Comédie, Drame

[CRITIQUE] Les Banshees d’Inisherin, de Martin McDonagh

Le pitch : Sur Inisherin – une île isolée au large de la côte ouest de l’Irlande – deux compères de toujours, Padraic et Colm, se retrouvent dans une impasse lorsque Colm décide du jour au lendemain de mettre fin à leur amitié. Abasourdi, Padraic n’accepte pas la situation et tente par tous les moyens de recoller les morceaux, avec le soutien de sa sœur Siobhan et de Dominic, un jeune insulaire un peu dérangé. Mais les efforts répétés de Padraic ne font que renforcer la détermination de son ancien ami et lorsque Colm finit par poser un ultimatum désespéré, les événements s’enveniment et vont avoir de terribles conséquences.

5 ans après l’excellent Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance, Martin McDonagh (Sept Psychopathes, Bons Baisers de Bruges…) revient avec une nouvelle comédie dramatique à l’amertume prononcée, Les Banshees d’Inisherin ou la dissection d’une fin d’amitié, déjà récompensée par trois Golden Globes et fraîchement nommée aux Oscars 2023.
Mais alors, qu’est-ce qu’une « banshee » ? C’est une créature mythologique, souvent féminin telle une fée, dont les cris présagent la mort. Ainsi, derrière son intitulé folklorique, Martin McDonagh ne laisse planer aucun doute sur la tonalité de son récit.

À la fois grinçant, parfois drôle et touchant, Les Banshees d’Inisherin observe la rupture entre deux vieux amis de toujours, comme une forme de fatalité inexorable déclenchée par une décision cruelle et égoïste, malheureusement très humaine. Comme souvent dans ses films, Martin McDonagh opte pour une tonalité brute, où l’énergie masculine se grise face au cynisme caustique de ses personnages. Dans les paysages sauvages de sa terre irlandaise d’origines, Les Banshees d’Inisherin dresse le portrait éraflé d’âmes solitaires et taciturnes, éloigné des vicissitudes du continent. Comme un huis-clos à ciel ouvert, Martin McDonagh isole ses personnages pour se concentrer sur une dynamique teintée de solitude et de regrets.

Si son précédent film s’articulait autour d’une tragédie violente, Les Banshees d’Inisherin préfère aborder un autre sujet, tout aussi violent, plus accessible, celui de l’amitié perdue. En effet, nous avons tous (ou presque) connu une amitié qui s’est terminé de manière abrupte, sans explication ou avec un motif paraissant irrationnel. Les amitiés féminines sont souvent stigmatisées pour cause d’émotions trop présentes, pourtant Martin McDonagh propose une vision aussi peu avantageuse des relations entre hommes, où la communication saine est remplacée par un excès d’orgueil et l’esprit buté de ses protagonistes.

Le récit parvient à amuser malgré les décisions saugrenues et jusqu’au-bout-istes de ses personnages, qui vont aller jusqu’à des extrêmes plutôt de discuter. Petit à petit, l’obstination de ce conflit au détriment du personnage de Colin Farrell finit par toucher et attendrir. L’effet cocasse du début laisse place à une ambiance de plus en plus lugubre alors que le tableau se précise. De ses décors aux personnages secondaires, Les Banshees d’Inisherin s’enfonce dans une tristesse fataliste, que Martin McDonagh capte à chaque plan, comme ces rayons de soleil qui viennent s’éteindre dans les vallées irlandaises où cohabitent des figures fantomatiques et des vieux grigoux en fin de parcours. Illustrés de métaphores et portés par une écriture ainsi qu’un casting tout aussi excellent, les « banshees » du film annoncent la fin de route et de toutes choses, semble-t-il, alors que la jeunesse (la relève) a disparu et que l’espoir de renouveau a pris la fuite.

Au casting, Colin Farrell (The Batman, Dumbo, The Gentlemen…) retrouve Brendan Gleeson (The Comey Rule, La Balade de Buster Scruggs, Live By Night…), presque quinze ans après Bons Baisers de Bruges. Si le second joue bien son personnage bougon et buté, c’est Colin Farrell qui tire la couverture à lui à travers son personne certes un peu simple mais attendrissant, alors qu’il cherche à retrouver les faveurs de son seul ami. Autour d’eux, Barry Keoghan (Les Éternels, Chernobyl…), Kerry Condon (Bad Samaritan, voix de FRIDAY dans le MCU depuis Avengers – l’Ère d’Ultron..) et Pat Shortt (Queen and Country…) animent les rôles secondaires, tandis que Sheila Flitton hante funestement la toile de fond.

En conclusion, alors que je m’attendais à rire jaune, j’ai été surprise par l’amorce sombre que prend le film en cours de route. Les Banshees d’Inisherin observe une rupture amicale bouleversante dans un ensemble qui se délite lentement vers le déclin et l’oubli. Martin McDonagh signe un film doucereux, amer et inexorablement triste. À voir.

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