[CRITIQUE] Vice, d’Adam McKay

Le pitch : Fin connaisseur des arcanes de la politique américaine, Dick Cheney a réussi, sans faire de bruit, à se faire élire vice-président aux côtés de George W. Bush. Devenu l’homme le plus puissant du pays, il a largement contribué à imposer un nouvel ordre mondial dont on sent encore les conséquences aujourd’hui…

En 2015, Adam McKay (Very Bad Cops, Légendes Vivantes…) livrait le discutable The Big Short, jugé comme un coup de poing électrisant par certains et une bonne supercherie gonflée à l’esbroufe par d’autres – dont je fais partie. Bruyant et creux, le dernier film d’Adam McKay m’avait laissée de marbre et je ne me suis donc pas précipitée pour découvrir Vice.

Retraçant le parcours de Dick Cheney, de sa jeunesse endiablée à la fac jusqu’à son ascension incroyable à la Maison Blanche et les événements qui ont découlé du 11 septembre, Vice est un vrai-faux biopic au ton satyrique qui a pour volonté de dresser le portrait d’un homme cynique et secret, d’un point de vue clairement libéral, évidemment. Adam McKay a bien fait ses devoirs : pour signer également le scénario, le réalisateur a mis la main sur toutes les biographies et autres écrits possibles pour tenter de cerner un homme à la discrétion notoire. Un projet ambitieux qui parvient à susciter la curiosité mais qui m’a tout de même laissée très sceptique, aussi bien au sujet du fond que de la forme.

Dès les premières minutes, la narration envahissante en voix off d’un homme dont on découvrira à la fin sa pseudo-identité vient supplanter le montage épileptique et l’esbroufe qui avaient fait la marque de The Big Short. Sensée apporter recul et ironie, cette narration est surtout là pour combler les creux et masquer les zones d’ombre qu’Adam McKay n’est pas parvenu à éclairer. En effet, en s’engageant à faire ce film sur Dick Cheney, le réalisateur a dû admettre son incapacité à livrer un récit 100% authentique, d’où le ton satyrique pour détourner l’attention. Mais ne soyons pas dupes : si le personnage central reste fascinant, Vice ne parvient pas longtemps à dissimuler qu’il n’a pas toutes les cartes en main.
Pour pallier à ces manques, c’est donc la voix off mais aussi le montage du film qui va jouer la carte du divertissement. Adam McKay tente d’affiner son style et a abandonné le coté poussif qui avait bousculé The Big Short (et surtout ces inserts insupportables), mais ne résiste pas à l’envie prétentieuse d’expliquer son film toutes les cinq minutes, pour en rajouter une couche. Le résultat est poussif et donne souvent l’impression de prendre son public pour des imbéciles alors le film compile des scènes clipesques pour mieux réécrire l’histoire, qui, en y regardant bien, surfe sur beaucoup de suppositions et d’inspiration shakespeariennes, et parfois même un grand vide intersidéral. Derrière son apparence ludique, Vice a surtout l’intention de tailler les cornes démoniaques de Dick Cheney pour mieux aller dans le sens du politiquement correct et éviter d’humaniser celui qui semble être le Diable en personne ! C’est un peu affolant de voir le nombre de micro-scènes compilées qui viennent boucher les trous narratifs de façon bien commode, d’ailleurs – sans parler de la parodie théâtrale pour faire oublier le fait que les discussions privées du couple Cheney… le sont toujours (finalement on ne sait pas comment il a pris la décision de devenir vice-président, McKay ne fait que supposer un plan machiavélique qu’il illustre travers les imageries de pèche…

C’est dommage car c’est un véritable personnage de cinéma qui aurait pu être inventé s’il n’avait pas vraiment existé. Porté par la transformation et la performance impressionnante de Christian Bale, ce Dick Cheney très romancé dévoile le portrait d’un homme ambitieux malgré des motivations restées obscures, épaulée par une épouse qui aurait pu être la version light d’une certaine Lady Macbeth. Cela reste très intéressant de voir, d’une manière très orientée, le parcours incroyable de cet homme qui s’est emparé du pouvoir au nez et à la barbe de tous, avant de laisser une empreinte indélébile dans les livres d’Histoire qui retracent le début du 21e siècle.

