[CRITIQUE] S.O.S Fantômes : L’Héritage, de Jason Reitman

Le pitch : Une mère célibataire et ses deux enfants s’installent dans une petite ville et découvrent peu à peu leur relation avec les chasseurs de fantômes et l’héritage légué par leur grand-père.

37 ans après la sortie du premier SOS Fantômes réalisé par Ivan Reitman en 1984, c’est autour de son fils, Jason Reitman de proposer une suite directe du film SOS Fantômes 2 (1989). Si la saga Ghostbusters semble cette fois rester en famille, ce nouvel opus se situe après le film de 1989 et annule complètement le soft reboot féminisé réalisée par Paul Feig en 2016, ce qui est bien dommage car j’avais plutôt appréciée cette version.
Avec S.O.S Fantômes : L’Héritage, Jason Reitman (In The Air, Last Days of Summer, Men, Women and Children…) s’écarte un peu de son registre dramatique habituel pour s’aventurer sur les traces d’une franchise culte dont il a également hérité de par sa filiation avec Ivan Reitman. Héritage, oui et plutôt deux fois qu’une.

Dans ce nouveau récit, Jason Reitman conserve l’ambiance des années 80 à travers un cadre adolescent redevenu à la mode ces dernières années depuis le succès de la série Stranger Things. Avec sa pointe de mystère dès les premières minutes, S.O.S Fantômes : L’Héritage met en place son intrigue à travers une poignée d’adolescents intrépides (mais un poil geek ou nerd sur les bords) et leurs découvertes fantastiques qui vont les amener à affronter de grands dangers. Remplacez les voitures par des vélos, le désert par une forêt et on est en plein dedans.
Evidement, l’ombre de Ghostbusters plane longuement au-dessus du récit : tout en plantant un décor loin l’effervescence de New York, le film s’amuse à faire de nombreux clins d’œil plus souvent destinés à satisfaire les fans qu’à servir un scénario neuf, alors que les héros déterrent les secrets d’un grand-père farfelu (dont l’identité est soigneusement camouflée durant toute la première partie *wink wink* #grossabots). Si l’installation prend son temps, elle est tout de même rendue attrayante par la construction (ou consolidation) d’une diégèse familière qui concilie à la fois la mémoire des personnages et la mémoire du spectateur (s’il a vu les premiers films). Mais soyez rassurez, dans sa grande bienveillance, le film de Jason Reitman rappelle régulièrement ses origines, allant même jusqu’à revisiter des extraits du premier film, pour s’assurer que ceux qui découvrent la franchise ne soit pas perdus en chemin. Et puis ça permet aussi de combler les creux du scénario pour étirer le film (de nos jours, plus film est long et plus il donne l’impression d’avoir des choses à dire).

Cependant, Jason Reitman perd rapidement de sa retenue une fois les premiers fantômes échappés. S.O.S Fantômes : L’Héritage enclenche rapidement la vitesse supérieure et va embarquer ses jeunes héros dans une chasse aux fantômes rythmée, souvent capillotractée mais toujours divertissante si on aime les courses poursuites rocambolesques à ciel ouvert. Pourtant, si l’enjeu semble déborder sur l’entourage et la ville où se situe l’action, le scénario omet trop souvent d’accorder ses violons et utilise les personnages adultes uniquement à des fins commodes pour faire avancer l’intrigue. C’est justement là que l’ensemble perd en crédibilité. À première vue, Jason Reitman anime un film fantastique, fun et boosté par une aventure bondissante, mais c’est en s’attardant un peu sur les détails que l’ensemble perd quelques points.
D’un coté, je peux comprendre les facilités d’écriture pour un film tel que S.O.S Fantômes : L’Héritage, qui doit rester  fidèle à son ambiance à la fois grotesque mais conquérante ; de l’autre, j’ai eu du mal à ignorer les différents loupés scénaristiques : on passe d’une séquence de course-poursuite où de nombreux décors sont détruits à une scène suivante où la vie continue pour les habitants / figurants en arrière-plan comme si de rien était. Certes, l’histoire se place du point de vue des ados, pourtant l’écartement des adultes est parfois trop invraisemblable – surtout lors que des mineurs finissent au poste de police sans aucune conséquence (peut-être que la mère des héros s’en fiche, mais quid des parents du jeune Podcast ?). L’aspect simili-young adult du film s’effrite face au manque de réalisme dans le storytelling, ce qui se fait ressentir durant un ventre mou laborieux qui semble vouloir s’étirer jusqu’au fameux acte final, celui pour lequel Jason Reitman semble avoir réserver toutes ses billes.

