Biopic

[CRITIQUE] Dans Les Yeux de Tammy Faye, de Michael Showalter

Le pitch : Partis de rien, Tammy Faye et son mari Jim Bakker parviennent – dans les années 1970 et 1980 – à créer la plus grande chaîne de télévision évangélique au monde, ainsi qu’un parc à thème d’inspiration religieuse. On les adule alors pour leur message d’amour, de tolérance et de prospérité. Tammy Faye devient une icône avec ses faux cils permanents, ses talents très singuliers de chanteuse et son irrépressible envie de tendre la main à tous ceux qui croisent sa route. Mais sous ce vernis, les malversations financières, les manigances de rivaux et les scandales vont bientôt provoquer la chute de cet empire si minutieusement bâti…
Disponible sur Disney+

Dans le genre « film à Oscar », Dans Les Yeux de Tammy Faye coche quasiment toutes les cases : biopic, mise en abîme d’une célébrité purement américaine (c’est à dire, inconnu du reste du monde), religion, scandale et transformation physique des acteurs. Pas étonnant que ce film ait été nommé dans la catégorie des Meilleurs coiffures et maquillages, mais c’est surtout l’actrice principale, Jessica Chastain, qui remportera l’Oscar de la Meilleure Actrice – comme Nicole Kidman pour The Hours ou encore Charlize Theron dans Monster, il y a quelques années. 

Pour son nouveau film, le réalisateur Michael Showalter (We Hot American Summer, The Big Sick…) s’émancipe des romances tragiques pour raconter l’histoire d’un couple d’évangélistes, bien décidés à répondre la parole de Dieu à travers une carrière télévisée. Dans Les Yeux de Tammy Faye, basé sur un documentaire éponyme diffusé en 2000, nous plonge dans une Amérique puritaine des années 70, cristallisant les mécaniques nettement moins honorables des coulisses de la télévision. Porté par une jeune femme d’abord rejetée par sa mère, le film propose une première partie intéressante sur sa rencontre avec son futur époux et son regard avant-gardiste sur la religion (pour l’époque). Entre tolérance et affirmation presque féministe, Dans Les Yeux de Tammy Faye cherche à émanciper son héroïne du carcan patriarcal et conservateur à travers son maquillage visible et son ouverture à des communautés souvent rejetées par des croyants inflexibles. Mais rapidement, derrière sa bonne volonté et un message qui se veut bienveillant et altruiste, le couple va être ironiquement rattrapé par les péchés capitaux qu’ils sont sensés combattre. Entre envie et cupidité, la course à la célébrité et à la reconnaissance va prendre un tournant dramatique, révélant au grand jour un scandale multiple. Si le film cherche à sauvegarder les ambitions de son héroïne, l’histoire n’épargne cependant pas son portrait et ses contradictions.

Dans l’ensemble, j’ai trouvé le film relativement intéressant. À la manière du film Un Ami Extraordinaire qui mettait en scène l’animateur Mr Rogers, Dans Les Yeux de Tammy Faye permet de découvrir un autre personnage iconique dans la culture américaine. Le film égratigne le tableau puritain et rigide de l’Amérique, c’est ce qui fait du couple un électron libre face à la concurrence. Cependant, une fois la première partie du film passée, le film s’enfonce dans un récit un chouille ronflant qui tourne souvent autour du pot. Perdu dans son admiration pour son actrice principale, le réalisateur reste trop en surface et néglige finalement l’autre moitié du couple, qui finalement s’avère bien plus complexe que son épouse.
Dans Les Yeux de Tammy Faye surfe sur une surface polissée et contemplatrice qui résume son final en deux coups de cuillère à pot. Le scandale attendu ne parvient pas à faire mouche tant le coup était prévisible. 

Ne reste que la performance excellente d’un casting impliqué, leadée par une Jessica Chastain (Scènes de la Vie Conjugale, Ça – Chapitre 2, 355…) superbe – qui va également chanter les chansons du film – et un Andrew Garfield (Spider-Man – No Way Home, Tick, Tick… Boom!, Under The Silver Lake…) déroutant. Autour d’eux, Vincent d’Onofrio (Le Cercle : Rings, Les Sept Mercenaires, Jurassic World…) fait quelques apparitions remarquées et Cherry Jones (Defending Jacob, Boy Erased…) joue les mères grognon.

En conclusion, Dans Les Yeux de Tammy Faye fleure bon le film à Oscar et joue la carte du biopic attendu et bienséant. Les camps d’été sont un lointain souvenir dans la filmographie de Michael Showalter qui semble de plus en plus vouloir se répandre dans des drames un poil sirupeux et lisses. À tester sur Disney+. 

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