[CRITIQUE] My Beautiful Boy, de Felix Van Groeningen

Façonné à travers les mémoires du père et l’expérience d’un fils, My Beautiful Boy retrace la dérive d’une cellule familiale aux apparences solides. Sensible et porté par un casting formidable, le premier film américain de Felix Van Groeningen explore le sentiment d’impuissance sous toutes ses formes, celle d’un père face à l’addiction de son fils et celle de ce dernier face à sa propre addiction. Steve Carrell et Timothée Chalamet sont bouleversants, malgré une forme narrative redondante qui perd peu à peu en intensité.

Le pitch : Pour David Sheff, la vie de son fils, Nicolas, un jeune homme billant, sportif, à l’esprit vif et cultivé, était déjà toute tracée : à ses 18 ans, Nic était promis à une prestigieuse carrière universitaire. Mais le monde de David s’effondre lorsqu’il réalise que Nic a commencé à toucher à la drogue en secret dès ses 12 ans. De consommateur occasionnel, Nic est devenu accro à l’héroïne et plus rien ne semble possible pour le sortir de sa dépendance. Réalisant que son fils et devenu avec le temps un parfait étranger, David décide de tout faire pour le sauver. Se confrontant à ses propres limites mais aussi celles de sa famille.

Felix Van Groeningen est responsable d’une de mes – non – de ma plus grosse déprime post-film grâce au merveilleux et douloureux Alabama Monroe (César 2014 du Meilleur Film Étranger) qui m’a fait pleurer pendant des heures. Littéralement. J’en parle ici, d’ailleurs 😀
Deux ans après, son film Belgica explorait la relation tortueuse de deux frères à travers leur succès enflammé puis la chute vertigineuse après l’ouverture de leur bar. La famille, le couple, les relations fraternels puis à présent les relations père-fils, Felix Van Groeningen revient avec l’adaptation d’une histoire vraie, My Beautiful Boy, reposant sur deux écrits : les mémoires « Beautiful Boy: A Father’s Journey Through His Son’s Addiction » de David Sheff et « Tweak: Growing Up on Methamphetamines » de Nic Sheff (le fils, donc).

Alors que son fils est tombé dans l’enfer de la toxicomanie et disparait, My Beautiful Boy suit le récit d’un père qui essaie de le retrouver et de le sauver, tout en tentant de comprendre, à travers ses souvenirs, à quel moment tout a basculé. Entre un milieu social relativement aisé et une famille apparemment solide malgré le divorce et le remariage des parents, l’histoire ne ressemble en rien aux faits divers sordides : la drogue a fait son chemin dans la vie de Nick en secret, un adolescent joyeux et curieux qui partageait une relation complice avec son père, est devenu un jeune homme accro à la methamphétamine, rongé par la peur de l’échec et un sentiment d’abandon qu’il a couvé en secret depuis l’enfance. Felix Van Groeningen s’appuie sur les mémoires d’un homme partagé entre l’incompréhension, l’espoir et son incapacité à sauver son fils, rendant son combat à la fois bouleversant et vain.

Comme mentionné plus haut, My Beautiful Boy s’appuie sur deux récits et c’est ce qui fait défaut au résultat général. Contrairement au tout récent Ben Is Back de Peter Hegdes qui se positionnait du point de vue de la mère, interprétée par Julia Roberts, le film de Felix Van Groeningen choisit de compléter le récit du père avec des bribes de l’expérience du fils, afin de véhiculer le désarroi de chacun et probablement tenter de percer le pourquoi du comment ce garçon pourtant solaire a pu sombrer à ce point. Cependant, si l’histoire est presque la même, le film m’a perdue en cours de route à force de multiplier points de vue, allers-retours et flashbacks pour étoffer une narration en dents de scie et qui tire souvent vers le mélo. De retrouvailles en rechutes, My Beautiful Boy est autant porté par l’émotion que la répétition. Là où Ben Is Back se focalisait sur un épisode précis et une période d’environ 48 heures, le film de Felix Van Groeningen s’étale peut-être un peu trop sur l’enfance et le parcours de Nic.

Certes, le traitement narratif permet de voir les répercussions sur chaque personnage : la solidité des relations s’effrite au fur et à mesure que les mensonges dévorent une cellule familiale aux apparences solides, la méfiance, le doute et le découragement s’amoncellent de toutes parts, tandis que le sentiment de honte est perceptible à chaque retour du jeune homme. Tous ces détails rendent My Beautiful Boy souvent douloureux et surtout sincère, doublé d’un message fois préventif accessible à tous et, peut-être, un peu d’apaisement pour ceux qui feraient face à situation similaire. En effet, loin de faire dans le sensationnel, Felix Van Groeningen appuie là où ça fait mal : l’incapacité d’un parent à pouvoir sauver son enfant, quoiqu’il fasse, et la difficulté de mettre des mots sur la peur constante d’une mauvaise nouvelle. Un constat lourd et pesant qui prend à la gorge chaque personnage dans cette traversée du désert.

Cependant, en voulant tout exprimer à la fois, l’impact du sujet s’essouffle rapidement. Je pense que My Beautiful Boy aurait dû n’adapter que les mémoires du père, ou a minima se cantonner à un seul récit. Si le parcours du père et du fils sont complémentaires, en soi ce sont deux expériences et points de vue totalement différents. En privilégiant les mémoires de David Jeff et en ajoutant quelques scènes ou éléments visiblement extraits du livre de Nic Jeff, le film devient incomplet, attisant inutilement la curiosité du spectateur sur ce qui l’a poussé à se droguer et ce qu’il vit véritablement quand il disparaît au lieu de conserver le père et sa façon de vivre cette tragédie au centre de l’histoire générale. De plus, ces manques deviennent frustrants et, malgré les performances bouleversantes des acteurs, la sauce ne prend pas complètement, finissant par s’épaissir à force de trop mijoter dans son jus sans aboutir à l’ébullition attendue. C’était la métaphore culinaire du jour 🙂

Au casting donc, Steve Carrell (Bienvenue à Marwen, Battle of the Sexes, The Big Short…) incarne cet homme désemparé qui va subir un véritable rollercoaster émotionnel entre espoir et capitulation. Une performance solide, à la hauteur de cet acteur accompli qui est aussi à l’aise dans la comédie que dans le drame le plus poignant. Face à lui, Timothée Chalamet (Call Me By Your Name, Lady Bird, Hostiles…) livre une interprétation juste et complexe de cet adolescent fragile et à fleur de peau.
À l’affiche, on retrouve également l’adorable Jack Dylan Gazer (Ça, Me, Myself & I...) qui joue Nic plus jeune, ainsi que Maura Tierney (The Affair…) et surtout Amy Ryan (Agents Presque Secrets…), ce qui, pour les fans de la série The Office, a une dimension toute spéciale.

En conclusion, ce que My Beautiful Boy perd avec ces choix narratifs qui effilochent la tension dramatique en cours de route, le film le récupère grâce à ses deux acteurs principaux, Steve Carrell et Timothée Chalamet, qui parviennent à donner la profondeur nécessaire à cette relation père-fils en pleine décomposition. À voir.

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