[CRITIQUE] Crimson Peak, de Guillermo Del Toro

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Noir, envoûtant et fantastique, Crimson Peak est une petite pépite horrifique et fascinante, animée par l’imaginaire d’un réalisateur visionnaire. Le nouveau film de Guillermo Del Toro ressemble à un croisement parfait entre deux de ses réussites : L’Échine du Diable pour le frisson et Le Labyrinthe de Pan pour la beauté remarquable des décors et des costumes. Guillermo Del Toro nous entraîne dans un conte gothique où l’histoire d’amour passionnelle se transforme en un piège cauchemardesque, à travers un scénario abouti et une ambiance glaçante qui ne faiblit jamais. Si je regrette qu’il n’y ait pas eu plus de frissons, Crimson Peak est un véritable tableau vivant où l’esthétisme rencontre l’angoisse dans un ensemble insaisissable, troublant et superbe. J’adore.

Le pitch : Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : « Prends garde à Crimson Peak ». Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse « imagination », Edith est tiraillée entre deux prétendants: son ami d’enfance et le docteur Alan McMichael.

Quand je pense à Guillermo Del Toro, et bien que je sois fan de comics, ce n’est pourtant pas à Hellboy que je pense, ni même au Labyrinthe de Pan (enfin pas tout de suite). C’est d’abord le film L’Échine du Diable (2001) qui me vient à l’esprit, un film d’horreur bien flippant et qui pourtant ne se limite pas qu’à ce genre, en s’imprégnant à la fois d’une époque et de personnages intéressant. En effet, Guillermo Del Toro (Pacific Rim, Mimic, Blade 2, The Strain..) fait partie de ces réalisateurs de talent qui savent conter une histoire et emporter son public dans leurs propres univers. Conte de fées noir sur fond de révolution franquiste, blockbusters explosifs pour héros atypiques… El Maestro ne se cantonne pas à un seul genre, il en exploite toujours ses nombreuses facettes. La preuve avec Crimson Peak, annoncé comme un simple film d’horreur (d’un point de vue marketing, probablement), celui-ci s’avère aller plus loin, non seulement pour ne pas céder à la facilité du jumpscare à outrance (comme beaucoup de films dit d’horreur aujourd’hui), mais aussi parce qu’un film de Guillermo Del Toro n’est pas qu’un film, mais une histoire à part entière qui débute, s’étoffe et se conclue sous nos yeux, comme les chapitres d’un livre, de ceux que l’on dévore avec avidité tant on a envie de s’avoir comment il se termine. Et quand on voit le résultat, on comprend pourquoi le cinéma est un art !

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Les points forts de Crimson Peak, au-delà d’être réalisé par un cinéaste de renom, sont nombreux. Dans une première partie surprenante, le film joue avec nos nerfs avec une introduction semblant entrer rapidement dans le vif du sujet avant de soudainement changer de cap pour s’investir dans une romance presque classique, que Guillermo Del Toro étoffe, tel un joli conte de fées, mais à sa façon. Derrière un triangle amoureux romanesque, Crimson Peak soigne son atmosphère : entre des échanges de regards inquiétants et des pointes d’angoisses écarlates, le film tisse en filigrane une véritable intrigue qui rend cette histoire d’amour naissante bien moins sereine qu’il n’y parait.
Comme prévu, la tendance s’inverse. En changeant de décor, Crimson Peak plonge dans une noirceur soudaine et poisseuse, et s’y enfonce lentement pour notre plus grand plaisir. Guillermo Del Toro ne laisse rien au hasard : le manoir presque en ruines, des personnages inquiétants et des apparitions franchement flippantes… le film fait monter la pression alors que sa jeune héroïne, Edith, se retrouve rapidement piégée dans un monde dont elle ne maîtrise pas les codes. Crimson Peak a tous les atours du film d’horreur mais il s’en dégage pourtant une certaine poésie dans cet ensemble souvent morbide, Guillermo Del Toro saisit la beauté viscérale et crépusculaire de ses personnages, si bien qu’il est impossible de les quitter des yeux. Le réalisateur prend son histoire de fantômes à revers et se focalise sur son héroïne tiraillée entre l’amour et la peur. Du coup, en se détachant ainsi des codes purement horrifiques, les moments d’angoisse sont plus forts, plus surprenants car la violence du secret de Crimson Peak prend au dépourvu et rend ainsi les fantômes plus effrayants. Comme un beau rêve qui vire au cauchemar…

Mais Crimson Peak comptent aussi quelques points faibles. À l’ère des films d’horreur assemblés à la truelle, Crimson Peak fait presque office d’un OVNI et peut étonner. Guillermo Del Toro prend le temps d’étoffer ses personnages et construire une ambiance prenante et solide. Il va même plus loin en donnant un rôle à cette maison étrange qui prend parfois vie (ou non-vie) de façon à la fois curieuse et fascinante, agissant comme un personnage à part entière avec ses secrets et ses recoins menaçants. Cette lenteur peut dérouter et, parfois, le jumpscare est moins efficace et, surtout, l’ensemble de l’histoire est souvent prévisible.
Cependant, tout cela s’équilibre facilement. Crimson Peak regorge d’inventivité et son aspect visuel est probablement son meilleur atout. En effet, Guillermo Del Toro soigne l’esthétique autour du film situé quelque part dans une époque victorienne, les belles robes côtoient des décors gothiques et somptueux, flirtant avec le conte noir et accentuant une atmosphère lourde et angoissante traversée par des apparitions décharnées et sanguinolentes. On est jamais très à l’aise devant Crimson Peak qui entretient savamment une ambiance mystérieuse.

Le dernier point fort du film, c’est aussi son casting. À l’aise dans leur registres respectifs, Mia Wasikowska (Stoker, Only Lovers Left Alive, Maps To The Stars…) incarne parfaitement la jeune aristocrate érudite mais naïve, face à Tom Hiddleston (Thor – Le Monde des Ténèbres, Only Lovers Left Alive…), à la fois plein de charme et de secrets. C’est finalement Jessica Chastain (Interstellar, A Most Violent Year…) qui tient le film sur ses épaules, aussi femme fatale que menaçante, chacune de ses apparitions rehausse la tension du film tant elle est intriguante. Charlie Hunnam (Pacific Rim, Sons Of Anarchy…), quant à lui, écope d’un rôle secondaire et malheureusement accessoire.

En conclusion, Guillermo Del Toro livre un nouveau film à la frontière de l’horreur et du fantastique à travers une romance maudite, tout droit sortie d’un conte gothique. Noir, glaçant et frissonnant, Crimson Peak se démarque surtout par son visuel extraordinaire où les costumes et les décors viennent enchanter une trame parfois trop lente pour convaincre jusqu’au bout. Néanmoins, Guillermo Del Toro prend la peine de construire une histoire aboutie, entre romance et danse macabre, le résultat est envoûtant et j’en suis ressortie ébahie et conquise. À voir !

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