Alors que le film d’Oliver Stone, W – L’Improbable Président, était arrivé trop tôt en exposant uniquement la partie visible de l’iceberg, le film d’Adam McKay a le mérite de faire écho à notre société actuelle, visant évidement l’Amérique de Trump, descendante directe des agissements de Dick Cheney. D’ailleurs il ne faut surtout rien manquer du final qui brise le quatrième mur pour enfin laisser la parole à cette version de Dick Cheney, ni la scène cachée dans le générique, parfaite pour piquer le spectateur 😉

Le problème dans tout ça, c’est qu’on ne peut pas prendre ce film pour argent comptant. Le ton du film et le mystère qui entoure toujours Dick Cheney me laisse sceptique devant de nombreuses parties fondamentales explorées dans ce film. La décision d’attaquer l’Irak s’est-elle vraiment faite entre le fromage et le dessert, sur fond de rigolade ? Quel est le degré de vérité dans Vice ? Les biopics sont toujours à prendre avec des pincettes, mais dans ce cas présent, le fait de pas pouvoir répondre avec certitudes à ces questions rend le film d’Adam McKay vain par endroits. Vice s’avère être un objet corrosif mesuré qui semble surtout vouloir amuser la galerie et divertir un public déjà averti, passant à coté de son potentiel alarmiste qui ne rencontrera jamais la cible voulue (à savoir, les américains qui ont voté Bush ou encore Trump).

Au casting : déjà récipient d’un Golden Globe, Christian Bale (Mowgli : La Légende de la Jungle, Hostiles, Exodus…) a su complètement s’effacer pour rentrer dans la peau de son personnage de façon incroyable et spectaculaire. Que ce soit la transformation physique, le maquillage ou même les mimiques (il modifie même ses propres tics, comme les mouvements de sa bouche quand il parle), l’acteur est renversant. À ses cotés, Sam Rockwell (3 Billboards, Poltergeist, Girls Only…) est également excellent en George W. Bush et semble se plaire dans ce rôle au maquillage plus que troublant. On retrouve également Amy Adams (Justice League, Nocturnal Animals, Premier Contact…) que j’ai trouvé nettement moins bonne que d’habitude, on aurait dit qu’elle était surtout là pour l’Oscar potentiel à la clé (heureusement, le casting phénoménal du sublime La Favorite lui fait face) ce qui la rend plus très fade ; Steve Carrell (My Beautiful Boy…), Bill Pullman (Independence Day Resurgence…) et Alison Pill (Miss Sloane…) complètent un ensemble principal généreux, tandis que Jesse Plemons (Game Night…) joue les traits d’union.
De nombreux visages connus viennent s’ajouter à un casting déjà imposants, comme Eddie Marsan (Deadpool 2…), Tyler Perry (Ninja Turtles 2…), Justin Kirk (Weeds…) ou encore Lily Rabe (American Horror Story…), tandis que d’autres s’offrent des caméos.

En conclusion, plus digeste que The Big Short, le nouveau film d’Adam McKay bénéficie d’un personnage principal fascinant qui donne envie d’entrer dans le film. Cependant, Vice est encombré par une narration envahissante et des exercices de style inutiles qui, sous couverts de divertissement, restent des moyens de détourner l’attention pour masquer les trous dans la raquette. Adam McKay ne parvient pas rendre son film authentique, trop occupé à donner dans la satyre pour faire oublier sa trame tricotée avec des écrits divers, des déductions logiques et un ton trop orienté pour être pris au sérieux. Bien tenté. À voir.

PS : ne manquez donc pas la scène bonus dans le générique.

Question bonus : je me demande combien de temps durerait le film si Adam McKay avait conservé l’intégralité de toutes les scènes qu’il a tourné mais qui n’apparaissent qu’à peine 10 secondes dans le film ?

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