
Le pitch : Les Cavaliers sont de retour pour le braquage le plus impressionnant jamais imaginé ! Accompagnés d’un groupe de jeunes magiciens qui espèrent suivre leur trace, ils vont devoir repousser les limites de l’illusion pour orchestrer leur tour le plus spectaculaire : dérober le joyau le plus précieux du monde des mains d’une redoutable organisation criminelle…
Si vous voulez mon avis, le vrai tour de magie, c’est surtout qu’un troisième Insaisissables ait réussi à exister. Parce que pour ma part, je n’ai jamais vraiment compris l’attrait de cette franchise lancée en 2013 par Louis Leterrier : le concept découle de la mode des films de braquages du début des années 2000, imaginé comme un Ocean’s Eleven version « abracadabra », avec des cartes qui volent, des gens qui se transforment en billets et des effets numériques à la place du charme. Sur le papier, ça aurait pu être fun… si on parlait vraiment de magie, et pas d’un déluge d’effets spéciaux.

Le premier Insaisissables faisait plus ou moins le job malgré tout avec son quatuor fringant et la promesse tenue d’une entourloupe finale, même si l’ensemble manquait cruellement de crédibilité. La suite, réalisée par Jon M. Chu en 2016 (oui, oui, le réalisateur de Wicked !), vient appuyer là où ça fait mal, que ce soit par sa réalisation atroce, une overdose d’effets spéciaux au rabais et surtout une intrigue vide qui ne repose que sur du bluff et le caméo d’un sorcier très connu (Daniel Radcliffe). Pourtant, ce n’est pas comme s’il n’y avait pas eu de films solides parlant de magie, je pense notamment aux rivaux de 2006 qui ont su captiver en mettant en scène de véritables tours de passe-passe au cœur d’intrigues bien ficelées : Le Prestige de Christopher Nolan et L’Illusionniste de Neil Burger.

Oui mais voilà, près dix ans plus tard, un troisième chapitre signé Ruben Fleischer (Retour à Zombieland, Venom, Uncharted…) débarque sur nos écrans, promettant “le braquage du siècle” dès l’affiche. Alors oui, on peut dire que c’est un braquage, mais plutôt dans le sens où le film nous vole presque deux heures de notre vie qu’on ne récupérera jamais.
Ce troisième volet coche toutes les cases de la suite opportuniste qui veut ratisser large : on ramène le casting original, on ajoute des petits nouveaux « plus jeunes » pour accrocher une génération qui avait cinq ans à la sortie du premier et on balance de l’esbroufe à la chaîne pour masquer la vacuité du scénario… et l’imbécillité assumée de la mise en scène.

Entre un rideau magique qui cache un loft digne d’un showroom Pinterest (comme si l’humain voyait en 2D et que la perspective n’existait pas), la foule artificielle en délire à Dubaï, les hologrammes, les scènes de démonstration qui ne servent à rien et des acteurs qui oscillent entre cabotinage et cachtonage, Insaisissables 3 essaye de faire tenir son illusion dans une espèce de mash-up indigeste, un truc coincé quelque part entre Ocean’s Eleven et Fast & Furious, avec cette ambition jamais vraiment expliquée de jouer les Robin des Bois.

Le film se lance donc dans une chasse au diamant à travers le monde, face à une héritière aussi méchante qu’un Orangina Rouge (oui, c’est une ref pour les vieux). Et au lieu d’être nerveux et brillant, Insaisissables 3 confond surtout dynamisme et camouflage : ça bouge beaucoup, ça clignote de partout, ça enchaîne les “moments spectaculaires” à base de magie impossible, ça pompe allègrement chez les autres (la pièce qui tourne ? vraiment ?) tout en refaisant du Ocean’s Eleven (jusqu’au Eight). Mais quand on s’attarde un chouilla sur le fond, l’ensemble devient rapidement transparent, bavard et insipide.

Je n’ai jamais réussi à accrocher à ces petits nouveaux simili-GenZ, censés reprendre le flambeau. Ils sont écrits avec une paresse assez affolante, comme des caricatures générationnelles : blasés, trop sûrs d’eux, arrogants… et constamment en opposition avec « les anciens ». Mais le retour des quatuor, pardon, du quintet des deux premiers films ne fait que renforcer cette représentation pleine de clichés, montrant des héros qui n’ont pas bougé d’un iota en dix ans, alors que le film compile des micro-scènes inutiles pour combler les creux, où chacun aura l’occasion de montrer l’étendue de leurs soi-disants talents.

Résultat : la narration sent la naphtaline, tout est daté, prévisible, et pourtant le film tente de nous faire croire à une course contre la montre, dans un monde où la magie serait un phénomène mondial réunissant autant de fans qu’à un concert de Lady Gaga ! Ruben Fleischer prend clairement son public pour des idiots… mais il faut dire qu’il ne fait que poursuivre la tradition des deux films précédents. Ici, la magie est remplacée par des effets spéciaux en libre-service, les dialogues s’étirent à n’en plus finir, et le pire du pire arrive au moment du final. Parce qu’au lieu de conclure proprement, Insaisissables 3 choisit la facilité la plus honteuse : un long speech explicatif, où les personnages viennent littéralement raconter tout le film, étape par étape, pour expliquer comment ils ont fait. Un monologue face à un public soi-disant en délire, comme si c’était normal. C’est aberrant, idiot, flemmard, et franchement navrant. Et le plus beau dans tout ça ? Insaisissables 3 laisse quand même la porte grande ouverte… pour une suite !

Au casting, il y a du monde, mais pas de quoi tomber de sa chaise. Jesse Eisenberg (ex-Lex Luthor le plus détesté de l’univers, A Real Pain, Retour à Zombieland…) revient aux côtés de Woody Harrelson (To The Moon, Sans Filtre, Venom 2…), Dave Franco (Together, Love Lies Bleeding…), Isla Fisher (Wolf Like Me, Bridget Jones : Folle de Lui…) et Lizzy Caplan (Anatomie d’un Divorce, La Maison du Mal…). Tout ce beau monde renfile ses vieilles pantoufles, fait le minimum syndical et vient encaisser son chèque sans vraiment essayer de proposer quelque chose de différent.
Coté petits nouveaux, Justice Smith (Donjons et Dragons, Jurassic World : Fallen Kingdom…), Dominic Sessa (Winter Break…) et Ariana Greenblatt (Borderlands, Barbie, Gamora enfant dans Avengers : Infinity War…) jouent les enfants terribles qui prennent la relève, mais leurs personnages ressemblent surtout à des copies conformes des Cavaliers, version plus jeune et plus agaçante.

Le plus douloureux c’est peut-être de voir Rosamund Pike (I Care a Lot, Saltburn…) livrer une performance atroce et, si vous l’avez vu en VO, un accent insupportable qui ne fait que desservir son personnage. Seul moment de répit : la courte apparition de Morgan Freeman (A Good Person, Braquage à l’Ancienne…) qui peut jouer n’importe quoi sans jamais perdre de sa superbe.
En conclusion, Insaisissables 3 est une suite bruyante et creuse qui confond illusion et poudre aux yeux, sans jamais retrouver le charme (relatif) du premier film. Et le pire, c’est qu’après ce braquage-là… le film ose encore nous promettre une suite. À éviter.

