[CRITIQUE] Top Gun: Maverick, de Joseph Kosinski 

Le pitch : Après avoir été l’un des meilleurs pilotes de chasse de la Marine américaine pendant plus de trente ans, Pete “Maverick » Mitchell continue à repousser ses limites en tant que pilote d’essai. Il refuse de monter en grade, car cela l’obligerait à renoncer à voler. Il est chargé de former un détachement de jeunes diplômés de l’école Top Gun pour une mission spéciale qu’aucun pilote n’aurait jamais imaginée. Lors de cette mission, Maverick rencontre le lieutenant Bradley “Rooster” Bradshaw, le fils de son défunt ami, le navigateur Nick “Goose” Bradshaw. Face à un avenir incertain, hanté par ses fantômes, Maverick va devoir affronter ses pires cauchemars au cours d’une mission qui exigera les plus grands des sacrifices.
Le film est présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2022.

En 1986 sortait le film Top Gun, réalisé par Tony Scott qui en était qu’à son deuxième long-métrage, tandis que la jeune star du film, Tom Cruise, était déjà portée par le succès récent de Risky Business (1983). Un peu plus de trente ans plus tard, Top Gun fait parti de ces films culte au succès immédiat qui fleurent toujours aussi bon le buddy movie testostéroné des années 80, sur fond d’aventures casse-cou et de romances au soleil couchant. Ayant découvert ce film sur le tard, j’ai toujours été étonnée par le succès durable de ce film. Contrairement à un Point Break sorti quelques années, plus tard, le film de Ridley Scott s’étire autour d’une compétition académique où des pilotes déjà brillant rivalisent pour être le meilleur dans un storytelling relativement linéaire. Au-delà des scènes de vols, c’est le duo Tom Cruise et Val Kilmer fonctionne et donne une âme conquérante au film, tandis que l’ambiance – avouons-le – érotico-gay-friendly ajoute un sous-texte insaisissable mais fascinant. Quelque part, malgré ma petite incompréhension, ça fait du bien de voir ce genre de film qui a contribué à installer les codes d’un blockbuster, mais qui ne s’enfonce pas dans une intrigue brouillonne autour d’un grand méchant qui veut faire du mal et nos héros sont les seuls capables de l’arrêter – on a la franchise Fast and Furious (franche héritière des films des années 80-90) pour assouvir ce genre de délire improbable ! 

Seulement voilà, nous vivons une époque où les films cultes ne peuvent plus rester des bons souvenirs : il faut soit en faire un remake, soit une suite capillotractée des années plus tard. Et comme je le disais juste avant, Top Gun n’offrait pas beaucoup de terrain de jeu pour tricoter une suite, en dehors de la redite. C’est donc « naturellement » Top Gun: Maverick se met en branle, après beaucoup de revisite depuis son annonce initiale en 2010, pour proposer une intrigue articulée entre le retour du héros dans l’école de pilotes et sa confrontation avec le fils de son défunt ami de l’époque, Goose. Pour succéder au regretté Tony Scott, c’est Joseph Kosinski (Tron: L’Héritage, Oblivion, Line of Fire…) qui réalise le défi et le pari risqué de faire revivre Top Gun.

Pour moi, ce pari est partiellement réussi. D’abord parce que le statut de superstar de Tom Cruise porte le film et que l’acteur, connu pour son ambition de faire des films d’ »action hero » toujours plus fous (notamment avec la franchise Mission Impossible), reste une garantie solide pour un film pop-corn aromatisé à l’adrénaline. Ensuite, Top Gun: Maverick nous replonge dans le film original dès les premières minutes, que ce soit à travers la musique, les jeunes pilotes fringuants dans un bar dont le décor n’a pas changé et puis ce moment génial où il rivalise en moto contre un avion en plein décollage. Le film donne le sourire et des micro-frissons pour qui a aimé celui de Tony Scott, grâce à ces nombreux clins d’oeil et références à l’opus original. L’autre intérêt, mineur mais important pour l’histoire, c’est la menace palpable de voir les pilotes disparaitre aux profits de drones. Ce film met un peu plus l’accent sur le facteur humain et le caractère éprouvant du métier de pilote (les effets de la vitesse et de la gravité vs la nécessité de garder le contrôle, par exemple).
Pour ceux qui n’auront pas vu le premier Top Gun, cette version 2.0 fera l’effet d’une belle dose d’adrénaline, efficace et prenante grâce à une histoire plutôt solide baignée dans l’aura des pilotes de chasse. Malheureusement, je fais partie de ceux qui ont déjà vu ce film, en mieux et signé par Tony Scott à l’époque.

