
Le pitch : Se déroulant pendant John Wick : Parabellum, Ballerina suit la vengeance implacable d’Eve Macarro la nouvelle tueuse de l’organisation Ruska Roma.
Après avoir été repoussé plus d’un an (sortie initialement prévue pour février 2024) pour reshoots et ajout de Keanu Reeves nouvelles scènes, Ballerina est enfin disponible en salles et pour s’assurer que le public ait bien compris qu’il s’agissait d’un spin-off, le film est rebaptisé d’un subtil pré-titre, ce qui donne : Dans L’Univers de John Wick : Ballerina.
Inséré quelque part entre John Wick Parabellum et John Wick – Chapitre 4, le film de Len Wiseman (Underworld 1 et 2, Die Hard 4, Total Recall…) délaisse les histoires de vampires et se concentre sur une histoire de vengeance basique : ici, pas de chiot assassiné, mais une fillette qui voit son père se faire tuer sous ses yeux. Adoptée par l’organisation Ruska Roma (introduite dans Parabellum), la jeune fille devient rapidement une tueuse implacable qui va chercher à se venger.

Si Ballerina ne se démarque pas par son storytelling, c’est surtout pour ne pas oublier l’ADN principal de la franchise John Wick : de la baston chorégraphiée, réaliste et spectaculaire. À ce niveau, Len Wiseman ne déçoit pas et met dans le bain dès les premières minutes, avant de laisser la place à l’origin story son héroïne. Si l’âge de Keanu Reeves transparaissait dans la lourdeur maîtrisée de ses mouvements, Ballerina mise plutôt sur la jeunesse et la légèreté de son héroïne. Là où le « Baba Yaga » semblait solide comme un roc, le personnage de Ana de Armas se retrouve parfois projetée d’un bout à l’autre de la pièce sous l’impact des coups. Mais comme ce n’est pas la taille qui compte, Ballerina propose une machine de guerre efficace, aussi brutale et déterminée dans ses missions, qui conquiert par ses combats musclés et réalistes.

On s’y attendait, mais ça rassure de voir que le film de Len Wiseman ne se repose ni sur le genre ni sur le physique de son personnage central (pas d’hypersexualisation inutile, donc), contrairement à un Atomic Blonde qui était tombé sous le charme de Charlize Theron et s’était ampoulé d’une pseudo-romance en court de route. Comme le premier John Wick, Ballerina va droit au but et ne laisse que peu de répit dans un actioner survitaminé et quasi-non stop. Chaque scène est animée par des combats jouissifs et renoue avec la dynamique haletante des John Wick : les adversaires sont à la hauteur de la menace, n’importe quel objet ordinaire peut devenir une arme mortelle…
Ballerina parvient à surprendre et à captiver grâce à une minutie visuelle qui faisait déjà la force de la franchise John Wick : que ce soit par ses chorégraphies spectaculaires ou par ses arrière-plans évocateurs, comme cette pièce jonchée de corps découverte après la bataille, qui en dit long sans un mot. D’ailleurs, en parlant de mot : le film non plus n’est pas très bavard, mais de toutes façons, on est pas là pour l’écouter mais pour profiter du spectacle.

Visuellement, Ballerina fait l’effet de donner vie à un rêve collectif né depuis cette fameuse scène où Ana de Armas se bastonne au coté de James Bond dans Mourir Peut Attendre. J’ai aimé l’esthétique techno-pop du film qui navigue entre l’obscurité et les néons, ce qui rappelle souvent Atomic Blonde (aka le film de David Leitch, aka celui qui a quitté la franchise après le 1er film… Coïncidence, clin d’œil ou pied-de-nez ?), tandis que le storytelling donne l’impression d’être une version décomplexée de ce que Black Widow aurait pu être sans la patte Disney. Les scènes d’action sont fluides, lisibles et jubilatoires, Ballerina s’impose dans le genre et s’inscrit sans rougir sur le panthéon des actioners bourrins, stylisés et viscéraux portés par des femmes badass qui n’ont pas peur de se salir, aux cotés de films comme The Villainess, Kill Bill, Atomic Blonde, Nikita, Peppermint ou encore Colombiana ou Anna.

Quelques bémols au tableau : en termes de structure (et sans doute en raison de projections test peu concluantes), les reshoots se font sentir. D’ailleurs, la présence de John Wick souligne l’impression qu’il fallait absolument le faire apparaître pour légitimer le film – un choix qui va à l’encontre des intentions féministes affichées, quand on y réfléchit. De plus, le climax du film se déroule dans une déferlante très bruyante qui anesthésie une chouilla l’impact et la tension autour du dernier acte. En fait, Ballerina est tellement précipité dans son action et préfère visiblement teaser une menace plus tentaculaire pour un prochain film (à la manière de l’existence de la Grande Table), que cet opus passe à coté des ambitions et motivations de son méchant de service, qui sont expliqués à la va-vite pour laisser place à la bagarre.
Enfin, je pense qu’il est temps d’arrêter de se reposer sur la musique du Lac des Cygnes dès qu’on aborde la danse classique, c’est devenu un gimmick un poil paresseux aujourd’hui.
Néanmoins, j’avais hâte de voir ce John Wick au féminin et je n’ai pas été déçue malgré ses quelques défauts. OK, le scénario n’est pas des plus révolutionnaire, mais rappelons que la franchise a démarré à cause d’un chien et que le lore autour de John Wick s’est étoffé à partir du second opus. Et puis, as-t-on vraiment besoin d’excuse pour de la bonne castagne sans recourir à des pros de la gonflette ou des effets spéciaux, à ce stade ? Non. A-t-on besoin d’une suite ? Je dirais pas non, mais c’est le box-office qui tranchera.

Au casting : Ana de Armas (Ghosted, The Gray Man, À Couteaux Tirés…) parle peu, mais frappe fort dans ce rôle qui lui sied à merveille. Autour d’elle, sont de retour le génial Keanu Reeves (Sonic 3, Matrix Resurrections…), ainsi qu’Ian McShane (American Gods, Kung Fu Panda 4, Hellboy…), Anjelica Huston (The Bad Batch, The French Dispatch…) et une apparition du regretté Lance Reddick (Shirley, Godzilla vs Kong…). Parmi les petits nouveaux, Norman Reedus (The Bikeriders, The Walking Dead…) et Gabriel Byrne (La Guerre des Mondes, Lost Girls…) donnent le la du plot, tandis que j’aurai aimé voir plus de Sharon Duncan-Brewster (Dune, Sex Education, Andor…) car son personnage est assez charismatique.
À l’affiche également, David Castañeda (Umbrella Academy, Sicario : La Guerre des Cartels…), Catalina Sandino Moreno (From, The Affair…), Jung Doo-Hong (Red 2, GI Joe Conspiration, Le Bon, La Brute et le Cinglé…) ou encore Abraham Popoola (Extraordinary, The Marvels, Cruella…) complètent un ensemble parfois interchangeable mais chacun synonyme de scène marquante.
À noter : le caméo d’Anne Parillaud, petit clin d’œil respectueux à Nikita, obviously !
En conclusion, sans révolutionner le genre, Ballerina s’impose comme un spin-off solide et stylisé, fidèle à l’ADN de John Wick tout en ouvrant la voie à une héroïne aussi létale que charismatique. Une série B haut de gamme qui cogne fort et donne envie d’en voir plus. À voir.

