Épouvante-horreur

[CRITIQUE] Abigail, de Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett 

Le pitch : Suite au kidnapping de la fille d’un puissant magnat de la pègre, un groupe de criminels amateurs pensaient simplement devoir enfermer et surveiller cette jeune ballerine afin de pouvoir réclamer une rançon de 50 millions de dollars. Retirés dans un manoir isolé, les ravisseurs commencent mystérieusement à disparaître, les uns après les autres, au fil de la nuit. C’est alors qu’ils découvrent avec horreur, que la fillette avec lesquels ils sont enfermés n’a rien d’ordinaire.

5 ans après Wedding Nightmare et deux Scream plus tard, le duo Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett est de retour avec Abigail, une comédie d’horreur à l’espièglerie sanglante. Présenté comme un remake partiel du film La Fille de Dracula réalisé par Lambert Hillyer en 1936, Abigail virevolte aisément dans la longue lignée des petites filles de cinéma plus flippantes les unes que les autres. Certes, la promo autour du film ne laisse aucune surprise quand à la véritable nature d’Abigail, mais Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett parviennent à proposer un récit suffisamment relevé pour maintenir en haleine.

En effet, au détour d’un kidnapping, six criminels se retrouvent enfermés dans une grand maison avec leur proie. Abigail parvient à ne pas trop brûler les étapes en s’intéressant d’abord à ses personnages, assumant dès le départ leurs portraits caricaturaux. De la musique et des gros titres imprimés sur l’écran en plus, et j’aurai pu croire à une nouvelle version du film Suicide Squad (celui de David Ayer). Heureusement, le duo Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett va à l’essentiel, juste pour donner un aperçu de la dynamique du groupe. S’il ne s’agit pas d’amis qui ont loué une baraque perdue dans la pampa, Abigail reprend les stéréotypes de ce genre de films, ajoutant le cadre légèrement oppressant de la maison et l’effet hui-clos pour terminer d’installer une atmosphère méfiante, en attendant que la véritable nature d’Abigail se révèle.

À l’image de Wedding Nightmare, le film Abigail est un savoureux mélange de comédie noire et d’explosions sanguinolentes. Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett revisite le mythe du vampire à travers d’un jeu du chat et de la (les) souris gentiment sadique où la jeunesse du personnage d’Abigail contraste avec son tempérament cruel et rusé. Si l’histoire abat des jalons attendus, à savoir l’élimination de 50% du casting un par un par exemple, Abigail parvient à rendre cette partie de chasse amusante pour les amateurs du genre, en proposant des scènes étonnantes et un poil gore. De plus, le point de vue ne cesse d’osciller entre les camp : si Abigail est la vraie menace, son personnage devient curieusement attachant et donne envie de voir jusqu’où elle va aller pour atteindre de son but, mettant ainsi le spectateur au centre.

En effet, devant la menace rapidement incontrolâble, les autres personnages sont pris par leurs volontés de survivre et cela va ajouter quelques tensions réjouissantes entre eux. Résultat : vrais méchants, faux méchants, alliances et manipulations s’ensuivent et permettent au film d’éviter les pièges attendus et de proposer un divertissement plutôt solide et attractif. Le survival et l’esprit de vengeance (fondé ou non) cohabitent dans un huis-clos réussi, tandis que ’image enfantine du vampire donne du piquant aux affrontements. Abigail propose un face-à-face mortel, aux accents déjantés qui allient savoureusement l’humour noir, des tueries sauvages et de l’hémoglobine en veux-tu en voilà.

On est certes loin de la flippe de l’année, mais Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett font à nouveau preuve d’originalité dans un paysage horrifique qui se répète trop souvent. Si vous avez aimé Wedding Nightmare ou encore les films comme Happy Birthdead ou encore M3GAN (forcément), Abigail devrait assouvir votre envie (passagère ou non) de personnages féminins aux apparences plus ou moins innocentes et couvertes de sang, prêtes à en découdre (pour tuer ou pour se sauver, peu importe). Après La Malédiction : Les Origines ou encore Late Night With the Devil, ça fait plaisir de voir quelques films d’horreur qui savent s’inspirer des codes pour les dépoussiérer. Ceci dit, j’attends toujours celui qui me fera frissonner cette année, je crois que ça n’est pas arrivé depuis Barbare de Zach Cregger (disponible sur Netflix, mais sorti sur Disney+ en 2022 pour Halloween).

Au casting, le duo de réalisateurs retrouve Melissa Barrera (Scream, Scream 6…) pour porter le camp des humains, face à la jeune Alisha Weir (Mathilda – la comédie musicale, Scandaleusement Vôtre…), satisfaisante en fillette vampire bien trop revancharde. Dan Stevens (Godzilla x Kong : Un Nouvel Empire, Legion, The Rental…), Kathryn Newton (Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, Freaky, Ben Is Back…) et William Catlett (Lovecraft Country…) complètent un ensemble piqué par ses nombreux clichés mais je retiens surtout le personnage de Kevin Durand (Dangerous, Locke and Key…) – visiblement toujours marqué par son passage sur La Planète des Singes – qui m’a fait rire. Giancarlo Esposito (Le Labyrinthe, Le Livre de la Jungle, The Boys…), affiché comme la plus-value du casting, ne fait que des apparitions presques caméo-esques, tandis que Matthew Goode (The Offer, Official Secrets, Downton Abbey…) est une bonne surprise (comme un écho au film Stoker de Park Chan-wook).
À noter également, qu’il s’agit de l’une des dernières apparition d’Angus Cloud (Euphoria…), décédé en 2023. Le film lui ait dédié.

En conclusion, Abigail est une comédie d’horreur efficace et divertissante, offrant un mélange savoureux de suspense et d’humour noir. Les réalisateurs Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett signent un film qui plaira aux amateurs du genre, même s’il ne révolutionne pas l’horreur et ne devrait pas causer beaucoup de cauchemars. À voir.

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