En effet, j’ai rapidement perdu beaucoup d’intérêt autour du film. En moins d’une heure de retrouvailles et une fois que tout le monde a bien partagé son petit surnom de pilote aguerri (Coyote, Hangman, Payback, Bob…), l’effet nostalgique se dissipe alors que le personnage de Pete Mitchell se confond avec l’acteur Tom Cruise. Un effet kiss-cool attendu connaissant le gus, bien sûr, mais qui déborde de tous les cotés tant le héros, toujours l’esprit rebelle avec un sourire en coin, semble adulé par toutes les personnes (ou presque) qu’ils croisent. Le film n’en peut plus de rabâcher ses états de service et ses actes incroyables qu’il aurait réalisé durant les trente années qui séparent les deux films. Mais ces informations n’ont que très peu d’intérêt pour le spectateur, puisqu’on ne les voit pas et ne serve qu’à glorifier un personnage dont le nom fait déjà partie du titre. Du coup, l’effet « waouh Tom Cru- pardon – Maverick est de retour » prend le pas sur la confrontation entre lui et le fils de Goose qui passe un chouille à la trappe. Car en plus d’ajouter une autre raison obscure pour expliquer la rancœur entre ces deux personnages (alors que la mort du papa aurait suffi), Top Gun: Maverick est trop occupé à tricoter une redite du premier film, qui donne l’impression de revoir le premier Top Gun dans un miroir déformant alors que les rôles identiques sont redistribués : Tom Cruise prend le rôle de son love interest du premier film, Miles Teller devient Tom Cruise et Glen Powell est un sous Val Kilmer… Entre manque d’originalité et de tension, le film de Joseph Kosinski s’avère finalement assez plat et prévisible, tandis que les seconds rôles disparaissent en toile de fond s’ils ne sont pas en contact avec le héros. D’héritage en recopiage, Top Gun: Maverick peine à se réinventer et se repose uniquement sur l’omniprésence vampirisante de Tom Cruise et ces scènes de vols haletantes et réalistes.  

En effet, là où ce nouveau film se rattrape et se démarque du premier opus, c’est grâce à la technologie actuelle qui permet de nous embarquer dans le cockpit des pilotes pour des séquences de vols souvent renversantes. Cependant, entre la formation des jeunes loups et les démonstrations de savoir-faire, ce qui aurait dû être au centre de l’intrigue vivote trop longtemps autour des amourettes du héros et de son statut de pilote rebelle et insolent. Au fur et à mesure que Top Gun: Maverick avance, j’ai eu de plus en plus de mal à m’intéresser à ces pilotes et leurs apprentissages, dans le focus est plus souvent porté sur le héros que sur ces nouveaux personnages. Si les plus nostalgiques seront potentiellement emballés par ces retrouvailles à pleine vitesse, le film de Joseph Kosinski a bien du mal à équilibrer le film et s’étale dans un récit sans surprise. En fait, Top Gun: Maverick fait preuve d’une certaine paresse scénaristique, notamment à travers ces nombreux d’appels du pied à l’original, trop souvent caricaturaux et lourdaux (comme le fils de Goose qui a la même coiffure, la même moustache, voire le même look vestimentaire, histoire qu’on ait bien compris que C’EST LE FILS DE GOOSE OH LALALA !
Cerise sur le gâteau périmé, on échappe pas aux enjeux diffus autour d’ennemis méchants qu’il va falloir affronter en équipe, pour animer le dernier tiers du film, qui sort des rames géantes pour créer de la tension et justifier toute cette histoire pénible autour de la formation des pilotes qu’on ne suit qu’à travers l’égo du héros. Donc Top Gun: Maverick refait Top Gun… en moins bien.