Je peux comprendre que le film SOS Fantômes de Paul Feig n’ait pas plus aux fans de la première heure, mais cette version avait le mérite de proposer de la nouveauté (en plus de l’inversion des genres). De son Héritage, Jason Reitman réchauffe du déjà-vu déjà-fait et cherche plus à satisfaire les « vieux de la veille » réfractaires au changement pourvu qu’on retrouve les « vrais » Ghostbusters sur grand écran (même si ce n’est que pour une apparition, avouons-le, un peu tristoune… ça ne rajeunit personne, cette histoire !). Alors oui, c’est un moment cool, mais cela ne permet pas d’excuser le déroulé maladroit et superficiel du film, qui fait bien plus l’effet d’un blockbuster estival que d’un revival légitime d’une saga culte.

En fait, le film de Jason Reitman sur la nouvelle tendance du « requel », autrefois appelé « soft reboot » (ou remoot selon moi) : soit le dernier né d’une franchise qui surf sur le succès du premier film, invite les acteurs originaux dans leurs personnages originaux pour du fan service (sans que leurs présences empiètent sur les nouveaux personnages introduits dans ledit film)… tout en créant une nouvelle intrigue basée sur la même recette initiale. S.O.S Fantômes : L’Héritage coche toute les cases de cet exercice porté par sa tonalité nostalgique et familière qui saura séduire la majeure partie du public, j’imagine. Pour ma part, je trouve que cela ne masque pas la flemmardise du film qui perce à travers ses nombreux rebondissements. Si ce film passe à la trappe, on aura malheureusement l’occasion de reparler du phénomène du « requel » avec les prochains Scream (5) ou peut-être Jurassic World Dominion. Bref, Hollywood n’en a pas fini de réinventer ses fonds de tiroirs.

Au casting, c’est heureusement ce qui permet au film d’être attrayant : si Carrie Coon (The Sinner, Les Veuves, Avengers: Infinity War…) joue les prétendantes au titre de la mère la plus laxiste en 2021 (dans un film), Paul Rudd (Avengers : Endgame, Ant-Man et la Guêpe, Living with Yourself…) apporte de la sympathie et de l’humour adulescent qui fait un excellent pont entre les héros ados et la place réduite des adultes. Sur le devant de la scène, on retrouve une McKenna Grace (Malignant, Annabelle : La Maison du Mal, The Handmaid’s Tale…) convaincante en jeune nerd et un Finn Wolfhard (Stranger Things, The Turning, Ça…) qui grandit sans vraiment proposer autre chose, tandis que Logan Kim fait des premiers pas sympathique sur grand écran, aux cotés d’une Celeste O’Connor (Freaky) secondaire.
Entre hommage et images d’archive, le quatuor original est (presque) de retour, tandis que quelques surprises et caméos sont à prévoir.

En conclusion, malgré son cachet estival et divertissant, S.O.S Fantômes : L’Héritage propose une recette similaire au premier film bien que légèrement modernisé. Jason Reitman se raccroche au potentiel nostalgique et familier de la franchise, ce qui fonctionne en partie grâce à une histoire rythmée par de l’action entraînante. Mais à l’issue de la séance, S.O.S Fantômes : L’Héritage s’oublie comme il est arrivé. À tenter, mais moi j’ai préféré la version de Paul Feig ^^

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