Biopic, Drame

[CRITIQUE] Elvis, de Baz Luhrmann

Le pitch : La vie et l’œuvre musicale d’Elvis Presley à travers le prisme de ses rapports complexes avec son mystérieux manager, le colonel Tom Parker. Le film explorera leurs relations sur une vingtaine d’années, de l’ascension du chanteur à son statut de star inégalé, sur fond de bouleversements culturels et de la découverte par l’Amérique de la fin de l’innocence.

Vivant, mort ou est-il vraiment mort… Elvis Presley est devenu une icône musicale, une légende : le King. Considéré tantôt comme un précurseur, tantôt comme un usurpateur, le chanteur au déhanché le plus populaire des années 50-60 a connu un parcours tumultueux, entre esbroufe, rébellion et controverses. Elvis brille, Elvis fascine, Elvis chute et après des dizaines de documentaires, de mentions ou adaptations de son histoire en film, c’est au tour du cinéaste Baz Luhrmann de proposer sa vision de l’artiste à travers son nouveau film, Elvis.

Célèbre pour ses film musicaux, le cinéaste a construit sa propre légende avec une première trilogie appelée Rideau Rouge composé de son premier film Ballroom Dancing (1992), puis de Romeo+Juliette (1996) qui a vraiment introduit sa patte à l’international avant de se concrétiser avec le superbe et fougueux Moulin Rouge en 2001.
7 ans plus tard, le réalisateur australien introduit une nouvelle trilogie qu’il entame, comme pour Ballroom Dancing avec un film qui met à l’honneur sa terre natale, à savoir Australia (2008), avant de s’intéresser à l’adaptation du culte Gatsby Le Magnifique (2013). Sa Trilogie Épique se conclue donc avec Elvis.
Le cinéma de Baz Luhrmann est mouvant, plein de paillettes, souvent excessif et parfois vertigineux. Pour ma part, la première fois que j’ai vu Moulin Rouge, j’ai abandonné au bout de 15 minutes tellement j’avais trouvé l’introduction too much, ce n’est que quelques années plus tard que j’ai vu et été conquise par le film. J’ai retrouvé un peu de cette énergie débordante dans la réalisation d’Elvis, dont le résultat se trouve quelque part à mi-chemin entre le documentaire et le film musical.

En se basant du point de vue de son ancien manager, l’énigmatique « Colonel » Tom Parker, le film de Baz Luhrmann se positionne comme un anti-biopic en restant à l’extérieur de la sphère intime du chanteur. Du coup, l’ensemble est empreint de l’image dégagée par Elvis que l’on découvre à travers les yeux et les souvenirs du fameux « Colonel ». Entre poule aux œufs d’or et enfant terrible du rock’n’roll, le film revient sur les débuts du chanteurs, notamment son enfance pauvre et son attachement à la communauté noire en pleine période ségrégationniste. C’est peut-être là la partie la plus intéressante car si Elvis Presley a longtemps été considéré comme un précurseur, le film met en évidence la façon dont il s’est approprié des chansons et le style d’artistes noirs qui n’avaient, à l’époque, aucune visibilité. Un point de vue suggéré qui corrobore avec certaines controverses et le point de vue d’artistes de couleurs qui ont souvent dénoncés l’appropriation culturelle d’Elvis Presley – bien qu’exempte d’intentions malhonnêtes au final. Certains voyaient en Elvis Presley un artiste qui a profité de la musique noire, d’autres, au contraire, préféraient le voir comme un ambassadeur.

Derrière l’ascension d’un jeune chanteur qui faisait littéralement tomber ces dames, cette version d’Elvis vu par son manager est moins personnelle, alors que les représentations s’accumulent. La bête de scène se transforme en bête de foire, monétisable à l’envie pour couvrir la soif de réussite d’un homme mystérieux qui a fait d’Elvis Presley son projet personnel et commercial. Du coup, au lieu d’un biopic qui va revenir sur le parcours de l’homme derrière les paillettes, Elvis met de coté cette partie pour ne mettre en avant que l’artiste sur scène et sa notoriété publique, Pour un même objectif, deux ambitions cohabitent : la soif de reconnaissance de l’un et la cupidité de l’autre.

