[CRITIQUE] Le Chasseur et la Reine des Glaces, de Cédric Nicolas-Troyan

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Dans la catégorie des suites qu’on attendait pas vraiment, Les Chroniques de Blanche-Neige : Le Chasseur et la Reine des Glaces débarque sur nos écrans, quatre ans après le film Blanche-Neige et le Chasseur, un film de Rupert Sanders qui a connu un succès controversé au vu de son ensemble plutôt moyen, notamment grâce au scandale de l’époque autour de la romance entre l’actrice principale, Kristen Stewart (alors promise pour toujours à Robert Pattinson) et le réalisateur (marié). Au-delà des gossips people, les producteurs ont cru bon de préparer une suite, sans Blanche-Neige, mais valorisé par un casting alléchant (qui devrait faire regretter à certains leurs manies de signer des contrats impliquants plusieurs films…). À l’arrivée, Le Chasseur et la Reine des Glaces est un film plutôt joli, bien que déjà vu, mais surtout chiant comme la pluie à cause d’une intrigue en papier mâché qui prend l’eau dès les premières minutes. Bref, l’ennui total rivalise avec l’incompréhension, surtout quand on voit des actrices aussi talentueuses qu’Emily Blunt et Jessica Chastain venir se perdre dans un film aussi pauvret.

Le pitch : Il y a fort longtemps, bien avant qu’elle ne tombe sous l’épée de Blanche Neige, la reine Ravenna avait dû assister, sans mot dire, à la trahison amoureuse qui avait contraint sa sœur Freya à quitter leur royaume, le cœur brisé. Celle que l’on appelait la jeune reine des glaces, à cause de son habilité à geler n’importe quel adversaire, s’employa alors à lever une armée de guerriers impitoyables, au fond d’un palais glacé. Mais au sein même de ses rangs Eric et Sara allaient subir son impitoyable courroux pour avoir enfreint l’interdit : tomber amoureux. Plus tard, à l’annonce de la défaite de sa sœur, Freya envoie ses guerriers récupérer le miroir dont elle est la seule à pouvoir catalyser les sombres facultés. Des tréfonds dorés de la psyché, elle réussit à ressusciter Ravenna. Les deux sœurs vont alors retourner leur puissance maléfique, décuplée par la rage, sur le royaume enchanté. Leur armée s’avèrera désormais invincible…à moins que… les deux proscrits qui avaient jadis trahi la règle d’or, subissant l’exil et la séparation, ne parviennent à se retrouver…

En 2012, le film Blanche-Neige et le Chasseur proposait une nouvelle vision du conte de fées bien connu, proposant un contexte plus sombre et un poil plus guerrier, avec une héroïne moins naïve aidée par un Chasseur bien bourrin et prêt à casser de la méchante sorcière. Seulement, au-delà de son esthétique léchée, le film de Rupert Sanders s’enlisait dans des ficelles trop visibles, en tentant de combiner romance et fantastique dans un ensemble plutôt bancal et à peine rattrapé par une Charlize Theron, avouons-le, magnifique.

En relançant la franchise, avec un nom à rallonge et inquiétant prometteur (Les Chroniques de Blanche-Neige), les producteurs sont bien conscients des rares points forts du premier opus et sont bien décidés à renchérir par dessus. Plus de Kristen Stewart, alors que c’était, à l’époque, l’atout principal du film ? Pfeuh ! Une doublure brune filmée de dos fera l’affaire, afin de tricoter une trame qui se passe avant et après les événements de Blanche-Neige et Le Chasseur. C’est donc le frenchy Cédric Nicolas-Troyan qui, pour son premier long-métrage, a la lourde de tâche de réaliser cette préquelle/séquelle, focalisée sur l’histoire du Chasseur (Chris Hemsworth), permettant ainsi de ratisser plus large. En tant qu’ancien réalisateur de seconde équipe sur le film de Rupert Sanders et Maléfique, de Robert Stromberg, on pourrait penser qu’il a, a minima, appris des erreurs des films pré-cités et trouvé le bon dosage entre romance, action et fantastique… Que nenni, joyeux lecteurs, que nenni.

