[CRITIQUE] How To Talk To Girls At Parties, de John Cameron Mitchell

Petit OFNI (Objet Filmique Non Identifié) fantasque, le nouveau film de John Cameron Mitchell défriche les sentiers battus à travers le choc des cultures entre un échantillon punk et des créatures curieuses. Souvent lunaire, plutôt original et étonnant, How To Talk To Girls At Parties parvient à conjuguer l’effervescence libératrice et expressive des années 70 au détour d’une rencontre aussi étonnante que touchante. Poétique et lumineux, l’expérience est aussi déroutante que fascinante, grâce à son empreinte artistique et esthétique qui bouscule les codes. Jolie découverte !

Le pitch : 1977 : trois jeunes anglais croisent dans une soirée des créatures aussi sublimes qu’étranges. En pleine émergence punk, ils découvriront l’amour, cette planète inconnue et tenteront de résoudre ce mystère : comment parler aux filles en soirée…

7 ans après Rabbit Hole, John Cameron Mitchell fait son retour au grand écran en passant par la grande porte : How To Talk To Girls At Parties était présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes. Adapté du roman de Neil Gaiman (Coraline, Stardust, American Gods…), l’histoire s’inscrit dans un quartier londonien, Croydon, en pleine révolution punk, habité par trois adolescents en quête de sensations fortes, de mœurs à bousculer et, bien sûr, de filles à draguer. Au détour d’une nuit anodine, il rencontre des personnages qui vont les entraîner dans une aventure à la fois fantasque et parfois inquiétante, alors que des cultures que tout opposent s’entrechoquent.

Extrêmement déroutant, il m’a fallu un moment pour comprendre ce qui se jouait sur mes yeux, mais cela ne m’a pas empêcher d’accrocher d’emblée à l’univers farfelu de John Cameron Mitchell. Avec une ambition artistique débordante, How To Talk To Girls At Parties explore son contexte jusque dans les moindres de détails, jouant de chaque opposition pour faire naître les besoins similaires de ses protagonistes malgré leurs indiscutables différences. Des choix musicaux (et sonores !) jusqu’à la mise en scène, le réalisateur entretient une précision artistique pointue qui fait sortir l’ensemble du lot, créant des us et coutumes totalement décalés d’un coté tout en absorbant un contraste ahuri de l’autre. Les trois adolescents deviennent ainsi le miroir du spectateur, oscillant entre l’inquiétude, l’adhésion et la curiosité, à différents niveaux. L’obscurité un poil glauque et agressif du mouvement punk versus la froideur élégante et lumineuse de ces « touristes » attise la curiosité, tout en créant un décor piqué de fantaisies souvent absurdes mais toujours délicieuses.
Absurdes oui, car si le film choisit d’affronter ces deux cultures, il a pour but d’explorer la surface pour décortiquer la nature même de ses personnages. Entre amours naissantes et rébellions face aux règles établies, How To Talk To Girls At Parties choisit judicieusement son contexte et l’adolescence de ses personnages pour narrer le passage à l’âge adule, l’expérience ultime qui fait disparaître l’enfance à tout jamais. En allant plus loin, le film de John Cameron Mitchell souligne avec élégance le besoin viscéral d’individualité et de reconnaissance qui se tapie en chacun, même à travers un mouvement aussi marginal et irrévérencieux que le punk ou aussi sectaire et codé qu’une culture atypique.

Comédie dramatique mixée à de la science-fiction, How To Talk To Girls At Parties conjugue admirablement les genres. La noirceur et la dureté ambiante s’adoucit au contact d’une héroïne pétillante et avide de découvertes, tandis qu’à l’inverse le monde lyrique et fluo des autres révèlent ses travers radicaux. Autant de métaphores aussi bien visuelles que sonores qui trouvent un écho à travers le temps jusqu’à atteindre notre époque actuelle, ballottée en des courants similairement opposés.
Cependant, malgré tous ces compliments, il faut toutefois noter que le film de John Cameron Mitchell n’est pas accessible à tous le monde. D’une part parce que l’histoire n’abat jamais frontalement ses cartes, comme le font la majorité des films actuels, laissant la place à l’imagination, et surtout aux questions ; d’autre part, parce que le traitement narratif est très lunaire, ponctués par des chorégraphies et des sons inhabituels, ainsi que des détours souvent ubuesques !

Au casting, Alex Sharp (To The Bone…) est attachant mais surtout bien entouré : Elle Fanning (Les Proies, Live By Night, 20th Century Women…) est toujours aussi parfaite et juste même dans un personnage aussi étrange, oscarisée pour son rôle dans Rabbit Hole, Nicole Kidman (Big Little Lies, Les Proies, Lion…) est géniale en reine punk et Ruth Wilson (The Affair, Suite Française, Dans L’Ombre de Mary…) est agréablement méconnaissable en chef de troupe tout en latex.

En conclusion, le film de John Cameron Mitchell peut dérouter, voir rebuter à cause de son caractère insaisissable, mais si on se laisse embarquer dans l’inconnu, How To Talk To Girls At Parties est un voyage rafraîchissant, sublime et original. À voir !

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