Pour communiquer cette carrière accélérée, Baz Luhrmann vise sur un montage survolté qui compile des séquences musicales à une vitesse folle. Je n’ose imaginer les heures de tournage qu’il a fallu assembler, couper, raccourcir, étirer et intercaler pour donner naissance au film Elvis, tandis la réalisation donne le tournis. C’est dire : les rares moments de dialogues entre les personnages permettent de respirer un moment, avant d’être à nouveau aspirer dans une nouvelle série de shows tout en couleurs, lumières et stroboscopes. Ceci étant dit, l’imagerie est fantastique : les costumes d’Elvis sont somptueux et la photographie du film sublime les années 50-60 sans céder à l’effet grumeleux pour dater l’image. Baz Luhrmann nous embarque sans effort dans ce cocon luxuriant, fait de paillettes, de bling et de dorures, à l’image du King et de son look westernisant mais toujours fun.

Le réalisateur mise tout sur son point fort, à savoir sa capacité à transmettre sa vision à l’équipe du film, si bien que de la direction artistique aux costumes, en passant par les décors et les make-ups, il ne serait pas étonnant de revoir Elvis parmi la liste des nominations aux Oscars 2023. Pas étonnant… mais pas certain, puisque le film se cantonne au point de vue extérieur sur l’artiste. Elvis abordera plus souvent les mouvements de hanches du chanteurs et sa capacité à mettre le feu aux poudres face à une Amérique puritaine (qui s’évanouirait devant les performances scéniques des artistes d’aujourd’hui !), que son mariage, sa famille ou ses addictions. L’humain est survolé, enfoui sous le succès fulgurant de l’artiste qui se voit pourtant cantonné par les limites indicibles de ce manager plein de secret.

Contrairement à des biopics musicaux récents comme Rocketman ou encore Bohemian Rhapsody, Elvis semble mettre de coté la discographie du chanteur. Les quelques performances vocales de l’acteur principal habille des scènes de temps à autres, mais si vous n’êtes pas un fin connaisseur de la carrière d’Elvis Presley, ce n’est pas avec ce film que cela s’améliorera. Au mieux, vous découvrirez qu’il est à l’origine de chansons qui ont été reprises par la suite (comme A Little Less Conversation, par exemple…).

Si Elvis reste un film honorable dans le parcours de Baz Luhrmann, l’ensemble reste un poil en sous-régime. Le point de vue du fameux Colonel étant assez clair dès le départ, le film tente de combler le manque d’histoire en multipliant les montages en musiques, live ou contemplatives. C’est beau, ça brille, oui, mais c’est relativement creux et plein d’esbroufe pour faire pétiller la rétine et prétendre à du grand spectacle. En fait, Baz Luhrmann frôle le coté passe-partout de son art et livre un film plutôt pâlichon, quelques années après un Gatsby le Magnifique qui, déjà, montrait quelques faiblesses. Globalement, dans sa vision faite de trilogie, il semblerait que sa version Épique soit plutôt éteinte.

Au casting, il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à Austin Butler (Once Upon A Time… In Hollywood, The Dead Don’t Die, Yoga Hosers…), c’est de faire appel à la légende du rock de toute son âme. L’acteur livre une performance impressionnante et émérite pour redonner vie à Elvis, surtout dans sa prime jeunesse (car en dehors d’un « fat suit » à la fin, le Elvis en fin de carrière est plutôt absent). À ses cotés, Tom Hanks (Pinocchio, Toy Story 4, Pentagon Papers…) fait du Tom Hanks, il est bon, comme toujours, mais son maquillage bien trop visible rend sa performance plutôt rigide.
Autour d’eux, de très nombreux seconds couteaux défilent, sans vraiment laisser de traces : Olivia DeJonge (The Visit…) est Priscilla Presley, Kelvin Harrison Jr. (La Voix du Succès…) interprète B.B. King, tandis que Kodi Smit-McPhee (X-Men: Dark Phoenix…), Anthony LaPaglia (Annabelle 2 : La Création du Mal…) et Dacre Montgomery (Power Rangers…) sont de la partie.

En conclusion, quand Baz Luhrmann annonce du spectacle, il déçoit rarement. Seulement cette fois, Elvis s’enlise dans une démonstration de montages musicaux, faisant plus souvent l’effet d’un documentaire oscarisable que d’un film musical réalisé par celui qui nous a offert Moulin Rouge il y a vingt ans. Elvis en met certes plein les yeux sur le moment, mais s’oublie bien plus vite que la disparition du King. À voir.

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