[CRITIQUE] Nobody, d’Ilya Naishuller

Le pitch : Hutch Mansell est un homme apparemment banal et un père de famille sans histoires, mais il accumule tout un tas de frustrations et ne se sent pas assez considéré par les siens. Une nuit, des cambrioleurs s’introduisent à son domicile. Plutôt que de s’interposer, Hutch décide de ne pas intervenir. Cette décision lâche l’éloigne définitivement de son fils Blake et de sa femme Becca. Mais le cambriolage va aussi réveiller des instincts primaires et des compétences violentes qu’il croyait avoir oubliés. Il va alors se lancer dans une quête sanglante de vengeance pour s’assurer que plus personne ne le traite comme un moins que rien.

A première vue, Nobody ressemble à des dizaines (au bas mot) de films du même gabarit : le père (ou la mère) de famille sans ombrage qui, après une mauvaise rencontre, vire à 180 degrés pour se venger. Death Sentence, Peppermint, Death Wish ou n’importe quel film de Jean-Claude Van Damme dans les années 80-90 peuvent servir d’exemple. Pourtant, le film d’Ilya Naishuller est plus surprenant qu’il y parait et bien plus fun qu’attendu.

Après un premier film remarqué, Hardcore Henry (2015), le réalisateur russe revient avec un film d’action noir et décalé à la prise de vue plus classique mais tout aussi habité par une forme pêchue et parfois imprévisible. Ayant vu ce film juste après avoir vu Un Homme en Colère de Guy Ritchie, j’ai retrouvé dans Nobody le fun plutôt couillu qu’il m’avait manqué chez Ritchie. En effet, si la première partie pose des bases familières, plus le film avance et plus on en découvre un peu plus sur ce père de famille poussé à bout. Pétage de plomb ou échappée folle de son purgatoire banlieusard, le récit d’Ilya Naishuller joue la carte des apparences pour explorer les penchants violents de ses personnages et transforme son héros en action man atypique.

Au-delà de son déroulé, Nobody se démarque par son ton cynique et son humour noir à travers cet homme désabusé et un format aux codes atypiques qui rappellent les débuts américains d’un autre réalisateur russe, à savoir Timur Bekmambetov avec Wanted. Un peu comme un John Wick qui se relève pantelant après un affrontement musclé, le héros d’Ilya Naishuller conquiert avec son ambition jusqu’au-boutiste et ses combats à mains nues à la violence explicite. D’ailleurs, ce n’est pas étonnant de retrouver David Leitch (Hobbs and Shaw, Deadpool 2, Atomic Blonde et le premier John Wick) à la production car beaucoup de scènes de baston rappellent cette fameuse scène dans Atomic Blonde où les personnages sont ensanglantés, blessés et épuisés. Pour ma part, même si j’affectionne les blockbusters, j’apprécie aussi ce genre de films d’action poisseux et sans retenue qui montrent une violence qui tache et non un héros qui donne des coups de boule à un mur en béton sans avoir le moindre bleu (hello Fast and Furious (5)).

Bref, j’ai passé un bon moment devant ce délirant Nobody qui échappe au déjà-vu pour créer la surprise – même s’il fait un peu écho à un certain Taken quand le twist prend forme (mais j’en dis peut-être un peu trop). C’est très probablement grâce à Bob Odenkirk (Better Call Saul, Les Indestructibles 2, Séduis-Moi Si Tu Peux…) qui incarne parfaitement cet homme routinier et las au début du film. J’aime aussi le fait qu’il ne se transforme pas totalement quand il devient le point vengeur de sa famille, l’acteur distille le coté affable et trop calme dans la froideur grandissante de son personnage, du coup, on n’a pas l’impression d’avoir affaire à un schizophrène.
Autour de lui, Alexeï Serebriakov (Coma, Leviathan…) joue les méchants russes, Connie Nielsen (Wonder Woman 1984, Bloodline…) est la touche féminine tandis que RZA (L’Homme aux Poings de Fer, The Dead Don’t Die…) fait un passage remarqué. Mais c’est surtout la présence de Christopher Lloyd, l’inoubliable Doc de Retour Vers Le Futur, qui vole parfois la vedette alors qu’il s’éclate visiblement dans son come-back musclé et jubilatoire.

En conclusion, je n’attendais rien et… j’ai été agréablement surprise ! Coup de poings, de tessons de bouteilles et de folie, le film d’Ilya Naishuller arrive en avance pour ouvrir la saison des blockbusters avec un film d’action sagement déjanté avec son Nobody fort en gueule. A voir !

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