[CRITIQUE] Ferdinand, de Carlos Saldanha

Étonnamment attachant et décalé, Ferdinand propose un film d’animation festif et divertissant. Carlos Saldanha livre les aventures d’un taureau pas comme les autres avec une jolie morale contre la violence, autour du thème de la corrida… sans verser pour autant dans la revendication. Au contraire, Ferdinand vise le divertissement haut en couleurs, avec beaucoup d’humour et une touche de folie. Inattendu et chaleureux, le film de Carlos Saldanha est une jolie surprise pour les fêtes, loin de ses apparences trop mignonettes qui laissaient supposés un film enfantin.

Le pitch : Ferdinand est un taureau au grand cœur. Victime de son imposante apparence, il se retrouve malencontreusement capturé et arraché à son village d’origine. Bien déterminé à retrouver sa famille et ses racines, il se lance alors dans une incroyable aventure à travers l’Espagne, accompagné de la plus déjantée des équipes !

Un film d’animation juste avant Noël dans une thématique hispanique ? Oui, mais là on est à des années lumières de Coco, même si Ferdinand a quelques liens avec Disney.
Après les trois premiers L’Âge de Glace et les deux Rio, Carlos Saldanha reste au soleil avec Ferdinand, l’adaptation d’une histoire écrite par Munro Leaf en 1936. Si elle a longtemps été interdite dans plusieurs pays d’Europe (Espagne, Italie, Allemagne… on ne se demandera pas pourquoi), l’histoire a été adapté par les Studios Disney dans des petits dessins animés et c’est même Walt Disney himself qui incarnait le matador. Aujourd’hui adapté en film, la thématique de Ferdinand reste toujours actuelle, puisque son personnage principal effraie à cause de son apparence massive et dangereuse, alors qu’il refuse d’utiliser la violence qu’on lui impose.

À première vue, avec ses personnages cartoonesques, Ferdinand semble être un film d’animation trop mignon et trop enfantin pour plaire à tous. La première partie du film conforte dans cette idée avec son décor hyper sucré aux couleurs très vives, alors que l’histoire de Ferdinand est racontée sous nos yeux, de la relation avec son père à son échappée belle, en passant par son amour pour les fleurs et la vision biaisée de la tauromachie vue par les animaux. C’est d’ailleurs cette approche qui surprend, étant donné que le public plus mature connait la réalité de la corrida, du coup le film est un peu long à se mettre en place, le temps de s’adapter à son univers vu par les taureaux et que Ferdinand se voit obliger d’affronter son destin, malgré lui.
Heureusement, dès que les personnages se retrouvent, le film de Carlos Saldanha fait une embardée hyper dynamique et révèle son pendant comique et survolté qui va animer la trame jusqu’au bout, avec un vrai effet coup de fouet. Taureaux hauts en couleurs, chèvre déjantée, hérissons malins et chevaux snobs, Ferdinand évolue entre ses protagonistes cocasses à la langue bien pendue et un humour décalé et surprenant, faisant sortir le film de son ambiance trop sucrée pour proposer une trame effervescente et pétillante. Bonne humeur et ambiance garantie, et en même temps comment résister face à un taureau qui twerke ? Ferdinand se démarque à travers son coté parfois absurde qui pourrait perdre un public trop jeune, mais ça a du bon vu que cet aspect le démarque de ses apparences trop mignonnettes (que le design très Disney-like souligne un peu trop, tant les personnages humains semblent tout droit sortis de La Reine des Neiges).

Finalement, Ferdinand n’est pas vraiment pour les tout-petits : très vif, souvent absurde en employant ses thématiques à contre-courant, tels que la corrida et des abattoirs. En gardant son curseur pointé du coté des taureaux, le film de Carlos Saldanha frôle de près la revendication pour la protection des animaux. Mais en y regardant de plus près, le véritable sujet de Ferdinand reste la gestion de la violence et invite ses spectateurs à apprécier ce taureau colossal et a-priori dangereux qui refuse pourtant de se battre malgré ses atouts largement avantageux. Du coup, le matador qui parait comme un vilain classique se révèle finalement être son antagoniste parfait, tandis que la menace de abattoir apparaît comme une ombre planante, étoffant ainsi la bonhomie ambiante. La corrida devient un décor pour révéler les personnalités et non pour juger de l’humanité ou non de la mise à mort sadique des taureaux dans la réalité – Carlos Saldanha laisse son public se faire sa propre opinion sur le sujet et évite brillamment la polémique.

Carlos Saldanha construit son film autour du cœur de son personnage et même s’il a pris quelques libertés avec l’histoire originale et que le début traine un peu la patte, l’ensemble du film est porté par une énergie conquérante et une bande-originale aux sonorités aussi bien latines que contemporaine – dont des chansons composés par Nick Jonas et Juanes – jusqu’à un final plein d’émotions.

Au casting vocal, j’ai vu le film en VO. Les voix de John Cena (Sisters, Crazy Amy…) et de Kate McKinnon (Pire Soirée, SOS Fantômes…) sont les plus remarquables et il faut dire que les choix sont plutôt pertinents entre un ancien catcheur qui, à l’image de Dwayne Johnson et Dave Bautista, n’a pas peur de l’auto-dérision en jouant avec ses apparences et une comédienne à l’aise dans des rôles déjantés. À leurs cotés, Gina Rodriguez (Jane The Virgin…), Bobby Cannavale (Vinyl…), David Tennant (Jessica Jones…) et Anthony Anderson (Black-ish…) animent un ensemble délirant.

En conclusion, alors que je m’attendais à un film d’animation pour tout-petits et trop sucrée, Ferdinand parvient à s’extirper de ses apparences, à l’image de son personnage principal, pour offre un divertissement survitaminé, accrocheur et fun. Une jolie surprise pour cette fin d’année. À voir.

PS : ne manquez la scène post-générique à la toute fin 😉

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