[CRITIQUE] Uncharted, de Ruben Fleischer

Le pitch : Nathan Drake, voleur astucieux et intrépide, est recruté par le chasseur de trésors chevronné Victor « Sully » Sullivan pour retrouver la fortune de Ferdinand Magellan, disparue il y a 500 ans. Ce qui ressemble d’abord à un simple casse devient finalement une course effrénée autour du globe pour s’emparer du trésor avant l’impitoyable Moncada, qui est persuadé que sa famille est l’héritière légitime de cette fortune. Si Nathan et Sully réussissent à déchiffrer les indices et résoudre l’un des plus anciens mystères du monde, ils pourraient rafler la somme de 5 milliards de dollars et peut-être même retrouver le frère de Nathan, disparu depuis longtemps… mais encore faudrait-il qu’ils apprennent à travailler ensemble.

10 ans, 7 changements de réalisateurs (David O. Russell, Seth Gordon, Joe Carnahan, le duo Adil El Arbi et Bilall Fallah, Shawn Levy, Dan Trachtenberg, Travis Knight) et 2 changements d’acteurs pour le rôle principal (Nathan Fillion, puis Mark Wahlberg…) plus tard : l’adaptation du jeu vidéo Uncharted arrive enfin sur nos écrans. C’est finalement Ruben Fleischer (Venom, Retour à Zombieland, Gangster Squad…) qui décroche le gros lot et propose les premières aventures Nathan Drake, en plus jeune, inspiré par le premier jeu Uncharted: Drake’s Fortune sorti en 2007 sur Playstation. Un pari plus complexe qu’il n’en a l’air, car si le jeu vidéo est une franchise rentable, passer de la console à la salle de cinéma a toujours été compliqué, surtout quand il s’agit d’aventures. Ce ne sont pas les adaptations de Tomb Raider qui démontreront le contraire… Pour frapper fort, les studios Sony Pictures ont sorti ce qu’il avait de meilleur, ou presque, de leurs tiroirs : du choix du réalisateur jusqu’à l’attribution du rôle principal à leur égérie du moment (Tom Holland), en passant par une bande-originale composée par Ramin Djawadi (Game of Thrones, The Eternals..), Uncharted s’annonçait comme un des films incontournables de l’année.

Sans avoir joué aux jeux vidéos éponymes, j’ai découvert un Uncharted facile d’accès, grâce à une introduction qui pose des bases simples (deux jeunes frères orphelins déjà fascinés par un trésor perdu) et un récit attendu. Film pop-corn à souhait, Uncharted bondit d’aventures en aventures aux quatre coins du globe, à la manière d’un Indiana Jones des temps modernes qui se croiserait de temps à autres à l’ombre d’un James Bond juvénile. Des comparaisons de haute volée, je m’en rends compte, mais je vous arrête tout de suite : si le film de Ruben Fleischer fait des accolades visibles à ces franchises cultes, il est loin d’atteindre le même niveau de divertissement.
En effet, Uncharted fait l’effet d’un mash-up de plusieurs films d’action-aventure qui ont fonctionné ces dix dernières années, sans pour autant y apporter de personnalité ni de véritable originalité. La chasse au trésor a beau offrir des rebondissements toutes les cinq minutes, il y a tellement peu de tension ni de surprise qu’Uncharted donne l’impression d’avancer en mode « autopilote ».

Le problème vient surtout du fait que les personnages ne sont pas vraiment attachants : le duo Sully-Drake ne fonctionne pas, on ne sait pas s’il s’agit d’une bromance sans humour ou d’une simili relation mentor-apprenti sans âme, tant les personnages n’ont pas d’alchimie entre eux. Accolée à l’ensemble, la fameuse Chloé n’apporte pas plus de d’intérêt à un trio transparent qui s’agite au gré des événements qui se multiplient à leur encontre. C’est d’ailleurs plutôt étonnant, voire décevant, venant de la part d’un film de Ruben Fleischer qui, habituellement, mise beaucoup sur des personnages fort en caractère. Ici, le trio semble complètement aseptisé, comment des pions avançant sur leur terrain de jeu sans vraiment interagir ensemble. Le film aura beau semer le doute (assez faiblard, d’ailleurs) autour de la disparition du frère du héros et sa relation avec Sully, l’ensemble est si téléphoné que je ne m’y suis jamais intéressée.
Du coup, en dehors des cascades plus ou moins spectaculaires – mais parfois desservies par des fonds verts peu seyants (la scène d’ouverture, par exemple), Uncharted s’avère plutôt fadasse malgré ses efforts. On s’amuse tout juste devant ce film qui, à chaque détour, fait l’effet de déjà-vus : en plus des appels du pieds mentionnés plus haut à Indiana Jones et James Bond, difficile de ne pas retrouver des échos à Mission Impossible (notamment une scène de Rogue Nation), Pirates des Caraïbes (évidemment !) ou même Fast and Furious… Soit des franchises bien en place et doivent leur longévité hollywoodienne à ces fameuses scènes d’action ou d’aventures. Bref, Uncharted arrive trop tard dans la course (et trop tôt dans l’année) pour être à la hauteur de blockbusters du même calibre. L’ensemble manque de charisme et ressemble finalement à un Da Vinci Code testostéroné.
Cependant, les studios ne désespèrent pas : via un Nathan Drake plus jeune que prévu et deux scènes de teasing à la fin et pendant le générique final, Uncharted n’est pas dit son dernier mot.

Au casting justement, si Mark Wahlberg a longtemps été associé au rôle du héros, c’est finalement le jeune et fringuant Tom Holland (Spider-Man: No Way Home, Chaos Walking, En Avant…) qui incarne Nathan Drake dans le film. S’il est intéressant de le voir dans un rôle de héros plus adulte et sans super-pouvoir, j’ai trouvé son personnage plutôt éteint et mécanique. Face à lui, Mark Wahlberg (Apprentis Parents, 22 Miles, Transformers: The Last Knight…) écope du rôle de Sully, un side-kick à l’écriture plutôt floue, ce qui rend la dynamique entre les deux héros plutôt indéfinissables car ils sont sur la même tonalité. Autour d’eux, Sophia Ali (Action ou Vérité, The Wilds…) apporte une touche féminine plus supportable que celle de Tati Gabrielle (You, Les Nouvelles Aventures de Sabrina…) et son personnage manichéen standard. Seul Antonio Banderas (Hitman and Bodyguard 2, Le Voyage du Docteur Dolittle…) tire un peu son épingle du jeu en proposant une personnalité à son personnage.
Quelques surprises sont au rendez-vous, notamment un caméo de Nolan North, le Nathan Drake du jeu vidéo.

En conclusion, dans le registre des films d’aventure pop-corn, Uncharted fait pâle figure. Ni bon, ni mauvais, le film de Ruben Fleischer déborde d’actions et de rebondissements, mais avec l’allure d’un automate mécanique et impersonnel. Ca se regarde, comme on dit. À tenter.

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