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Le problème, c’est qu’au bout de vingt minutes dans le film, Le Chasseur et la Reine des Glaces brille par sa transparence, dévoilant un scénario aux fils conducteurs de la taille de poutres dans lesquels on devine rapidement les enjeux. De la trahison que subit Freya, devenant ainsi la Reine des Glaces, à l’histoire d’amour tiédasse du Chasseur, rien ne réussit à réveiller ne serait-ce qu’un soupçon de mystère ou d’intérêt, obligeant le spectateur à attendre (im)patiemment la fin du film en espérant, un minimum, se régaler des images. Malheureusement encore, Le Chasseur et la Reine des Glaces patauge dans la facilité et ne fait que reprendre les artifices du premier opus à grands renforts d’images désaturées et bleuies (bin oui, parce qu’il faut froid chez la Reine des Glaces…). Du coup, le film multiplie les scènes grandiloquentes, amplifiées par une bande-originale bien trop enthousiaste pour souligner le moindre effet spécial, tandis que les personnages rament à travers un périple insipide, péniblement relevé par des tentatives d’humour douteux.

Que reste-t-il donc ? Si j’étais mauvaise, je pourrais suggérer les inévitables comparaisons entre la Reine des Glaces et la Reine des Neiges (en terme de pouvoirs et d’ambiance givrée *badum pssshhh !*), ou encore imaginer un spin-off sur ces nains agaçants qui viennent plomber un ensemble déjà rasoir. Alors que Le Chasseur et la Reine des Glaces se rêvait épopée fantastique et un peu glamour, il ne reste qu’un film plutôt mollasson et prévisible au possible qui pourrait éventuellement distraire les plus sensibles ou amadouer les fans de Chris Hemsworth lorsque celui-ci tombe enfin la chemise, car les seuls efforts visibles reposent sur les costumes des deux Reines, certes magnifiques, mais insuffisants pour camoufler la platitude du film. Cédric Nicolas-Troyan s’embourbe dans une histoire sans relief, semées d’incohérences (des bons dans le temps où seulement certains personnages vieillissent, d’autres non… et puis, fondamentalement, pourquoi Blanche-Neige a-t-elle conservé un miroir maléfique dans sa chambre ??? Surtout quand on sait qui se trouvait à l’intérieur ! Oops, spoiler !), des répliques attendues et des effets spéciaux à la fois peu novateurs et pas vraiment réussis.

Au casting donc, on retrouve le fameux Chris Hemsworth (Au Cœur de l’Océan, Avengers : L’ère d’Ultron…) tout en muscles et en sourires benêts, qui donne le change sans véritable conviction tant son personnage de bellâtre viril et sûr de lui est convenu. À ses cotés, Jessica Chastain (Seul Sur Mars, Crimson Peak…) semble étrangement se plaire dans un rôle insipide (vu ses récentes interviews, il semblerait qu’elle ait été trop éblouie par son partenaire de jeu pour être réellement lucide…), tandis qu’Emily Blunt (Sicario, Edge Of Tomorrow…) est à des années-lumières de son potentiel et que Charlize Theron (Mad Max: Fury Road, Dark Places…) peut compter son charisme pour briller malgré tout. Trois actrices talentueuses, oui, mais desservies par une écriture flemmarde.
À l’affiche également, Nick Frost (Le Dernier Pub…), Sheridan Smith (Galavant…), Alexandra Roach (Mémoires de Jeunesse…) et Rob Brydon (Cendrillon…) s’illustrent tristement dans des rôles de nains, essuyant les plâtres d’un humour parfois douteux, et Sam Claflin (Hunger Games…) vient faire un petit coucou anecdotique.

En conclusion, si Blanche-Neige et Le Chasseur ne vous avait pas marqué, n’attendez rien de cette préquelle/suite prévisible au possible qui ne fait que surfer sur ses acquis en se reposant sur un casting de talents. Le Chasseur et la Reine des Glaces est d’un ennui glacial, oscillant entre le gâchis et la flemmardise. Non, finalement, le plus inquiétant dans tout cela reste le sur-titre « Les Chroniques de Blanche-Neige« … Essayerait-on d’ouvrir une brèche à d’autres films ? À éviter.

Huntsman

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