 

J’ai donc passé la seconde partie du film assommée par le bruit des avions, les cris et les explosions. Certes Joseph Kosinski signe un film soigné qui remplit bien le cahier des charges du film d’action (et le cahier des charges d’un film d’action avec Tom Cruise) : les scènes de vol sont impeccables et lisibles, j’ai aimé le fait qu’on ressente la difficulté des pilotes par rapport au poids de la vitesse. Il y a toujours un coté fascinant autour des pilotes de chasse, vu que c’est un métier d’élite (et on ne manque pas de nous le rappeler lourdement pendant le film). Mais en dehors des retrouvailles, j’ai trouvé l’ensemble du film extrêmement poussif tant il s’étale dans la gloire d’un film culte en espérant que celle-ci l’éclabousse. Au lieu de raviver de bons souvenirs, Top Gun: Maverick me rappelle surtout Independence Day: Resurgence, alors que l’histoire se répète avec, au centre, un gamin qui a bien grandi et qui veut marcher sur les traces de son père, un rival qui deviendra gentils et une pointe de wokisme avec une pilote féminine comme cerise sur le gâteau. Vraiment ? Ce n’était pas nécessaire et on aurait pu mieux faire.

Au casting : Tom Cruise (Mission: Impossible – Fallout, La Momie, Edge of Tomorrow…) est au centre, devant, derrière, sur et sous le film. Omniprésent, rares sont les plans ou les secondes sans qu’il soit à l’écran, le sexagénaire en devenir joue les Benjamin Button en revivant une de ses premières gloires. L’acteur fait ce qu’il fait de mieux : être Tom Cruise et courir vite. Dans son ombre, exit Kelly McGillis, c’est Jennifer Connelly (Alita: Battle Angel, Line of Fire, Spider-Man: Homecoming…) qui vient jouer les side-chick et Miles Teller sort à nouveau de son terrier depuis les échecs commerciaux successifs qu’ont été Fantastic Four et Divergente 3 pour incarner un personnage sans consistance qui a bien du mal à faire croire à ce Maverick 2.0. Dans la même veine, Glen Powell (Les Figures de l’Ombre, Scream Queens…) joue les sous-Val Kilmer circa 86 avec un combo affligeant de cabotinage et d’arrogance feinte, entouré par des partenaires aux personnages transparents et interchangeables, incarnés notamment par Lewis Pullman (Sale Temps à l’Hôtel El Royale…), Monica Barbaro (UnREAL…) et Jay Ellis (Insecure, Escape Game…). À l’affiche également, Jon Hamm (Good Omen, No Sudden Moves…) rejoint Ed Harris (Westworld, Mother!…), Charles Parnel (Transformers : l’Âge de l’Extinction…) et Bashir Salahuddin (L’Ombre d’Emily…) dans la catégorie des acteurs qui font vraiment leur âge pour valider le héros du film. Fun fact : Jon Hamm est plus jeune (1971) que Tom Cruise (1962).
Enfin, vous pouvez compter sur la courte mais touchante apparition de Val Kilmer dans le film, pour venir titiller vos glandes lacrymales. 

En conclusion, j’avais hâte de retrouver Top Gun au cinéma, mais en espérant ne pas voir mes craintes se réaliser. Malheureusement, Top Gun: Maverick coche toute les cases de la suite tardive, facile et répétitive en reprenant une intrigue similaire au premier film, tandis que Tom Cruise croule sous les flatteries en tout genre. Au lieu de passer le flambeau, le film de Joseph Kosinski reste concentré sur la superstar du film et ça devient fatigant très rapidement. Autant j’attends les prochains Mission Impossible, là pour moi, c’était trop attendu et sans intérêt. À tenter. 

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