Drame

[CRITIQUE] Spencer, de Pablo Larraín

Le pitch : Le mariage de la princesse Diana et du prince Charles s’est terni depuis longtemps. Bien que les rumeurs de liaisons et de divorce abondent, la paix est ordonnée pour les festivités de Noël au domaine de la reine à Sandringham. Il y a à manger et à boire, à tirer et à chasser. Diana connaît le jeu. Mais cette année, les choses seront bien différentes. Spencer est une illustration de ce qu’il aurait pu se passer pendant ces quelques jours fatidiques.

Presque quatre ans après le sobre Jackie, le réalisateur chilien Pablo Larraín (Ema, Neruda…) s’intéresse à une autre icône féminine qui a marqué les esprits à travers Spencer, un film simili-biographique centrée autour de la princesse Diana. Un exercice complexe puisque Lady Di reste une figure toujours intouchable, teintée par son décès aussi brutal que tragique. Pour ma génération, le parcours de Lady Di ressemble à celui d’un incroyable conte de fée qui a rapidement viré au cauchemar, dont on a cessé d’en découvrir les ramifications à travers des téléfilms, des séries télé dont The Crown ou encore des films tels que The Queen de Stephen Frears ou Diana d’Oliver Hirschbiegel.

Avec Spencer, Pablo Larraín annonce ouvertement son intention d’illustrer un épisode décisif de la vie de Diana, reconstruit à partir des nombreuses sources de témoignages et d’interviews qui laissaient transpirer la vie auprès de la royauté guindée de Grande-Bretagne. C’est donc au détour d’un week-end supposé festif à la campagne, que l’on découvre une Princesse volontairement isolée, à l’affût de la moindre échappatoire pour éviter le regarde et le jugement de sa famille par alliance. Entre traditions, tenues imposées et rigidité ambiante, Pablo Larraín dépeint une véritable prison à ciel ouvert qui s’étire, étouffante et étroitement surveillée par des yeux inquisiteurs. Difficile d’imaginer que le film est si loin de la vérité, Spencer ne fait qu’interpréter les nombreux témoignages entendus autour du quotidien de la Princesse. D’ailleurs, cela fait également écho aux déclarations d’une autre princesse malgré elle, Meghan Markle et son expérience auprès de la famille royale. Du coup, même si Spencer ne repose sur aucun récit officielle, le film semble refléter à la perfection ce dernier week-end pendant lequel la princesse, à bout, atteignait ses dernières limites. La mascarade du mariage et la routine contraignante de la famille royale ne font que grignoter les rares moments de bonheur auquel aspire l’héroïne, coincée à l’intérieur par la surveillance des autres et chassée à l’extérieur par les paparazzis à l’affût du moindre début de scandale. Quel enfer !

Sous la houlette de Pablo Larraín, Spencer s’inscrit comme un drame à la fois polissé et dévoré par une envie d’exploser contenue du bout des lèvres. Le film force à retenir son souffle alors qu’on suit à la trace une femme épuisée, désespérément incomprise et impuissante. J’ai regardé le film et je me suis souvent sentie en colère contre ses geôliers, souvent absents à l’écran mais dont on devine les ordres en sous-sol. Spencer donne envie de remonter le temps et de tendre une main ou de pointer du doigt finalement les ficelles injustes d’une famille engloutie par des siècles de tradition… comme si l’influence des femmes (York, Beaufort, Neuville, Boleyn, Tudor…) dans l’histoire britannique n’avaient pas déjà été des exemples flagrants que les règles exhortée à l’aveugle n’apportaient rarement de bonnes choses. D’ailleurs, en parlant d’une certaine Anne, Pablo Larraín offre un parallèle plutôt intéressant sur la situation de la princesse, entre ce mariage éteint et la surveillance intransigeante d’une cour récalcitrante.

Et pourtant, tout ce conformisme donne également naissance à une œuvre superbe, portée par des décors et des tenues toujours plus sobres et élégants les uns que les autres. Malgré le caractère intimiste, le cadre rappelle régulièrement la grandeur de la propriété royale, de ses jardins immenses à des pièces improbables (comme un garde-manger de la taille de plusieurs studios parisiens). Malgré l’atmosphère en berne du film, Spencer conserve un morceau de rêve à travers cette immersion dans un monde inaccessible qui, malgré ses défauts et ses règles insubmersibles, continue de faire rêver. Si les émotions du film bouleversent, l’esthétisme et les choix artistiques de Spencer séduisent, dessinant, à l’arrivée, un film qui parvient – enfin – à rappeler le souvenir de la princesse Diana, jusqu’à la scène finale libératrice.

Au casting, si l’accent british étonne au début, Kristen Stewart (Underwater, Charlie’s Angels, Seberg…) est formidable et superbe en Lady Di, dont elle parvient à adopter les mimiques et postures sans exagération. Autour d’elle, Timothy Spall (Le Procès du Siècle, la saga Harry Potter…) incarne impeccablement l’ordre royal si bien qu’on pourrait bien le détester tellement il est bon dans ce rôle, Sally Hawkins (La Forme de l’Eau, Paddington…) et Sean Harris (The Banishing, Mission Impossible : Fallout…) offrent de rares soupapes de respiration. Au second plan, Jack Farthing (Poldark, Official Secrets…) incarne le Prince Charles et Stella Gonet joue la Reine Elisabeth II, tous deux sans grand intérêt finalement.

En conclusion, si Spencer est un beau film et semble retranscrire avec brio la prison dorée qui étouffait la regrettée princesse Diana, je recommande tout de même d’être de plutôt bonne humeur avant d’appuyer sur « play ». À voir.

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