succès, suivant les traces d’adolescents faisant face à un monde hostile ou à un parcours dramatique pour illustrer leur émancipation et le passage à l’âge adulte, avec l’adaptation du roman Moi, Simon, 16 ans, Homo sapiens écrit par Becky Albertalli, l’industrie du cinéma explore un autre aspect du genre. En effet, après le succès de Nos Étoiles Contraireses et ses succédanés plus ou moins réussis (La Face Cachée de Margo, Everything Everything…), il semblerait que les dramas adolescents creusant des sujets profonds soit le nouvel Eldorado hollywoodien. Et pour cause, Love, Simon, adapté d’un succès littéraire outre-atlantique, ose un sujet généralement réservé au cinéma d’auteurs, plus indépendants et généralement construit avec un esprit revendicateur, mélodramatique et/ou avec une ambition allant au-delà du simple divertissement. De Moonlight au récent Call Me By Your Name, en passant par La Vie D’Adèle, 120 Battements Par Minutes, Pride ou encore Carol, les films ayant pour héros des personnages homosexuels restent encore cantonnés à un genre (le film à Oscar/César) et public bien catégorisé – ce qui ne gâche en rien leur qualité respective mais contribue, finalement, à faire du sujet une exception, non ?

Le film de Greg Berlanti (scénariste sur Green Lantern et La Colère des Titans, producteur et/ou créateur sur pas mal de séries CW, dont celles du Arrowverse, Riverdale, Black Lightning…) est donc une grande première puisque distribué par un poids lourd (la FOX), devenant ainsi accessible au tout public, tandis que l’objet en lui-même reprend les codes de la comédie romantique classique dans un univers sucré et plaisant. Dès le départ, Love, Simon se démarque avec l’introduction de son personnage principal et de son entourage sorti tout droit d’un catalogue Disney, avec son décors privilégié, cette famille aimante et cette bande de potes solidaires et cools qui coche avec joie le quota de personne de couleur apparaissant en première ligne. Dans un autre contexte, cette surenchère aurait rebuté (recyclant la formule au rang d’un DTV ou d’une comédie lambda malgré son caractère mignonnet, comme The Kissing Booth…), mais le film de Greg Berlanti a un atout de taille dans sa poche en mettant en avant un héros homosexuel qui n’a pas encore fait son coming-out. Et finalement, le choix avisé de proposer ce décor ultra stéréotypé permet au spectateur et à la narration de se focaliser uniquement sur Simon et son histoire. Là où les films suscités multipliaient les cartes contextuelles, Love, Simon dépayse en nous épargnant des trames encombrées par des sujets secondaires (la pauvreté, le racisme, les mœurs de l’époque, la maladie, etc…), si bien qu’il n’y a plus qu’à se détendre devant cette comédie touchante et agréable qui va peu-à-peu grignoter chaque millimètre de votre cœur (oui, oui).
Je préfère vous prévenir, j’ai peur de trop en dire… Mais allons-y !

Visant en plein dans le mille pour une cible qui peut se retrouver dans ce personnage et pour ceux qui succombent à ce genre de comédies romantiques, Love, Simon se développe autour du secret inconfortable du héros qui va finir par lui jouer des tours, entre correspondance anonyme par email et le chantage sournois d’un camarade de classe. Les répercussions de son silence vont le dépasser, entraînant nos personnages dans une série de quiproquos dynamiques, qui vont osciller entre la peur du héros de se révéler au grand jour et un jeu de manipulations entre amis qui anime efficacement la narration. Le film parvient à jongler entre les différents événements, maniant habilement l’humour et la tendresse pour conserver un ton enlevé, sans jamais perdre de vue le dilemme pesant sur le héros. En effet, quand le film prend un tournant plus profond, Greg Berlanti gère le virage avec brio, évitant joliment le pathos pour se resserrer encore plus sur son personnage et ses émotions, proposant ainsi une vision plus intimiste et moins politique que d’autres œuvres ayant le même sujet. Avec un pied dans la comédie, un autre dans le teen drama et un fil rouge autour de la vie affective du personnage principal, Love, Simon parvient à mêler plusieurs sujets avec une approche moderne et souvent conviviale, qui rappelle la recette Disney tant même les « méchants » finissent par pencher du bon coté, tandis qu’une marraine la bonne fée (la prof de théâtre désabusée mais géniale) veille au grain. Habitué à l’univers lisse des teen dramas grâce à son parcours chez CW, Greg Berlanti évite le déluge de bons sentiments et de guimauve, en gardant l’œil sur son objectif (la première grande histoire d’amour du héros), tout en divertissant à travers des rebondissements toujours relativement légers (même quand il s’agit d’un râteau public).

Que l’on soit gay ou non, Love, Simon est une jolie pépite ensoleillée qui s’apprécie à tout âge. En offrant cette belle histoire sur un format aussi classique (rendant finalement à l’homosexualité sa place dans la normalité, au passage), le film parvient à toucher bien plus que les œuvres qui jouent trop la carte de la différence. Grâce à ce personnage qui semble avoir une vie idéale, Greg Berlanti montre que l’intolérance et la peur du rejet sont partout et, surtout, bien réelles. Le film replace ainsi le curseur en refusant de stéréotyper l’homosexualité de façon trop négative et devient, paradoxalement, plus engageant car on s’attache d’emblée à ce Simon maladroit et touchant. Plein d’empathie et de positivité, Love, Simon réussit à faire d’une formule attendue un objet dont la bienveillance traverse l’écran.

Je ne m’étalerai pas sur le final, mais tout ce que je dirais c’est que j’ai pu voir ce film au Grand Rex, et la réaction dans la salle était phénoménale. Si le public était en larmes à la fin d’un film comme Nos Étoiles Contraires, Love, Simon – qui vogue sur des codes similaires, avec une petite touche old school à la College Attitude (les plus vieux comprendront) – procure de la joie.

Au casting, après avoir incarné un adolescent débordant d’hormones dans Jurassic World, avant d’entrer dans l’univers « young adult » avec La 5ème Vague, puis Everything Everything, Nick Robinson est adorable, sincère et excellent dans la peau de Simon. Autour de lui, Josh Duhamel (Transformers : The Last Knight, Battle Creek…) et Jennifer Garner (Ma Vie de Chat, Men, Women and Children…) incarnent des parents idéaux, secondée par la jeune Talitha Bateman (Annabelle 2 : La Création du Mal, Geostorm…). On retrouve également pas mal de visages connus, dont Katherine Langford (13 Reasons Why…) qui, malgré un rôle important, s’avère un chouilla transparente surtout face à une Alexandra Shipp (X-Men Apocalypse, Tragedy Girls…) plus détendue, tandis que Logan Miller (The Walking Dead, Le Dernier Jour de ma Vie…), Keiynan Lonsdale (Divergente 3 : Au-Delà du Mur, The Flash…), Jorge Lendeborg Jr. (The Land, Spider-Man: Homecoming…) ferment la marche.

En conclusion, Love, Simon est un véritable coup de cœur pour plusieurs raisons en une : le choix de narrer une histoire ayant pour héros un personnage homosexuel et de distribuer ce film sur une plateforme grand public, mais surtout parce que le film parle d’amour, tout simplement. Rafraîchissant, souvent plus léger que dramatique, le film de Greg Berlanti a la particularité étonnante de livrer une comédie romantique adolescente aux codes ultra classiques et d’en faire une œuvre attachante et ensoleillée, sans pour autant édulcorer le parcours difficile ni les craintes justifiées de son héros. À voir absolument !

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